Research studies

The confederation of Sahel States (CSS): A Geopolitical with Multiple Challenges

La Confédération des Etats du Sahel (CES) : une géopolitique aux enjeux multiples

 

Prepared by the researche : FOUAD AKKI – PhD student researcher in Public Law and Political Sciences – Faculty of Social, Economic, and Judiciary Sciences-Agdal. Mohammed V University-Rabat – Public Law and Political Sciences Research Laboratory

DAC Democratic Arabic Center GmbH

Journal of Strategic and Military Studies : Twenty-ninth Issue – December 2025

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
 ISSN  2626-093X
Journal of Strategic and Military Studies

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  • : 0009-0003-7661-9336
Published Accepted Received
31/12/2025 12/12/2025 26/11/2025
DOI : https://doi.org/10.63939/JSMS.2025-Vol8.N29.195-209
Akki Fouad. (2025). The confederation of Sahel States (CSS);A Geopolitical with Multiple Challenges.  Journal of Strategic and Military Studies, volume8  (issue29), pp 195- 209.
Abstract
Taking a reflective geopolitical perspective, this article has two objectives: firstly, to use geopolitical and geoeconomic analysis to show how the Sahel region has become a field of regional and even international rivalery between different actors seeking to extend their influence over this part of African continent. Secondly, it consists of first questioning the vital issues that this region represents for Morocco, given the two geostrategic initiatives that the kingdom has launched: Africa-Atlantic and its complement, the mega gas pipeline project linking Nigera to Morocco. Secondly, it aims to show how the young Confederation of Sahelian States could benefit from this, in the wake of its withdrawal from ECOWAS, to escape the trap of poverty and the vagaries of insecurity and terrorism that plague the area. In this vision, the Sahel-Atlantic dynamic of opening up the Sahelian countries by linking them to the global system of international maritime trade flows is proving to be not only an innovative vector for socieconomic development and South-South partnership, but also a lever for political stabilization and security throughout the Sahel-Saharan sphere. Its, in effect, the prelude to a new geopolitical configuration based on the appeasement of conflicts, the opening up of the Sahel to the world, and its economic inclusion.
Keywords: Sahel; rivalery; landlocked /opening; insecurity; economic development.
© 2025, Akki, licensee Democratic Arab Center. This article is published under the terms of the Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International (CC BY-NC 4.0), which permits non-commercial use of the material, appropriate credit, and indication if changes in the material were made. You can copy and redistribute the material in any medium or format as well as remix, transform, and build upon the material, provided the original work is properly cited.

 

FOUAD AKKI Doctorant en Droit Public et Sciences Politiques ; Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales, Agdal; Université Mohammed V de Rabat  –  Laboratoire de Recherche en Droit Public et Sciences Politiques.

  • : 0009-0003-7661-9336
Publié le Accepté le Reçu le
31/12/2025 12/12/2025 26/11/2025
DOI : https://doi.org/10.63939/JSMS.2025-Vol8.N29.195-209

 

AKKI FOUAD. (2025). La Confédération des Etats du Sahel (CES) : une géopolitique aux enjeux multiples. Journal of Strategic and Military Studies,, Volume 8 (Numéro29), pp 195- 209.

 

Résumé
S’inscrivant dans une perspective géopolitique réflexive, l’effet recherché de cet article est double :  montrer premièrement par une analyse géopolitique et géoéconomique comment l’espace sahélien est devenu un champ de rivalité régionale voire internationale entre différents acteurs visant à étendre leur pouvoir d’influence sur cette partie du continent africain. Le second, consiste d’abord à questionner les enjeux vitaux que représente cette région pour le Maroc, compte tenu des deux initiatives géostratégiques que le Royaume a initiées: Afrique-Atlantique et son complément le méga projet du gazoduc reliant le Nigéria au Maroc.  Ensuite, montrer comment la jeune Confédération des Etats du Sahel pourrait en tirer profit, au lendemain de son désengagement de la CEDEAO, pour sortir de la trappe de la pauvreté et des aléas de l’insécurité et du terrorisme qui sévissent dans cette zone. Dans cette vision, la dynamique Sahélo Atlantique de désenclavement des pays sahéliens par leur arrimage au système monde des flux commerciaux maritimes internationaux, s’avère non seulement un vecteur novateur de développement socioéconomique et de partenariat Sud-Sud ; mais également un levier de stabilisation politique et de sécurité dans toute la sphère sahélo-saharienne. C’est le prélude, en effet, d’une nouvelle configuration géopolitique basée sur l’apaisement des conflictualités, l’ouverture du Sahel sur le monde et son inclusion économique.

Mots clés : Sahel ; rivalité ; Enclavement/désenclavement ; insécurité ; développement économique.

1-INTRODUCTION

D’emblée, force est d’admettre que l’élément géo-historique s’impose quand on aborde la question du Sahel. Bien qu’il soit difficile de donner une seule définition à la délimitation du mot tellement il est pluriel (Bourgo, 2013), nous retenons le sens arrêté par l’Encyclopédie Universalis qui le définit ainsi : « Espace de transition entre le désert saharien, au nord, et la zone soudanienne, au sud, le Sahel (Es-Sahel en arabe, littéralement « rivage » ou « bordure ») se présente sous la forme d’une bande d’environ 5 500 kilomètres de longueur sur 400 à 500 kilomètres de largeur. Il est présent dans une dizaine de pays africains, depuis l’embouchure du fleuve Sénégal jusqu’à la Djézireh soudanaise (Haut Nil), soit sur environ 3 millions de kilomètres carrés ». S’agissant de notre étude, nous limiterons le cadre géospatial à la zone formée par la jeune Confédération des Etats du Sahel[1]( CES) constituée par les trois pays :  Burkina Faso, Mali et Niger. Ceci, n’exclut pas que notre analyse pourrait s’étendre à toute l’Afrique de l’Ouest et à d’autres sous-régions du continent africain.

