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Research studies

Geomorphosites of the municipalities of Aguelmam Azegza and Oum Er Rabia between potentials and constraints of local development

 

Prepared by the researcher

Source – Democratic Arab Center

Journal of African Studies and the Nile Basin : Eighth Issue – May 2020

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
ISSN  2569-734X

Journal of African Studies and the Nile Basin

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Abstract:

The present paper aims at the “new heritages” identified in recent decades. The geomorphosites, which are understood as geomorphological objects, phenomena, sites and landscapes that bear witness to a long geological past and are explined by the action of different climates, past or present, accompanied by early differential erosion. The study area is part of the Causse of Ajdir. It offers a geomorphological and environmental variety, given its distinguished geographical position; this position allows the development of spectacular landscapes. In spite of this natural wealth, the region has a deficiency in social and economic facilities, given the very high poverty and illiteracy rates. The enhancement of this heritage through an inventory should serve, on the one hand, to initiate local development and raise awareness of the natural and cultural environment. And on the other hand, the taking into account of the conciliation between the actors and the integration of the local population. So, we are supposed to ask the following question: How to balance between the exploitation of geomorphosites and their sustainability? What will be the valorization and conservation measures to be proposed for the inventoried geomorphosites?

Introduction

 Le moyen Atlas recèle une géodiversité très riche et très variée.  Il enregistre une partie de l’histoire géologique du Maroc à travers des reliefs majestueux, des nombreuses sources aux eaux cristallins, des lacs et des grottes, dans les sédiments depuis l’ouverture du rift atlasique au début du Mésozoïque, passant par le comblement du bassin et la surrection de la chaîne atlasique jusqu’au façonnement, par l’érosion, des paysages actuels [Martin, 1981].

Si le coté naturel est souvent le support de différents sites (touristiques, religieux, historiques), il est aujourd’hui identifié comme élément fondamental de l’armature paysagère, tant d’un point de vue naturaliste que culturel [Zwoliński et al., 2016].  Le concept de géomorphosite, né dans les montagnes transalpines dans le courant des années 1990, est aujourd’hui le terme le plus utilisé pour désigner ces espaces. Il résulte d’une dizaine d’années de réflexion menée par les géologues et les géomorphologues sur leur objet d’étude privilégié. Le géomorphosite est ainsi défini comme une forme du relief à laquelle des valeurs peuvent être attribuée. Ces valeurs sont de deux ordres : une valeur centrale scientifique et des valeurs dites « additionnelles » (esthétiques, écologique, culturelle, économique ; Panizza, 2001 ; Reynard, 2005a).

Fig.1: situation géographique de la région d’étude

Le secteur pris en compte dans cette étude concerne le Causse d’Ajdir, situé au SW du moyen Atlas tabulaire (fig.1). Il constitue la partie la plus élevée des plateaux du Moyen Atlas marocain. La surface de ce Causse singularise par la manifestation de nombreuses dépressions fermées de dimensions et de formes variées ainsi que par de vallées sèches, où l’infiltration est faible ce qui donne des dayas et des lacs.

Le climat est de type méditerranéen de montagne avec des précipitations hivernales et printanières et une saison estivale sèche à orages brutaux [El Khalki et al. 2001]. Les précipitations sont abondantes et dépassent 800 mm par an. Les températures moyennes annuelles sont de l’ordre de 14 °C. Les chutes de neige sont fréquentes sur les sommets au-dessus de 1600 m.

Géologiquement, la région correspond à une structure sub-tabulaire affectée par des accidents cassants. Elle se caractérise par une quasi-omniprésence des roches carbonatées (dolomies et calcaires du Jurassique inférieur). Ces formations carbonatées reposent en concordance sur le Trias qui peut atteindre 200 m d’épaisseur. Le Trias se remarque bien dans le paysage par la diversité de ses faciès : argiles, marnes rouges, lentilles de gypse et de sel, basaltes doléritiques caractérisent cet étage géologique [Benkadour et al.2008].

