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Research studies

L’espace oasien…un patrimoine…un système

Prepared by the researcher – Houria ARIANE. Univ. Constantine

Source – Democratic Arab Center

Journal of cultural linguistic and artistic studies : Issue XIII – May 2020

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
 ISSN  2625-8943

Journal of cultural linguistic and artistic studies

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RESUME :

Comme tout héritage identitaire, le ksar rappelle enfin qu’il n’a de sens que parce que des êtres humains y vivent en total équilibre. Ceci nous interpelle pour revisiter l’histoire de ce patrimoine et exposer les paramètres qui ont renvoyé à sa relative obsolescence.

Si les actions opérées dans cet authentique œcoumène sont réduites à des agissements ponctuels sans coordination entre elles, ni intégration dans le contexte oasien, elles ne peuvent prétendre à des apports pour les oasiens, ni pour les oasis. Une stratégie s’impose : celle d’impliquer tous les ksouriens sans ignorer leur modes de vie, leurs valeurs, leurs savoirs et leurs savoir-faire…même si les efforts financiers impactent et facilitent certaines initiatives, ils  restent inefficaces quant à la dynamique préexistante locale oasienne.

Le problème ne réside pas dans l’argent mais en le premier concerné : L’homme !…qui a marqué d’une empreinte forte l’image et la réalité de l’espace oasien, qui a façonné son biotope et qui a œuvré pour que son âme dans ce biotope ne se perde pas. Il ne s’agit plus de produire des programmes standards qui échouent car pensés et élaborés comme des politiques par « des étrangers » à l’espace oasien, avec des outils inappropriés pour un tel système.

Fédérer les énergies des populations locales tout en confortant les résolutions économico- sociales, par la culture locale c’est valoriser le potentiel PATRIMOINE par la pose d’une pierre pour le développement durable.

ABSTRACT:

  Like any identity heritage, the Ksar finally reminds us that it only makes sense because human beings live in total balance. This challenges us to revisit the history of this heritage and expose the parameters that have referred to its relative obsolescence.

  If the actions carried out in this authentic oecumene are reduced to one-off actions with no coordination between them and no integration into the oasis context, they cannot claim to be of benefit to the oasis people or to the oases. A strategy is needed: to involve all the Ksourians (The habitants of the ksours) without ignoring their lifestyles, their values, their knowledge and their know-how and their practices… Even if financial efforts impact and facilitate some initiatives, they remain ineffective in terms of the pre-existing local oasis dynamics.

  The problem does not lie in money but in the first concerned: Man. Who left a strong imprint on the appearance and reality of Oasian space, who shaped its biotope and who worked to ensure that its soul in this biotope would not be lost. It is no longer a question of producing standard programs that fail because they are conceived and developed as policies by “outsiders” to the oasis space, with tools that are inappropriate for such a system.

  Federating the energies of the local population while strengthening the economic and social resolutions, through the local culture is to enhance the HERITAGE potential by laying a stone for sustainable development.

 PREALABLES:                                                                                                                                                                     C’est en spécialiste soucieux du devenir des ksars en général que Mr Benmohamed Tarek enseignant/Architecte  à l’université Tahri Mohammed de Béchar lance un cri de détresse en ce 19 Octobre 2019. Une apostrophe parmi tant d’autres qui ont affiché un désarroi devant cette inconscience et cette mutilation sous forme de restauration, officiellement annoncée, de l’espace ksourien. Un cri qui ne nous laisse pas indifférent devant une mémoire collective qui sombre…dans l’abdication.