Sur le plan historique, le Sahel et le Maroc ont toujours tissé des liens communs coordonnés et interdépendants, grâce à une matrice économique, commerciale et religieuse. C’est ainsi que la bande sahélienne s’est imposée au fil du temps en plateforme de croisement entre le Maghreb et l’Europe (Lazarev , 2012). A l’ère coloniale française, le Sahel a été découpé artificiellement en plusieurs entités administratives et économiques ( Jean-Loup Amselle, 2022). Une fois l’indépendance acquise, le leg colonial va faire apparaitre de nouvelles fractures d’ordre politique, territoriale, religieuse et ethniques (Baghzouz, 2013). Autant de facteurs qui ont généré des dynamiques géopolitiques empruntes de tensions multiples, à la fois endogènes et exogènes dans toute la région (Thierno Souleymane Diop Niang, 2023).

Sur cette question précise, il importe de noter que le renouveau géopolitique et géostratégique auquel nous assistons dans cette zone, n’est qu’une résultante du rejet de l’ancien modèle colonial fondé sur la prédominance occidentale, notamment française. Cette rupture stratégique s’est traduite par un remodelage à deux niveaux : D’abord le retrait le 28 janvier 2024, de trois Etats enclavés formant l’Alliance des Etats du Sahel[2](AES) de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette décision a été conjuguée avec celle du retrait de l’Organisation Internationale de la Francophonie[3]. Ensuite, le redimensionnement du jeu d’intérêts avec d’autres prétendants régionaux (cas du Maroc et de l’Algérie), et internationaux comme la Russie, la Chine, la Turquie et certains pays arabes du Golfe.

Dans ce contexte d’incertitude géopolitique (Retaillé, 2014) qui caractérise le paysage politique, socioéconomique et sécuritaire de la Confédération des Etats du Sahel, et sur fond de compétitions de plusieurs puissances qui dessinent la sphère sahélienne d’aujourd’hui, le Maroc se place en acteur géopolitique influent grâce à une diplomatie apaisante et pragmatique. L’objectif étant d’asseoir les fondements d’un espace intégré économiquement et politiquement stable. C’est dans cette perspective, que s’inscrit l’initiative Sahélo-Atlantique,[4] qui se propose d’amarrer les Etats enclavés du Sahel aux flux commerciaux maritimes mondiaux. Faut-il souligner que cette action, est le complément du grand projet Afrique-Atlantique[5] aussi stratégique et dont la vocation est de repositionner la mer comme vecteur vital de création de richesse et de prospérité non seulement des pays africains riverains, mais du continent entier, y compris les pays sans littoral du Sahel.

La problématique centrale de la géopolitique des Etats du Sahel est multidimensionnelle et complexe, au regard de la pluralité des intervenants et le spectre des enjeux qu’elle couvre. Elle interpelle aussi bien sur la nature des problèmes structurels qui rongent cet espace et leurs conséquences sur la stabilité dans la région, que sur le positionnement réel du Maroc dans cette partie du continent africain géostratégiquement déterminante pour ses intérêts vitaux. A ce sujet, le problème est beaucoup plus sensible en raison du climat conflictuel qui prévaut actuellement entre la CEDEAO et la Confédération de Etas du Sahel, jumelé au contexte des menaces du terrorisme qui plane dans la zone sahélo-saharienne (Abdelhak Bassou, 2024).

Partant de ce postulat, deux questions se profilent le long de notre analyse : D’abord, dans quelle mesure la configuration politique de la Confédération des Etats du Sahel, serait-elle en mesure de relever l’ensemble des défis tant sécuritaire, que politique et de développement, au vu des enjeux géopolitiques et géostratégiques qui prévalent actuellement dans la région ? Ensuite comment, d’une logique d’échecs itératifs des modèles classiques de coopération; la CES pourrait-elle se repositionner dans une nouvelle voie d’alliances et de partenariats crédibles ? Autant de questions qui éclairent sur les facettes géopolitiques multiples de la région sahélo-saharienne où le Maroc aura à jouer un rôle influent en tant qu’acteur pragmatique et porteur de projets d’intégration inclusive.

En vue de cerner les contours de ces questions, notre recherche a mobilisé un corpus spécialisé d’ouvrages, d’articles de revues et de journaux relatifs à la thématique du Sahel dans toutes ses configurations. Dans cette perspective, notre démarche méthodologique se basera sur une approche analytique géopolitique et géoéconomique, qui nous permettra dans un premier temps de faire dégager les principaux enjeux du nouveau paysage sahélien à la lumière de l’avènement de la nouvelle CES, avant de mettre la focale dans un second volet sur la course d’influence des principaux acteurs, très souvent antagonistes, et la place du Maroc dans cette compétition.

2- Le Sahel : Une géopolitique aux dimensions très variables 

Dans un paysage mondial dominé par l’emploi de la force et la manifestation de la puissance dans les relations internationales, force est de relever que la dynamique géopolitique dans le Sahel s’est longtemps maintenue dans une configuration de précarité socioéconomique, d’instabilité politique et de défis sécuritaires majeurs (Alaoui M’hammdi Nezha et Larbi Jaïdi, 2025). L’année 2020, marqua néanmoins, un tournant géopolitique avec une nouvelle recomposition des équilibres stratégiques qui prévalaient auparavant dans la sous-région. Cette rupture au lendemain des changements politiques survenus au Mali, au Niger et au Burkina Faso, va se traduire par leur retrait effectif de la CEDEAO, une coupure avec la France et un rapprochement sécuritaire et de défense avec la Russie. Pour beaucoup d’observateurs de la question sahélienne, ces bouleversements, ont fait ressurgir à la surface des enjeux géopolitiques complexes. Ils touchent à la lutte antiterroriste et à la question centrale du développement socioéconomique, ainsi qu’à la stabilité institutionnelle de la Confédération des Etats du Sahel.