Aperçu sur les méthodes d’évaluation des géomorphosites

 Afin d’apprécier les géomorphosites dans leur totalité, différentes méthodes d’évaluation ont été élaborées. Les caractéristiques principales des méthodes d’évaluation développées par des membres du Groupe de travail sur les géomorphosites sont résumées dans le tableau 1.

 Les différentes méthodes se distinguent par le contexte, l’objectif, la démarche et le procédé d’évaluation. Dans ce qui suit, nous présentons brièvement les différentes options possibles.

En ce qui concerne le contexte d’évaluation, Grandgirard [1999] a identifié trois domaines : les inventaires d’objets, les études d’impact sur l’environnement (EIE) et l’évaluation à des fins de valorisation. Les objectifs peuvent varier, allant de la « simple » identification et description, à la protection ou à la valorisation des géomorphosites. Dans le cadre général de l’évaluation (contexte et objectif), la démarche d’évaluation influe fortement sur la manière d’aborder les
géomorphosites. On différencie une démarche basée sur l’avis d’experts ou une démarche systématique [Grandgirard, 1999].

Le premier groupe a l’avantage d’être simple, rapide et facile à appliquer, mais comprend une plus grande part de subjectivité puisque les critères d’évaluation ne sont pas clairement définis [Bruschi & Cendrero, 2005, 2009]. La démarche adoptée dans le deuxième groupe repose sur l’identification de caractéristiques particulières des sites.

 

Méthodes

Contexte d’évaluation Domaines d’évaluation Etapes d’évaluation Démarches d’évaluation Evaluation numérique auteurs
Université de Modena et Reggio Emilia  

Etudes d’impact sur l’environnement

 

Aménagement du territoire

 

Vsc
Vad

 

• Analyse géomorphologique

• Sélection de géomorphosites potentiels

• Evaluation numérique

 

 

 

Démarche systématique

 

 

 

Oui

 

 

Coratza
Giusti,
2005

 

Université de Cantabrie

 

Etudes d’impact sur l’environnement

Inventaire régional

 

Vsc
Vut
Vprot

•Identification des sites

• Inventaire et classification

• Evaluation numérique

 

Démarche systématique

 

oui

 

Bruschi
Cendrero., 2005

 

Université de Valladolid

 

Inventaire dans
une région
protégée
(espace naturel
protégé, échelle
locale)

 

Vsc
Vad
Vut
Vprot

• Cartographie géomorphologique

• Sélection de géomorphosites potentiels

• Evaluation numérique

 

 

Démarche systématique

 

 

 

oui

Serran Gonzalez

Trueba., 2005

 

 

Université de Lausanne

 

Inventaires régionaux

 

Vsc
Vad

• Sélection des géomorphosites potentiels

• Description et morphogénèse

• Evaluation numérique

• Evaluation qualitative

 

 

 

Démarche systématique

 

 

oui

 

 

Raynard et al., 2007

Université de Minho  

Inventaire dans une région protégée

 

Vsc
Vad
Vut
Vprot

•Identification de sites
potentiels
• Évaluation qualitative
• Sélection
• Description
• Évaluation numérique
•Classement
 

 

Démarche systémique

 

 

 

 

 

oui

 

 

 

Pereira et al., 2007

Université de Lausanne Inventaires régionaux V. intr

V. us

Vul

Sélection des géomorphosites potentiels

• Description et morphogénèse

• Evaluation numérique

• Evaluation qualitative

 

Démarche systémique

 

 

 

 

oui

Raynard et al., 2012

Tab.1 : Des méthodes d’évaluation développées par les membres du Groupe de travail sur les géomorphosite géomorphosites (Reynard, 2012). EIE = Etudes d’impact sur l’environnement, Vsc = Valeur scientifique, Vad = Valeurs additionnelles, Vut = Valeur ou potentiel d’utilisation, Vprot = Valeur ou besoin de protection et de gestion, V.intr = Valeurs intrinsèques, V. us =Valeurs d’usage, Vul= Vulnérabilité.