  « ALERTE… ALERTE !!!
Taghit est un Ksar classé en site et monument national à caractère historique et naturel, en mars 1997…Merci à la société civile !
Des opérations de réhabilitation se sont succédées depuis 2001 pour protéger ce patrimoine dépassent de loin la centaine de million de dinars rien que pour ce Ksar.
Les artisans ont été mis à l’écart pour laisser place à des entreprises et bureaux d’études “Qualifiés…!”. Faut-il préciser qu’ils ne sont pas locaux…
Je ne parle pas aussi des experts contractuels qui ne sont qu’un alibi procédurier…
L’on assiste, au lieu de restaurer l’estime des ksouriens et réhabiliter leur sagesse, à une distribution de rente et un statu-quo imposé depuis plus d’une décennie… Une vraie imposture !
Voilà comment les autorités locales protègent ce Patrimoine… »

Après dix-huit (18) ans d’opérations de réhabilitation, le constat est donc amer et le concept de patrimoine en tant qu’ «  ensemble d’objets conférant à une société une « unité invisible: celle d’un passé et d’un avenir commun » » (Pomian 1996) ainsi que sa réhabilitation ne bénéficient toujours pas d’un consensus de compréhension.

1 : CONTEXTUALISATION, HABITATS PRE-SAHARIENS :

Une architecture de terre en ces établissements humains déploie ses mythiques secrets au sein de l’espace oasien. C’est un mode constructif éphémère pour certains, mais pour tous,  elle détient un statut de patrimoine soit :

– Une technique constructive qui offre des atouts de conforts et de durabilité.

– Une couverture socialement et symboliquement résolue.

Un consensus s’impose : Toute information immanente de cette contextualisation sera déterminée dans une relation de cette architecture avec son environnement culturel, économique, spatial et politique.

Il s’agit pour nous de répondre à :

  • De quelle manière cette architecture se constitue-t-elle en interaction avec d’autres éléments pour asseoir cette notion de système ?
  • Les échanges entre éléments d’un système n’étant inévitablement pas à sens unique, comment s’établissent les rapports mutuels qui peuvent exister entre cette architecture et le reste des éléments ?
  • La valeur d’une telle architecture ne s’explique-t-elle pas par les liens existants entre les capitaux des éléments et le recouvrement de l’espace de configuration dans lequel ils sont représentés ?
  • Comment s’identifie ce système ? Que sont ses éléments ? Comment se manifestent les données relatives à cet espace oasien avec leurs relations intrinsèques?

Cet ensemble de questions a pour objectif d’atteindre une meilleure compréhension des rapports mutuels qui peuvent exister entre cette architecture et le reste des éléments ainsi que les échanges existants et souhaitables entre eux.

  1. L’ASSISE DE L’ESPACE OASIEN, UN SYSTEME IDENTITAIRE :

Le mot « Oasis » à lui seul témoigne d’un mythique processus d’occupation des lieux de couleur ocre… de grandes toiles en couleurs de ce ton sur ton, sur de larges étendues de luminosité…C’est une forme de genius loci, une prise existentielle…une phénoménologie du lieu.

L’espace oasien est un authentique œkoumène, ce n’est pas uniquement ce cadre  miroitant devenu l’image reflétée à chaque fois que le mot « oasis » s’entend…il n’est pas non plus ce combat continuel mené contre les forces de cet environnement…, l’espace oasien est à prendre dans le sens d’ « un devenir conjoint de l’histoire des hommes et de l’environnement » où se déploie une vie de société, c’est une forme spécifique d’occupation de lieux, mais ces lieux exigent une prédisposition à une fécondité. Et l’Homme est le principal élément d’un système singulier de cet isolat complexe.

Effectivement Décobert (1982) attire notre attention pour donner plus de profondeur à l’essence du mot « oasis », c’est une « catégorie ou objet de la pensée », un « espace idéologique, espace prétexte » selon lui. Garcier et Bravard (2008) appuient :

« On ne peut ignorer cette capacité fascinante des espaces oasiens à attirer à toutes les époques le mythe, le rêve, le symbole, l’idéologie, par-delà la matérialité de leur géographie ».