2.1- Le Sahel : Enjeu sécuritaire transnationale et menaces terroristes 

Pour comprendre la genèse de la dynamique sécuritaire au Sahel, il est nécessaire de remonter aux conséquences de la « décennie noire [6]» de la guerre civile en Algérie sur la région entière (Bernard Lugan, 2023). En effet, après l’écrasement de l’insurrection du « Groupe Armé Islamique (GIA) », cette organisation se transforma en « Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat [7]» avant de devenir en fin 2006 « Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Elle migra ensuite vers le Sahel où elle tissa un système complexe de connections et de recrutement de combattants locaux (Bernard Lugan, 2019). Profitant de l’affaiblissement des Etats sur place (Seidik Abba, 2022), le groupe terroriste a instauré d’autres connectivités avec des organisations se réclamant du djihadisme, telles: Ansar Dine, Katiba Macina, Katiba Serma, Ansaroul Islam, et l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS). La chute du régime libyen en 2011 avec son corollaire de trafics d’armes (Abdoulaye Aziz Ndaw, 2024), a raffermi ces organisations terroristes et leurs alliances avec d’autres mouvements indépendantistes comme le Mouvement Touareg du Nord Mali (MTNM)  ou celui du Mouvement National pour l’Azawad (MNA).[8] Face aux dangers sur la sécurité régionale et  internationale que représentent ces mouvances terroristes et d’autres groupes radicaux ( Boko Haram au Nigéria et Daech en Irak et en Syrie), des postures multiformes de défense ont été adoptées. A ce sujet, on note trois échelles d’actions avec des résultats très mitigés :

  • Interventions françaises : Faisant suite à une demande officielle du gouvernement malien, la France engagea l’opération militaire « Serval [9]» en janvier 2013 en appui des forces maliennes débordées, pour contenir les assauts des terroristes au Nord du Mali (Michel Galy & Bertrand Badie, 2013). Malgré cette intervention armée, les terroristes ont maintenu leur pression militaire au Sahel. Devant cette situation, en 2014, l’opération « Barkhane » a repris le relais dont le but de soutenir la structure militaire des Etats du G5 Sahel, mais sans grand succès (Rémi Carayol, 2023). En 2020, d’autres forces militaires de partenaires européennes se sont adjointes aux forces françaises déployées au Mali dans le cadre d’une force conjointe dénommée « Task Force Takuba».[10] Une lecture analytique des interventions françaises, laisse apparaitre que l’absence d’un leadership national dans la conduite des opérations militaires, était perçue par les populations locales et certains dirigeants du Sahel comme une mainmise de la France sur leurs affaires politico-militaires (Pérouse de Montclos Marc-Antoine, 2020). Ce ressenti allait conduire aux bouleversements politiques et géostratégiques qu’a connus la région, et dont l’une des facettes est la rupture brutale avec la France.
  • Actions du G5 Sahel : Institué en 2014, le G5 Sahel est une organisation de coopération intergouvernemental de cinq pays : (le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad).[11] Sa création répondait au besoin urgent de lutter contre l’insécurité qui sévit dans la région (Seydou Kanté & Hadji Ibrahima Faye, 2022), particulièrement dans le quadrilatère transfrontalier du Liptako-Gourma,[12] et parallèlement y conduire des politiques socioéconomiques.[13] En 2017, la création d’une force conjointe transfrontalière par les cinq chefs d’Etats, a été officialisée par la résolution (2359 du 21 juin 2017) du Conseil de sécurité de l’ONU. Malgré la mise en place d’une structure de formation militaire[14], d’un comité d’état-major conjoint et la conduite de certaines opérations militaires dans la zone avec l’appui de la France, son impact est resté quasiment sans effet. Les causes résident essentiellement, en l’absence dans cette structure de deux pays influents du Maghreb, en situation de conflictualité chronique, qui sont le Maroc et de l’Algérie. De pair, le manque d’une volonté pérenne de l’Union Européenne et de la communauté internationale à soutenir financièrement, a impacté négativement le travail du G5 Sahel. Les mutations politiques survenues dans le Sahel vont accélérer l’implosion de cette structure de sécurité.[15]
  • Action Onusienne : La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), a vu le jour le 25 avril 2013 par la résolution 2100 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Son mandat s’est fixé d’appuyer la mise en œuvre de l’Accord de paix d’Alger[16], de soutenir l’Etat malien dans ses efforts de stabilisation du pays ainsi que la protection de la population civile. Forte d’environ 15 000 personnels civils et militaires, la Minusma s’est vue octroyée par la résolution 2391 du 8 décembre 2017, un nouveau cadre organisationnel, par lequel elle apporte son soutien opérationnel et logistique à la Force conjointe du G5 Sahel. Comme les autres postures de défense, la Minusma n’a guère obtenu de résultats concluants contre les terroristes. Violemment critiquée par le nouveau pouvoir politique au Mali qui a demandé son retrait, la fin la Minusma a été actée par la résolution 2690 du 30 juin 2023 du Conseil de sécurité de l’ONU. Ainsi, à la lumière de ce qui précède, se manifeste les limites de l’approche strictement militaire et sécuritaire qui s’avère non seulement infructueuse (Peer De Jong, 2020), mais aussi très coûteuses en termes de temps, de ressources humaines et financières.