 Le premier groupe a l’avantage d’être simple, rapide et facile à appliquer, mais comprend une plus grande part de subjectivité puisque les critères d’évaluation ne sont pas clairement définis [Bruschi & Cendrero, 2005, 2009]. La démarche adoptée dans le deuxième groupe repose sur l’identification de caractéristiques particulières des sites.

Bien que chaque méthode présente ses particularités, toutes les méthodes présentées évaluent
la valeur scientifique. Les critères utilisés pour évaluer cette valeur à défaut d’être
identiques sont assez similaires. L’intégrité, la rareté, l’exemplarité et la représentativité sont évaluées dans la plupart des méthodes. Les valeurs additionnelles sont également présentes dans toutes les méthodes, mais peuvent apparaître dans des domaines différents (intégrées à la valeur scientifique ou indépendamment) et avec une précision d’évaluation variable : évaluation individuelle pour chaque valeur additionnelle dans les méthodes de Serrano & González Trueba [2005], Reynard et al. [2007 b], Pereira et al. [2007] et évaluation sommaire dans les méthodes de Bruschi & Cendrero [2005) et Coratza & Giusti [2005]. Les différences se font plus importantes concernant la valeur (ou le potentiel) d’utilisation et la valeur (ou les besoins) de protection. La méthode de Coratza & Giusti [op.cit.] n’en tient pas compte. L’évaluation est qualitative dans la méthode proposée par Reynard et al. En 2007. La variabilité d’une méthode à l’autre augmente également en ce qui concerne les critères avec lesquels ces deux valeurs sont jugées.

  La méthode que nous allons présenter ici est inspirée des travaux de J.P.Pralong [2005, 2006]. Certains critères géomorphologiques et esthétiques sont inspirés de la méthode de l’IGUL élue, tandis, la dimension touristique est la plus dominante.  Cette méthode est convenable à l’évaluation des géotopes, via les potentialités qu’elle renferme pour la valorisation du patrimoine culturel édifié sur un contexte géomorphologique, méritant d’être considéré seul comme des paysages géomorphologiques.

  • Caractéristique Topographiques et géomorphologiques :
  1. a) altitude: Il s’agit de citer l’altitude du site tirée d’une carte topographique. Dans notre cas, nous allons déterminer, autre que la latitude (Y) et la longitude (X) l’élévation (Z) à l’aide d’un GPS.
  2. b) substratum: Le contexte lithologique sur lequel est édifié. Quel le type de roches s’agit-t-il?
  3. c) unité géologique: Concerne le contexte géologique du site. On le détermine à partir de la carte géologique du Rabat (1/500000).
  4. d) spécifité géomorphologique: Ce critère est le plus important. La valeur conférée aux géotopes est à l’origine principalement des « …formes géomorphologiques, qui sont nettement visibles depuis l’édifice mais dans un rayon allant jusqu’à 15Km » (José Carron, 2009 :35).
  5. e) Intérêt paléogéographique: Ce critère indique « l’importance des formes et des roches visibles sur et autour du site (dans un rayon d’un Kilomètre) pour la reconstitution de l’histoire de la terre et du climat » [José Carron, op.cit.]. Il dépend des concepts qui associent entre la géologie, la géomorphologie et la culture.

Caractéristiques esthétiques

  1. a) Point de vue et distance d’observation, forme dominante, dominée :

«Si la forme tranche avec l’arrière-plan lorsqu’on l’aborde, elle est encore plus
impressionnante. Cette position dominante offre de plus un vaste panorama. Donc
beaucoup de possibilités de voir des formes géomorphologiques remarquables» [José
Carron, opcit]

  1. b) Contrastes de couleurs:

 Lorsque les formes sont ordonnées, le paysage n’a aucune valeur. Plus qu’il y’a de contraste, plus que le paysage stimule l’attention.