 « L’espace oasien doit conjuguer une pluralité d’approches », dans cette reconnaissance de  Nadir Marouf (1980), il y a lieu de préciser que toutes les approches de l’espace oasien doivent en soulever les principaux fondements, ceux de la réussite et ceux de l’adaptation, et qui en ont fait un creuset d’intégration spécifique.

2.1. Indicateurs environnementaux :

2.1 .1 . Aléas du climat :

Le climat rude est d’une canicule excessive, la température atteint les 25°C en moyenne et parvient en  juillet aux 35 °C et parfois même les dépasse. Reste que l’extrême peut gagner 45 °C sous abri.

En plein isohyètes de 100 à 200 mm l’espace oasien est synonyme de pluies rares, sauf exceptions où la virulence des pluies fait oublier le plaisir d’en recevoir. La sécheresse en fait un climat hyperaride désertique. Sans humidité tangible, l’évapotranspiration est excessive et atteint les 2500mm, elle est d’une extrême promptitude et en arrive à faire dissiper les pluies du moment (Fig. 2.1.).

Fig. 2.1. L’atlas présaharien.

La zone Présaharienne sépare le Sahara des hautes plaines.

Source : http://www.fao.org/ag/AGP/AGPC/doc/counprof/Algerie.htm

2.2. Adjuration pour l’eau :

La foggara oasienne reste ce témoin de la valeur et du précieux  d’une denrée valorisante. L’eau vitale décrypte l’établissement humain dans l’espace oasien (Fig. 2.2).

Si elle constitue une ressource, elle signifie plus : un bien. D’ingénieux systèmes d’exploitation ont été inventés pour faire face à cette condition sine qua non d’existence (Fig. 2.3). Sécurité et techniques d’usage de cette eau seront une explication de toutes les spirales de cette société oasienne : « Partout on utilisait l’eau nulle part on la voyait », (Cote, 2002).

Fig. 2.2 : Un seul objectif, plusieurs circuits !…

L’eau : point de départ.

Les Foggaras .

Paradoxalement, si l’espace oasien est aride en surface, ce n’est pas le cas dans son sous- sol. Cependant, le seul problème du réseau hydrographique souterrain, c’est qu’à sa montée, la salinité augmente, ce qui en soit incommode les oasiens en plusieurs domaines. L’eau est le paramètre sine qua none d’existence d’une oasis, puis divers systèmes d’exploitation sont inventés (Fig. 2.3).

2.3. Aridité du sol :

Le sol sec joue le rôle d’un socle auquel il faut tout adjoindre pour qu’il puisse être nourricier. Disponibilité et contraintes constituent un couple pour gérer des atouts pédologiques et en tirer subsistance, se prêter à fécondité.

Fig. 2.3 : L’eau point de départ.

L’eau est une condition sine qua none pour le système oasien.

3 : FONCTIONS DE L’ESPACE OASIEN :

3.1 : La production :

Si l’on s’en tient au primordial : l’espace est nourricier. Des systèmes d’irrigation alimentent des espaces agricoles, les modèlent, les maintiennent. Tout un savoir évolue et se déploie pour garantir une sécurité alimentaire et pour maintenir une biodiversité locale indispensable. L’environnement est adopté et forcément on s’y est adapté.

Dans un ordre ingénieux, le palmier dattier plus apte à supporter le manque d’eau, met sous son protectorat des arbres fruitiers (citronniers, abricotiers, figuiers, grenadiers, pruniers…), qui à leur tour constituent un abritât pour les plantes exigeantes en eau, et même certaines plantes aromatiques parasitent des racines plus grandes et plus résistantes…ce qui en soit a permis de garantir une autosuffisance par un biotope varié (Fig. 3.1).

Fig. 3.1 : Biotope oasien varié.

Source : https://postconflict.unep.ch/humanitarianaction/documents/fr-055-02_01.pdf

La palmeraie nourricière…assurant l’autarcie par la variété de ses cultures !…

L’ensemble phoénicicole englobe et ombrage le reste. La palmeraie est d’abord nourricière, ensuite environnementale sans cesser d’être un support de rapports sociaux (indicateurs de développement durable ?).