2.2- Des enjeux et des défis économique, climatiques et démographique complexes

Une lecture dans la dynamique des tensions géopolitiques internationales, laisse apparaitre une modification profonde des politiques d’intégration économique mondiale et régionale. A ce titre, bien que les intérêts stratégiques et géopolitiques aient pris le dessus sur les considérations de compétitivité économique, le facteur géoéconomique reste un levier déterminant dans la configuration géostratégique dans la course à la domination dans le champ saharo-sahélien. Sur ce point, en interne comme en externe, la corrélation très étroite entre le binôme développement, stabilité politique et sécurité ( Alain Antil, 2020) demeure décisive. Ainsi, d’un côté on relève au sein des Etats du Sahel la persistance d’handicaps structurels endogènes qui s’érigent en blocages pour tout décollage socioéconomique ; de l’autre des facteurs exogènes étroitement liés aux rivalités géoéconomiques entre puissances étrangères pour le monopole des richesses de la région. Le tout sur fond d’une dégradation climatique sans précédent qui sévit dans toute la zone.

Dans notre analyse de la géopolitique interne des ressources naturelles au Sahel, il importe de relever que la région regorge de richesses minières de haute valeur (or, uranium, pétrole et autres matières premières critiques). Elle bénéficie également de la disponibilité de réserves aquifères importantes: fleuve du Niger, lac du Tchad ainsi de larges nappes d’eau couvrant toute la zone. Théoriquement, ces richesses constitueraient un levier de développement économique et humain. Mais paradoxalement, l’ensemble de la CES n’arrive guère à se soustraire de la trappe du sous-développement. Comme l’indique le rapport (2023-2024) de l’indice de développement humain (IDH) du (PNUD), le Burkina Faso à titre d’exemple se classe 185ème sur 193 pays. Les causes de ce paradoxe sont largement circonscrites et fondamentalement interdépendantes. Elles sont d’ordre sécuritaire, climatique, ainsi que politique.[17] Le corollaire néfaste de ce triptyque sur la vie en communauté dans ces Etats enclavés, se traduit par un accès très limité aux marchés internationaux et par une croissance économique qui n’arrive pas à résorber la pauvreté.

Parallèlement à cette situation socioéconomique défavorable, le Sahel traine également les conséquences désastreuses des bouleversements climatiques qui accentuent les fragilités des conditions de vie des populations de la région. Les chocs de la sécheresse, la désertification des terres arables et la mauvaise gestion des ressources hydriques, font que des pans entiers de la jeunesse migrent dans des conditions périlleuses et inhumaines à la quête d’une vie meilleure. Ces flux migratoires d’origine climatique génèrent à leur tour des conflits locaux et frontaliers qui s’ajoutent aux crise sécuritaires et humanitaires. En outre, force est de noter qu’au niveau démographique, les Etats du Sahel se distinguent par une forte croissance de fécondité des plus élevées dans le monde, associée à une population très jeune. Ce constat soulève deux observations diamétralement opposées : vu sous un angle d’attribut au développement économique, il pourrait à priori en constituer une force motrice ; ce qui hélas n’est pas le cas. De l’autre, il entrave les efforts du développement humain, car il pèse lourdement sur les moyens disponibles très limités de la CES en termes des services socioéducatifs.

Par ailleurs, à l’examen du constat d’échec du modèle de coopération construit sur le concept politique France-Afrique définitivement enterré après la rupture avec la France, on observe que l’espace saharo-sahélien riche en matières premières stratégiques, est redevenu un enjeu géoéconomique majeur entre puissances mondiales. En effet, face au repositionnement de nouveaux acteurs dans la zone particulièrement la Russie et la Chine (Djenabou Cisse, 2025), l’occident se voit perdre non seulement le monopole de ces richesses, mais aussi son influence économique directe dans toute l’Afrique de l’Ouest. A ce sujet, la question de la domination russe et surtout chinoise sur les matières premières critiques de la région grâce à des partenariats commerciaux et de crédits financiers; semble quasiment acquise. Les sanctions occidentales frappant la Russie et la stratégie des États-Unis pour endiguer l’influence chinoise, n’ont pas abouti. Cette domination géoéconomique sino-russe sur le Sahel, s’est renforcée davantage avec la multiplication des sommets Chine-Afrique et Russie-Afrique, devenus des focus pour tracer les lignes politiques directrices de ces deux puissances dans le continent africain.

2.3- Des enjeux politiques très complexes

Au fil de notre étude, nous avons remarqué que l’avènement de la création de la Confédération des Etats du Sahel, marque triplement une rupture géopolitique décisive dans l’équilibre géostratégique qui a longtemps caractérisé la sous-région. D’abord il a sonné le glas de la présence française au Sahel. Ensuite, en actant son retrait de la CEDEAO,  il a remis en question la politique des regroupements régionaux africains d’intégration et leur échec à trouver des solutions efficientes aux questions de développement et de sécurité.[18] Enfin au niveau international, il a mis la focale sur les limites des intervention onusiennes qui n’ont apporté ni paix ni sécurité au Sahel. Ces éléments réunis, expliquent le retour du narratif du souverainisme comme vecteur galvanisant les politiques intérieures des trois Etats, couplé à une ferme volonté de redessiner de nouvelles alliances avec des partenaires étrangers en quête de positionnement dans cet espace.