  1. c) L’harmonie :

 L’intégrité d’un site peut être totalement dénaturée par des éléments anthropiques du paysage [José Carron, 2009 :37].

Caractéristiques touristiques

  1. d) notoriété: Ce critère montre l’importance du site en tant qu’un lieu célèbre par la connaissance de « La manière dont il est présenté dans les brochures et les guides de voyages, sa présence dans les circuits touristiques des voyagistes et sur les cartes postales » [José Carron, 2009 :37].
  2. e) hébergement :Il indique l’existence des lieux d’hébergement aux alentours des sites.
  3. f) Aléas naturels: Est-ce que le site a connu des risques naturels (avalanche, inondation, glissement etc.).

Résultats de l’inventaire:

Pour mieux représenter la géodiversité de la région en vue de sa valorisation et son exploitation à des activités géotouristiques, nous n’avons retenu que les formes et les processus rares qui présentent une valeur géomorphologique importante, même s’il existe d’autres sites qui méritent d’être évalués et inventoriés surtout les géotopes spéléologiques (les grottes) rencontrés fréquemment dans la région.

La situation de la région d’étude au Moyen Atlas la rend favorable aux processus karstiques. Les géomorphosites karstiques sont majoritaires. Ils représentent 57 % des géomorphosites recensés. Les formes fluviatiles sont eux aussi plus nombreuses parce que la région contient des bassins versants et plusieurs affluents d’Oum Er Rbia.

Le Causse du Moyen-Atlas est marqué par des collines séparées par de larges cuvettes.  Il s’agit de karsts de surface tels sont les exemples des lacs Tiguelmamine, Ouiouane, ou de l’Aguelmam Azigza, qui sont des lacs naturels d’origine karstique, souvent avec influence structurale, situés à différentes altitudes, qui occupent des dépressions plus ou moins profondes généralement entourées de reliefs calcaires.

Lac Aguelmam Azigza

L’Aguelmam Azigza est inscrit dans les calcaires du Lias moyen et fait partie du causse moyen atlasique, ce dernier de structure sub-tabulaire, est formé par des formations carbonatées plus ou moins épaisses du Lias reposant sur des roches tendres argilo-marneuses rouges du Trias. Ce lac occupe une grande cavité de dissolution encadrée par des failles NE-SW et SSE-NNW.

Fig. 2: L’Aguelmam Azigza occupe un creux de dissolution sur un plateau karstique, de grand intérêt géomorphologique et paysager, ayant une genèse évidente d’influence structurale matérialisée par des failles NE-SW et aussi SSE NNW.

Le lac naturel d’origine karstique est situé à une altitude de 1470 m, avec une superficie de 50 ha et une profonde maximale de 26 m. Il occupe une profonde dépression entourée de reliefs calcaires couverts par une belle forêt de chêne vert et de cèdres.

Aguelmam est toujours rempli d’eau toute l’année avec une couleur verte grâce à la couleur rose-blanc des débris calcaire du fond et au reflet de la végétation environnante.

Ce lac fait partie des zone humide du Moyen Atlas, écologiquement, le site est sensible, délicat, doit être correctement protégé en raison de la surfréquentation touristique pendant la saison estivale.  Il doit bénéficier de toutes les actions visant sa conservation. L’une des actions les plus urgentes et de dresser les plans de gestion de ces écosystèmes lacustres afin de leur assurer une protection très efficace et durable tout en évitant les dégradations paysagères à l’intérieur et à la périphérie du site.

Sources de l’Oum Erabia

  L’origine du Moyen Atlas provient de l’omniprésence de séries carbonatées : calcaires et dolomies pour l’essentiel rapportées au Jurassique Inférieur qui reposent sur un soubassement argilomarneux rouge du Trias [Martin, op.cit.]. Ces masses calcaires forment une chaîne de montagnes relativement bien arrosée, ce qui lui confère l’appellation de “Château d’eau” du Maroc (la moyenne annuelle est de l’ordre de 650 mm).