3.2 : L’étape :

Sur des pistes anciennement répertoriées, des caravaniers, des aventuriers, des scientifiques perpétuent les passages sur l’oasis. Cette dernière a toujours été un franchissement pour l’assurance, la nourriture, l’exotisme et le troc. Ce n’est pas un espace « enclavé », sa topologie n’en fait pas un espace d’ « immobilisme », la vie tribale, puis migratoire et enfin celle de tourisme ont orchestré commerces, trafics et expéditions.

Déplacements sur itinéraires précis, préétablis, les visiteurs et les migrants ont instauré des espace-relais qui ont participé dans la structuration de l’espace local élargi. Identifiables et identitaires, les oasis convient le visiteur « scruté » selon son objectif, son comportement et son statut.

L’espace est devenu avec le temps, non seulement un support de ces mobilités mais aussi le reflet des sociétés et des structures sociales qui s’y trouvent.

Passages brefs, allées et venues, trajets et frontières sont transcrites sur des parcours immenses. Le mental et le physique s’accordent sur des barrières, des lectures et sur le décryptage  d’une organisation judicieuse.

3.3 : L’échange :

Les camions ont relayé les caméliens, une suppléance sans substitution qui fait de l’espace oasien un espace hybride avec une multiplicité d’activités économiques.

Relations et interactions pour une couverture des besoins ou une préservation de savoirs, l’espace oasien a inscrit une armature par des itinéraires et des mobilités en conséquence.

Les techniques, les métiers et les savoirs locaux drainent toujours des intéressés, qui ont conscience d’un tel héritage.

Il ne faut pas oublier l’alliance des genres : Femmes et hommes sont forces de production, participent aux activités et à la dynamique de l’oasis autant au niveau de la famille qu’à celui de la communauté. Dans l’entraide et la solidarité la femme est présente en gestionnaire et en conceptrice, elle est là aussi pour les tâches familiales universellement connues mais aussi en artisane créatrice perpétuant des savoirs et arts locaux. Elle préserve et transmet un patrimoine immatériel de culture et de savoir traditionnels, transmission orale qui a trait à la conduite, au socioculturel, au comportement, à l’éducation et à la connaissance de leur environnement.

Transcription d’un art de vivre, d’un mode de négoce, l’oasien se met à la disposition de tout visiteur selon des règles rigoureuses et immuables. Aujourd’hui encore dans des états de désolation ces espaces reçoivent des enseignants avec leurs étudiants pour des stages, des découvertes, des enseignements. C’est l’élaboration d’un réseau, c’est une création de passerelles qui quadrillent l’étendue aride où populations et paysages se réconcilient et dynamisent un microcosme, que l’environnement déclarait invivable.

3.4 : La résidence :

Dans ce lieu, il ne s’agit pas d’avoir seulement un abritât, mais on y habite comme le dit Heidegger (1986), en poète et comme l’explique Vial(2009) « dans le quadriparti » :

 «Exister ou habiter… c’est être dans le Quadriparti (être sur terre, être sous le ciel, demeurer devant les divins, appartenir à la communauté des hommes) et l’habitation c’est le ménagement du Quadriparti, c’est-à-dire le fait de ménager les quatre éléments du Quadriparti ».

 La modalité d’habiter, la perpétuation de l’«habiter », la signification de l’« habiter », il y a une éthique du lieu dans le sens où l’homme habite avec une morale, avec le respect de ce lieu (Fig. 3.2).

La zone présaharienne est l’aire préférentielle de l’architecture de terre. On prend conscience que le matériau terre n’est pas ce matériau dit provisoire et vulnérable… Il est à contrario de « résistance ».