La grille de lecture de l’évolution politique intérieure des trois pays sahéliens : Le Mali, le Burkina Faso et le Niger laisse apparaitre des crises politiques itératives avec des similitudes très proches. Elles se manifestent souvent par des actions anticonstitutionnelles et une méprise des élites politiques héritières de pratiques colonialistes. Tout cela conjugué à des problèmes structurels socioéconomiques qui pèsent lourdement sur la vie quotidienne des populations (Jean-Pierre Olivier de Sardan, 2023). Des ressentis profonds sur lesquels ont construit les dirigeants de la CES pour prôner un nouveau souverainisme économique et politique opposé aux modes traditionnels de coopération. C’est le retour à une rhétorique panafricaine anti-occidentale qui consacre cette zone sur la scène internationale, loin de l’image du périmètre périphérique qui prévalait auparavant.

C’est dans ce paysage géopolitique de rupture que s’est opéré aussi le retrait définitif des trois membres de la CES après celui du G5 Sahel. En effet, du primat de la règle de non-ingérence dans les questions intérieures des États lors de la signature de l’acte constitutif de la CEDEAO, ce principe s’est vu repensé dans le Protocole additionnel sur la bonne gouvernance et la démocratie de 2001. Juridiquement, cela se traduit par plus de prorogatives à cette organisation pour intervenir dans chaque pays membre en vue de garantir la pérennité des gouvernements issus des urnes. C’est au regard de ce fondement normatif que la CEDEAO a instauré des sanctions et menacé d’intervenir militairement pour le retour à l’ordre constitutionnel au Niger. Face à ces menaces potentielles, les trois Etats se sont retirés officiellement du traité de cette organisation, le 29 janvier 2024. Ce retrait inédit a été le prélude à une profonde remise en cause de tout le dispositif de fonctionnement de la CEDEAO.

Longtemps caractérisée par des impératifs de sécurité associés aux besoins d’une coopération régionale de développement socioéconomiques des pays membres, la CEDEAO se retrouve actuellement dans une posture très fragilisée. Les tensions politiques interétatiques parues au lendemain du retrait des trois Etats, du reflux de la France de la région et de la déperdition du G5 Sahel, méritent une réflexion profonde sur l’avenir de cette organisation considérée comme modèle dans toute l’Afrique. Dans ce contexte, force est de se demander si le retour aux principes fondateurs du traité de 1979 à Lagos, qui privilégient la primauté de l’intégration économique sur les questions politiques ; ne constitue-t-il pas une bouée de sauvetage pour revitaliser la pérennité de la CEDEAO (Niagalé Bagayoko, 2025). Une autre option reste aussi envisageable, et qui va dans le sens de réactiver l’étude de la demande officielle d’adhésion du Maroc à la CEDEAO[19] restée sans suite depuis 2017. Dans cette optique, malgré l’absence d’une réponse ferme, le Maroc fort de son statut d’acteur apaisant et modérateur dans la région, pourrait jouer un rôle déterminant pour redonner un second souffle à cette organisation.

3- Le Sahel : Multiplication des acteurs et regain de la course géopolitique

Le Sahel en tant qu’enjeu géospatial stratégique, résume dans l’état actuel toutes les politiques d’influence des grandes puissances traditionnelles (USA, Russie, Chine), comme celles intermédiaires ( Turquie, Iran,  Monarchies du Golfe),  voire des puissances régionales (Algérie, Royaume du Maroc, Nigéria et Afrique du Sud). La persistance de la crise sahélienne, l’échec de la communauté internationale et des organisations régionales à y résoudre les questions de sécurité et de développement, ont relancé la dynamique des rivalités entre différents acteurs qui s’emploient à sanctuariser leurs intérêts stratégiques dans la région. Cette compétition géopolitique au Sahel, se fait aussi avec en toile de fond, des mutations politiques endogènes profondes à la suite des coups de forces anticonstitutionnels actés dans les trois Etats da la CES. D’ailleurs, l’une des conséquences géostratégiques majeures de ces changements intérieurs, est le reflux de la domination occidentale associé à la réapparition de puissants acteurs en guise de substitution.

3.1- Le Sahel : Un retour géopolitique sino-russe très remarqué

Sur plusieurs points, la Russie et la Chine ont une perception commune des affaires internationales, notamment la promotion d’un monde multipolaire mettant en question l’hégémonie du modèle occidental sur des principes comme la démocratie et la promotion des droits de l’homme. A l’évidence dans la stratégie sino-russe à la domination, se décline le primat des notions de la souveraineté et de la non-ingérence dans les politiques intérieures des Etats. Ainsi au Sahel, Moscou et Pékin se positionnent en puissants acteurs qui affichent leur antagonisme aux intérêts occidentaux. Cependant, à travers l’ampleur de la présence russe dans les trois pays de la CES par rapport à celle la Chine, on relève des stratégies différentes dans leur intervention pour servir leurs agendas politique, économique et diplomatique (Cyrille Bret, 2017). Le tout sur fond d’amenuisement du partenariat stratégique transatlantique sous les deux mandats du président américain Donald Trump, dont les européens en sont les principaux perdants.

La présence de la Russie au Sahel, n’est guère un fait géopolitique nouveau. Elle remonte à l’époque de la guerre froide où l’URSS avait soutenu militairement les mouvements africains de libération. Actuellement et dans un contexte de clivage géopolitique Occident/Sud global, ravivé par le conflit armé en Ukraine et les sanctions imposées au Kremlin, l’implication de la Russie dans la zone est avant tout militaire. Elle s’est traduite par une présence sur le terrain du groupe armé Wagner devenu Africa-corps pour combattre le terrorisme et sécuriser les nouveaux régimes militaires. A noter que dans cette compétition au leadership au Sahel, l’intervention russe a été accompagnée d’une guerre informationnelle très efficace contre le leg colonial français dans la région. L’objectif du narratif russe est double :  Donner aux pouvoirs politiques en place une légitimation de leur action anticonstitutionnelle, et permettre à la Russie de se hisser comme solution alternative à la présence occidentale au Sahel, en dépit d’une influence géoéconomique de second rang comparativement à son partenaire chinois.