Fig. 3: Sources de l’Oum Er Rabia un des principaux sites d’intérêt géotouristique du Maroc.

En effet, les roches carbonatées poreuses ou fissurées sont affectées de dissolution donnant
naissance à des formes karstiques. Ces cavités de différentes échelles constituent des réservoirs pour les eaux météoriques infiltrées. Les roches carbonatées sont donc d’importants aquifères qui alimentent une multitude de sources qui viennent relayer et régulariser le régime des oueds. Les plus importantes et le plus connues sont les sources de l’Oum Er Rabia, parmi les plus
abondantes du Maroc, avec un débit moyen dépassant 12 m3/s [Moussaid et al., 2016].

Le paysage, modelé dans les roches carbonatées du Mésozoïque représente un site exceptionnel
sur plusieurs plans. Sur le plan géomorphologique, il s’agit de falaises constituées de calcaires et dolomies du Lias qui reposent sur les argiles et basaltes du Trias. Le site a aussi un grand intérêt scientifique, éducatif et géotouristique. Il est donc très visité par la population locale ou les touristes. Il faudra trouver un mode de valorisation et de gestion assurant protection et durabilité des géomorphosites, ainsi que la satisfaction à ses visiteurs, une façon de mieux
faire connaitre la géologie et la géomorphologie en montrant comment le patrimoine naturel de
base est valorisé, et de quelle manière, il est possible d’optimiser sa préservation et sa communication auprès du grand public.

Lac Tiglmamine

Le lac Tiglmamine (32° 54’ N, 5° 21’ W), diminutif du berbère Aguelmam (lac), se situe à 40 km à l’est de la ville de Khenifra et à une altitude de 1650 m. Ce lac d’origine tectono-karstique [Hinaje et Ait brahim, 2002], fait partie du domaine structurale du causse moyen atlasique du Moyen Atlas, ce domaine sub-tabulaire est formé par des roches carbonatées (calcaires et dolomies) du Lias qui reposent sur des roches tendres argilo-marneuses rouges du Trias.

Fig. 4: Vue panoramique de Tiglmamine

La valorisation, le géotourisme et la protection des géomorphosites

Si on tient compte d’une part des précautions nécessaires à toute conservation d’un
objet patrimonial et, d’autre part, des nécessités économiques d’un objet touristique, nous
pouvons s’interroger sur l’adéquation entre protection patrimoniale et valorisation touristique.

Il s’agit de faire des géomorphosites un moteur du développement local non seulement
économique, mais aussi culturel et social. C’est-à-dire que les géomorphosites ne doivent pas être seulement déclinés selon la seule entrée : source de revenus. Au contraire, il parait
nécessaire d’avoir le souci constant de préserver tant la qualité de leur environnement
naturel et culturel que les intérêts des générations futures. Il s’agit donc de définir une
politique globale du géotourisme, alliant géomorphosites, durabilité et valorisation touristique. Il est essentiel ici de souligner que la « valorisation » d’un géomorphosite par sa mise en scène touristique est souvent le vecteur le plus « démocratique » d’accès à la ressource.

   L’exploitation touristique d’un géomorphosite doit viser à sa durabilité et donc prendre en compte les réflexions actuelles autour du concept de « géotourisme».  J.P.Pralong [2006], a résumé le géotourisme comme une approche qui « préserve et valorise le caractère géographique d’un lieu : son environnement, son patrimoine, son esthétique, sa culture et le bien-être de ses résidents » [Pralong, 2006.  D’après cette définition, nous pouvons dire que le géotourisme est une sorte du tourisme géographique qui intègre plusieurs pratiques sous le label du géotourisme.  Il vise deux objectifs:

  • la mise en valeur de la géologie et la géomorphologie régionale ;
  • le développement socio-économique en prenant compte la préservation des géotopes de toutes les tailles et l’intégration de la population.

Dans cet article, il importe de prendre en compte les impacts sociaux et environnementaux des activités touristiques. S’il y a adéquation entre préservation du bien touristique et développement économique, alors nous nous situons dans ce qui est aujourd’hui appelé écotourisme ou tourisme solidaire qui sont deux formes de tourisme durable.

 Cette approche du développement durable engage toute la société. À ce titre, la responsabilisation du gouvernement, des entreprises, des travailleurs et des consommateurs
est absolument nécessaire. Ainsi, les rôles et les responsabilités de l’ensemble des acteurs
doivent être précisés de sorte que le devenir des générations futures concerne chacun
(Ministère du Tourisme du Québec, 2005).

 De nos jours, le développement durable est au cœur de nombreuses problématiques
qu’elles soient d’ordre économique, social, environnemental… et touristique. De plus en
plus de gens constatent l’impact négatif du tourisme de masse et se sentent responsables de
leur façon de voyager. Aussi, la tendance actuelle des pratiques touristiques se transforme
avec comme objectifs de protéger les expressions culturelles locales, d’encourager la
conservation des milieux naturels et de générer des retombées équitables [D. Bissonnette, 2006].

La valorisation des géomorphosites : un outil de géotourisme

  Dans le cadre des objectifs et principes du tourisme durable, les géomorphosites
constituent un support particulièrement pertinent. En effet, ils sont de plus en plus perçus
comme créateurs de richesses et d’attractivité pour le territoire [Hobléa et al. 2017]. Les acteurs l’ont bien remarqué puisqu’ils s’intéressent de plus en plus au patrimoine comme un levier de développement local… De ce fait, ils ne se positionnent plus uniquement dans une démarche de conservation, mais plutôt dans une logique de valorisation touristique durable [V. Metivier (2000), in Landel et al., 2004].  Les politiques publiques vis-à-vis du patrimoine ont accompagné cette évolution ou se doivent de l’accompagner. Conçues au départ comme de simples outils de protection, elles s’engagent aujourd’hui de plus en plus dans des démarches de valorisation.

  La « mise en valeur » d’un patrimoine collectif sous-tend la dimension économique
qui, à partir d’un objet donné (matériel, culturel, marchand…), passe par les investissements
et les activités des hommes pour satisfaire l’intérêt général [J. P. Guerin, 1984]. Cela
suppose donc une rentabilité financière qui intéresse les investisseurs, que ce soit l’Etat au
travers de ses institutions, les financeurs, ou encore les habitants locaux. Dès lors, la restructuration de l’économie autour du tourisme apparaît comme l’une des clés de l’argumentation pour la valorisation. En effet, les opérations de mise en valeur prennent une autre dimension : celle d’opérations « locomotives » vecteur de tourisme « diffus » et de la vie locale. Ainsi, la population se voit intégrée au nouveau développement proposé puisqu’elle bénéficie de la promotion de ce patrimoine, devenu le principal pilier de l’économie régionale.

Les conditions d’une valorisation patrimoniale

La patrimonialisation est un processus qui implique qu’une communauté s’approprie un territoire par la connaissance d’un patrimoine [Landel, op.cit.] . Elle s’opère en plusieurs étapes qui ne se déroulent pas selon un processus linéaire, mais interactif. Nous en distinguons quatre auxquelles s’ajoute une étape la valorisation dans le schéma suivant :

  • À la prime abord, un processus de construction s’exécute dès l’instant où les objets
    sont sélectionnés à la lumière des potentialités qu’ils recèlent. Cette mise en évidence
    peut être un moment de découverte. [Senil, 2011 :165];
  • La justification permet par la suite de repositionner l’objet dans son contexte par
    conséquent, lors du passage à l’étape suivante, l’objet se construit, évolue sous l’effet
    des échanges et de la confrontation des représentations, ce qui modifie ainsi son statut
    [Faure, 2000];
  • Cette réflexion conduit à la conservation du bien qui permet de maintenir la
    valeur et le sens qui lui sont consacrés.