Pour la Chine et contrairement à l’approche militaire russe, l’aspect économique occupe une place primordiale dans sa politique à la course d’influence au Sahel riche en ressources minières stratégiques vitales à sa puissance économique. Dans la vision chinoise, le Sahel constitue un nœud stratégique de croisement entre l’Afrique du Nord et le golfe de Guinée. A ce titre, il est considéré comme un relais important dans le dispositif chinois des Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative). Au lendemain des mutations politiques dans la CES, l’implication de la Chine au Sahel est devenue plus visible, grâce aux investissements publics et privés dans des projets d’infrastructures et d’exploitations de matières premières, associés à des aides au développement (Nina Wilen, 2025). Il reste néanmoins observable, que cette dimension économique n’exclue guère le soutien militaire apporté par Pékin aux pays du Sahel (Mali, Niger, Tchad et au Burkina Faso) sous forme de ventes d’armes et de coopération militaire; et ce en compétition avec d’autres acteurs émergents en quête d’influence dans la région.

3.2- Le Sahel : Des acteurs moyens émergents aux visions opposées

À bien des égards, on constate que la course à l’influence au Sahel n’est plus l’apanage uniquement de grandes puissances. D’autres acteurs géopolitiques de taille moyenne s’impliquent de plus en plus dans la région. Il s’agit essentiellement de la Turquie et des monarchies du Golfe[20]. Ces puissances émergentes ont toutes des traits communs: elles sont des pays musulmans et ne partagent pas totalement les mêmes valeurs du monde occidental.  Néanmoins, avec des stratégies différentes ( économiques, religieuse et sécuritaires), elles partagent une politique de puissance dans les trois pays de la CES et au-delà en Afrique de l’Ouest pour défendre leurs intérêts géostratégiques et géoéconomiques.

Dans sa stratégie d’influence au Sahel, la Turquie a initié une approche multisectorielle. Cette stratégie au Mali, au Burkina Faso et au Niger ne s’est véritablement affichée qu’à partir de 2022. D’abord économiquement, par des accords commerciaux et en investissant dans des projets d’infrastructures et de développement socioéconomique. Dans ce cadre, la Compagnie « Turkish Airlines » s’est placée en levier stratégique de connexion entre les capitales sahéliennes et la Turquie. Ensuite culturellement, la Turquie a capitalisé sur son référentiel religieux sunnite et son aide aux organisations socioéducatives locales pour créer un sentiment d’appartenance culturelle et religieuse. Le tout est orchestré sur une rhétorique médiatique antioccidental et pro-régimes militaires en place. Enfin, c’est dans le domaine sécuritaire que le positionnement turc se manifeste clairement dans les pays de la CES, avec la vente d’équipements militaires allant de drones Bayraktar TB2, d’engins blindés aux avions légers de combat, afin de circonscrire le climat d’insécurité qui sévit dans les trois Etats du Sahel.

Quant aux monarchies du Golfe ( Arabie Saoudite, Qatar et Emirats Arabes Unis), malgré leur conflictualité interne, le centre de leur stratégie de puissance au Sahel se décline à des degrés différents, en une approche diplomatique polysémique : religieuse, économique et sécuritaire. Pour l’Arabie Saoudite, le levier religieux sunnite wahhabite reste déterminant dans sa diplomatie d’influence dans la CES. Cet attribut de puissance se manifeste à trois niveaux : le pèlerinage à la Mecque qui lui confère une puissance spirituelle, sa position centrale dans l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), et enfin les aides apportées aux organisations socioéducatives locales (Mayke Kaag, 2023). Une autre dimension de cette diplomatie religieuse est son opposition au chiisme prôné par son rival l’Iran. Pour les deux autres Emirats rivaux, force est de relever leur implication sécuritaire et économique dans la sphère sahélienne avec des politiques économiques d’investissements massifs, d’aménagement de zones agricoles et industrielles, ainsi que des aides financières au développement notamment du Qatar. De pair avec cette action économique, un soutien militaire subtil a été apporté également aux trois Etats du Sahel dans leur lutte antiterroriste, sous forme de livraisons d’armes particulièrement de la part des EAU.

3.3- Le Maroc : Une stratégie soft power cohérente sur fond de rivalité avec Alger :

Au cours de notre recherche, nous avons observé comment le Sahel s’est imposé en épicentre géopolitique de rupture où s’affrontent de grandes et intermédiaires puissances. Dans le cas du Maroc en tant que puissance régionale apaisante, cette compétition revêt une triple dimension géostratégique. D’abord, c’est un pays enraciné dans son appartenance africaine[21], géographiquement, culturellement et économiquement. De ce point de vue, le Sahel est géopolitiquement pensé en pivot dans le système global de la défense du Royaume. Deuxièment, dans sa stratégie de sanctuariser ses intérêts vitaux au Sahel, le Maroc se voit imposer une rivalité algérienne empreinte d’hostilité et de rancune. Enfin dans sa vision africaine pragmatique et inclusive, il se place en acteur influent porteur de projets structurants fondés sur des partenariats économiques, énergétiques, de stabilisation politique et sécuritaire. C’est le cas précisément de l’initiative Afrique-Atlantique et du mégaprojet gazier Afrique- Atlantique.