     Fig. 5 : les différentes étapes du processus de patrimonialisation, François et al ; Senil, 2005

Proposition de valorisation et protection des géomorphosites

  1. mesures de valorisation:

Les propositions, qui peuvent être suggérées pour mettre en forme les données accumulées par la méthode de Pralong (les géotopes géoculturels) et celle de [Reynard et al., 2003,2005,2007] ( géomorphosites), sont inspirées du géotourisme, sont :

  • l’intégration des matières scolaires qui traitent le patrimoine local de la région, dont le

les géomorphosites y seront l’axe principal.

  • renforcement le réseau routier de la région ;
  • construction des musées voués au patrimoine naturel et culturel de la région et un centre d’information touristique à Khenifra ;
  • création de panneaux de signalisation et de fléchage pour les géomorphosites avec des fiches techniques et informatives de chaque géomorphologique ;
  • organisation des festivals « Moussems » qui réunira les différents champs du patrimoine culturel (folklore, poésie, artisanat, fantasia etc.).
  • création des campings des sentiers pédestres et de la pêche sportive ;
  • construction d’un centre pour l’athlétisme dans le plateau d’Ajdir.

 Nous pouvons ajouter à ceux déjà évoquées précédemment comme produit géotouristique des brochures (livrets-guides) qui touchent un public hétéroclite (les spécialistes des sciences de la terre, les étudiants, les touristes et même les enfants).

 Dans cette brochure, nous allons citer :

– La morphogenèse du Moyen Atlas (géologie et géomorphologie) ;

-Les circuits géotouristiques (les randonnées pédestres et les sentiers à thème).

  1. mesures de conservation:

Les propositions de valorisation du patrimoine géologique, géomorphologique et paysagère déterminées précédemment impliquent de prendre des mesures de protéger ce patrimoine.
La conservation et la protection du patrimoine de la région étudiée peuvent être atteintes par :

  • La protection des sites caractéristiques de la région : les sources de l’Oum Er Rabia, les lacs lacs de Tigulmamine, Abekhane, Aguelma Azigza, Ouiouane et Aguelmam n M’iami ;
  • La protection des milieux naturels (les forêts, les vallées) et les vues panoramiques des paysages naturels et des paysages géomorphologiques comme celles de plateau d’Ajdir ;
  • La réhabilitation des sites historiques qui existent dans la région.

Conclusion :

  L’inventaire des géomorphosites des deux communes rurales : Aguelmam Azigza et Oum Er Rabia, nous a permis de dresser une base de données du patrimoine géomorphologique de la région.

De l’autre côté l’évaluation de l’ensemble des géomorphosites, à l’aide de la méthode de Pralong, a débuté le chemin vers la valorisation et l’intégration touristique et éducative du patrimoine géomorphologique de la région à base des sites obtenus dans le présent travail.

Les géomorphosites retenus possèdent plusieurs valeurs ressourcielles, d’usages et de gestion , mais nous nous sommes appuyés en principe sur la valeur ressourcielle et la valeur de gestion suite à notre finalité qui est l’intégration touristique et scientifique de ce patrimoine, cette méthodologie adoptée nous a permis de conférer l’identité géomorphologique de la région qui se base sur deux grands résultats : c’est une région karstique et un terrain de dynamique fluviatile intense.

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  • Fabien Hobléa, Nathalie Cayla, Christian Giusti, Véronique Peyrache-Gadeau, Alexandre Poiraud, Emmanuel Reynard., 2017: Les géopatrimoines des Alpes occidentales : émergence d’une ressource territoriale », Annales de géographie (N° 717), p. 566-597.
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