Il s’agit là pour le Maroc, d’une approche d’intégration novatrice de la coopération Sud-Sud avec un double objectif. Créer d’abord, une nouvelle plateforme de coopération économique régionale et internationale entre les pays africains de la façade Atlantique et ceux du Sahel en situation d’enclavement. Le principe est de leur accorder un accès à la mer et une mise à disposition des ports atlantiques marocains. Ensuite, asseoir des mécanismes pérennes de stabilisation politique et de sécurité régionale pour accélérer le processus des transformations socioéconomiques dans la région. A ce titre, il est important de constater que le Maroc dans sa politique de positionnement soft power ( spirituelle, économique et sécuritaire) dans la sphère sahélienne, se trouve en situation de confrontation durable au leadership à la fois géopolitique et géoéconomique avec son voisin de l’Est (Algérie). Ce dernier ne ménage aucun effort pour saboter les projets marocains, avec l’effet stratégique recherché de couper le Maroc de sa profondeur africaine pour se placer en seul et unique acteur influent au Sahel ( luis Martinez, 2021).

A ce sujet précisément, la rivalité Maroc-Algérienne au monopole de l’influence au Sahel, se situe à deux niveaux essentiels : géoéconomique et géostratégique. D’un côté, une ferme volonté affichée par le Maroc à travers ses deux initiatives pensées en centre géostratégique pour la mise en place de connectivités terrestres et maritimes avec le monde sahélien. C’est une approche d’engagement régional constructif économiquement et diplomatiquement, qui est considérée déterminante en faveur de la stabilité politique et sécuritaire de la région. De l’autre, on note paradoxalement une logique de confrontation,  de clivage et d’opposition systématique d’Alger à l’opérationnalisation des projets du Royaume dans la zone. Le recours au clonage des   programmes commerciaux et d’investissement marocains avec la Mauritanie (Jean-Babtiste François, 2024), conjugué à la réactivation du projet gazier algérien transsaharien : Nigéria Tamanrasset, via le Niger en est une preuve factuelle de cette politique hostile de rupture prônée par l’Algérie vis-à-vis du Maroc.

4-Conclusion

Cette étude analytique de la géopolitique au Sahel, nous a rapproché de la réalité complexe et multidimensionnelle des enjeux stratégiques et géoéconomiques qui se jouent entre puissances dans cette sphère confrontée à des difficultés structurelles de développement socioéconomique et d’insécurité. Dans ce nouveau paysage géopolitique de rupture issu des mutations politiques anticonstitutionnelles dans les trois pays de la Confédération des Etats du Sahel (CES), force a été de relever le retrait de cette Alliance de la CEDEAO et les conséquences engendrées potentiellement désastreuses, sur tous les mécanismes communautaires d’intégration dans la région. Ce retrait conjugué au reflux de la présence française du Sahel et à l’échec des efforts des instances régionales et internationales à rétablir la sécurité et y asseoir des bases solides de développement économique, a donné lieu à une nouvelle dynamique géopolitique de recomposition d’alliances sur fond de rivalité entre puissances à la course d’influence dans la zone saharo-sahélienne.

Parallèlement, l’étude a permis de mettre en relief la multiplicité des acteurs régionaux et internationaux à la quête d’influence dans cette sous-région et les différentes approches initiées pour remplacer le vide géopolitique occidental concédé par la France, en tissant notamment des partenariats-parfois subtils- militaires, économiques, religieux et diplomatiques avec les pays de la CES. A ce sujet, force est de remarquer la démarche novatrice et inclusive du Maroc dans le cadre de l’initiative Sahélo-Atlantique. Un grand projet structurant qui vise le désenclavement des Etats du Sahel en les amarrant au système des flux commerciaux mondiaux par un accès à la mer et par une connectivité aux installations portuaires marocaines.

Faut-il- souligner, néanmoins, que cette démarche stratégique se heurte à des défis complexes qu’il faudrait relever pour sa concrétisation, en raison de la rivalité algérienne et de sa politique de clivage hostile aux intérêts vitaux du Royaume. Il reste tout de même observable que l’adhésion des pays du Sahel à cette initiative et le nouveau contexte du rapprochement constructif Maroco-Mauritanien, sont autant de facteurs positifs qui plaident pour une opérationnalisation efficiente de cette initiative ambitieuse et innovante, d’intégration et de stabilisation dans toute la région du Sahel.

Liste Bibliographique

  • Books
  1. Abba Seidik.(2022), Mali-Sahel. Notre Afghanistan à nous, Ed. Impacts.
  2. Abdoulaye Aziz Ndaw. (2024), Sahel : terre des conflits, Ed. L’Harmattan.
  3. Bernard Lugan.(2019), Les guerres au Sahel. Des origines à nos jours, Ed. Bernard Lugan.
  4. Bernard Lugan.(2023), Histoire du Sahel : Des origines à nos jours, Ed. Du Rocher.
  5. Jean-Loup Amselle, (2022), L’invention du Sahel, Ed. Du Croquant.
  6. Jean-Pierre Olivier de Sardan.(2023),L’enchevêtrement des crises au Sahel. Niger, Mali, Burkina Faso, Ed. Karthala.
  7. Michel Galy & Bertrand Badie. (2013), La guerre au Mali: Comprendre la crise au Sahel et au Sahara: enjeux et zones d’ombre, Ed. La Découverte.
  8. Peer De Jong. (2020), Sécurité et développement dans le Sahel : Du concept à la réalité, Ed. L’Harmattan.
  9. Pérouse de Montclos Marc-Antoine. (2020), Une guerre perdue. La France au Sahel, Ed. Jean Claude Lathès.
  10. Rémi Carayol. (2023), Le mirage sahélien. La France en guerre en Afrique, Editions, La Découverte.
  11. Seydou Kanté & Hadji Ibrahima Faye. (2022), La géopolitique du Sahel : Analyse du terrorisme, Ed. L’Harmattan.
  12. Souleymane Diop Niang. (2023), Le Sahel épicentre géopolitique. Des solutions endogènes face à l’enjeu sécuritaire, Ed. L’Harmattan.
  • ARTICLES
  1. 1. Abdelhak Bassou. (2024), De l’Alliance des États du Sahel à la Confédération des États du Sahel : le chemin est carrossable, mais semé d’embûches, Policy Brief-N° 11/24-Mars.
  2. Alain Antil.( 2020), Le G5 Sahel et le concept de sécurité-développement, dans Recherches Internationales, 117, pp 59-74.
  3. Alaoui M’hammdi Nezha & Larbi Jaïdi. (2025), Le sahel, un espace à enclavement multiple, policy paper – n° 01/25- janvier.
  4. Cyrille Bret. ( 2017), Russie, Chine : une alliance de façade? In the Conversation, 26 juin.
  5. Djenabou Cisse.(2025), Menaces en Afrique subsaharienne à l’horizon 2040, FRS, le 28 septembre.
  6. Jean-Babtiste François.(2024), Sahel : L’Algérie et le Maroc jouent une partie tendue pour la maitrise commerciale de la région, La Croix du 18 janvier.
  7. Luis Martinez. (2021), Algérie et Maroc: Rivaux ou ennemis? in IEMed. Afkar/Idées n°64.
  8. Mayke Kaag. (2023), Réflexions sur la diplomatie religieuse des pays du Golfe et les défis qu’elle pose pour les pays ouest-africains, publication Konrad-Adenauer-Stiftung Bureau du Maroc.
  9. Niagalé Bagayoko.(2025), AES versus CEDEAO : vers la fragmentation de l’Afrique de l’Ouest, FRES du 26 mars.
  10. Nina Wilen. (2025), Un renforcement de l’engagement au Sahel : La Russie, la Chine, la Turquie et les Etats du Golfe, le Rubicon, 4juillet.

[1] Le 6 juillet 2024, le Burkina Faso, le Mali et le Niger annoncent la transformation de l’AES en confédération lors du sommet à Niamey au Niger.

[2]  Organisation reposant juridiquement sur la Charte du Liptako-Gourma, adoptée le 16 septembre 2023. Elle regroupe le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Elle est fondée sous la forme d’un pacte de défense mutuelle.

[3] En mars 2025, le Mali, le Niger et le Burkina Faso annoncent leur retrait de l’O I F.

[4] Initiative lancée lors du Discours Royal du 6 novembre 2023 marquant le 48 anniversaire de la Marche Verte.

[5] Le processus Afrique Atlantique est né à Rabat en 2009 à travers la conférence des Etats africains riverains de l’Atlantique, puis redynamisé le 8juin 2022 avec la première réunion ministérielle au Maroc des pays riverains ; aboutissant à l’adoption de la «Déclaration de Rabat ».

[6] À la suite de l’annulation des élections législatives algériennes de 1991 remportées par le Front Islamique du Salut (FIS), un groupe terroriste mena une guérilla sanglante pendant 10 ans avant d’être neutralisé par l’armée algérienne.

[7] Le 25 janvier 2007, le GSPC prête officiellement allégeance à Al-Qaïda, et devient Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI).

[8] En juillet 2011, les deux mouvements s’associent pour constituer le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA)  qui s’attaqua au nord du Mali le mois de janvier 2012.

[9] Cette opération s’est également appuyée sur la résolution 2085 du Conseil de sécurité du 20 décembre 2012.

[10] En nom touarègue qui signifie le sabre. Cette force a été dissoute en février 2022 après le retrait du Mali.

[11] Le G5 Sahel a été créé à Nouakchott, en février 2014, lors d’un sommet des chefs d’État de la Mauritanie, du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad.

[12] C’est une zone transfrontalière du Sahel très vaste (370 000 km²), à cheval sur les frontières du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

[13]Selon l’Article 4 de l’acte constitutif,  « le G 5 Sahel a pour objet: (i) de garantir des conditions de développement et de sécurité dans l’espace des pays membres; (ii) d’offrir un cadre stratégique d’intervention permettant d’améliorer les conditions de vie des populations (…) ».

[14] Il s’agit ici du Collège de Défense du G5 Sahel installé à Nouakchott.

[15] L’article 20 de la Convention portant création du G5 Sahel selon lequel “le G5 Sahel peut être dissout à la demande d’au moins trois États membres.”

[16] L’accord d’Alger signé le 15 mai et 20 juin 2015 au Mali, vise à mettre fin à la Guerre entre la République du Mali et la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA). La quasi-totalité des négociations se sont déroulées en Algérie.

[17] Observatoire du Sahel Central/ Groupe de la Banque Mondiale (2025) ; Édition S2-2024 1er juillet–31 décembre, publié le 1er juillet 2025.

[18]International Crisis Group. (2024) , Alliance des Etats du Sahel : le divorce avec la CEDEAO peut-il être évité ? publié le 05 décembre.

[19] Le Maroc en est un membre observateur.  A reçu l’accord de principe de son adhésion à la CEDEAO les 5 et 6 juin 2017 au 51eme sommet de la CEDEAO à Monrovia.

[20] Il reste entendu qu’il y a d’autres puissances intermédiaires qui s’intéressent au Sahel telles : l’Iran , l’Inde et Israël.

[21] Cette appartenance africaine notamment au Sahel et au Sahara est consacré dans le préambule de la constitution de 2011du Royaume du Maroc.

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