Une offre/ suggestion du site, qui au « pas de refus » de ces populations, leur enseigne une leçon sur la pluralité de qualités de ce matériau, sans outils lourds, mais avec  un énorme besoin de main d’œuvre ce qui interpelle le mode de travail communautaire (Fig. 3.3).

 Fig. : 3.2 : Phénoménologie d’un lieu oasien.

 L’homme est le liant de l’ensemble du système.

Les maçons, artisans locaux, devenus avec le temps maitres « maâlim » parlent de « force » du matériau…ils possèdent ce don de proportions et mélangent terre, eau et chaux selon un savant dosage…celui de dénicher la bonne terre qui fera le bon matériau : pas trop de salure, pas trop noire…enfin celui de la préparer pour l’œuvre, la fouler, la tasser, la laisser  reposer et l’employer.

Fig. 3.3 : Le process de fabrication des briques de terre dans les oasis du Ziban(Biskra).

Le don de choisir la terre, la tasser, la faire sécher…

Parmi eux, ceux qui décorent, ceux qui renforcent les bas des murs, ceux qui réalisent les parois extérieures, ceux qui soignent les parois intérieures comme il se trouve des artisans qui s’occupent de décors, de frises, d’ornement intérieurs ou extérieurs, ou précisément de la réalisation d’arcatures incrustées dans un mental depuis l’enfance…

Ce sont des « architectes » locaux, professionnels dans leurs chantiers et dans leurs conceptions, ils  sont en symbiose parfaite avec leur écosystème. Ces bâtisseurs en totale concertation avec les occupants futurs de l’espace édifient, modifient et couronnent des conceptions qui finissent par émerger du sol comme si elles naissaient de cet intérieur de la terre tout en terre. Rien à avoir avec des formations, c’est un don, de l’inné, de l’expérimental, du legs !…Un patrimoine!…dont il faut à nouveau en faire UN PATRIMOINE.

Le matériau terre est sur les lieux, disponible et procuré avec efforts mais si intégré qu’il devient prétentieux de soulever ses difficultés…sa main d’œuvre est identifiée, évaluée et appréciée…Matériau don divin, il est économique et  contrebalance toute apparence de richesse ou pauvreté…non ostentatoire il est voulu égalisateur d’une société.

Le palmier avec tous ces éléments entre dans la construction : troncs, palmes, feuillages et axes du « djerid », chacun à son niveau participe dans l’espace habité de l’oasien (Fig. 3.4).

Fig. 3.4 : Bâtisseurs…Terre et palmier…

Un savoir-faire ; alliance Homme/ Palmier/Terre.

Ses particularités physiques désignent l’eau comme ennemi numéro un. Il exige par contre entretien et  savoir ancestral : évaluer la différence entre le haut et le bas des murs afin d’arrêter la hauteur de la construction, savoir chercher cette terre, deviner son temps  de son séchage, son taux de salure…

L’artisan est connaisseur des moindres détails, il sait qu’il ne faut pas imperméabiliser toitures et murs afin que ceux-ci respirent et dégagent toute humidité emmagasinée…qu’il ne faut pas engager des forces de charge ou de poussée sur les constructions pour ne pas les endommager…qu’il ne faut point  prendre à la légère certaines liaisons : ouvertures/murs ; poteaux/murs ; poteaux /planchers…là où tout risque d’infiltration est dangereux pour la construction.

Les troncs de palmiers soigneusement posés doivent épouser les préalables murs construits sur des fondations filantes en rigoles, et consolidés en leur partie basse par des pierres qui freinent la montée capillaire et empêchent le salpêtre très nuisible pour la construction de remonter. Les acrotères doivent jouer leurs rôles de coiffe des murs extérieurs.

Ces bâtisseurs ont connaissance même de la période dans l’année où ils doivent entamer et achever la construction la saisonnalité est d’une importance primordiale.

La technique en soit est une culture, mais elle s’accompagne d’une authenticité immatérielle, qui lui donne un cachet spécifique. Les rites qui vont avec la recherche et le transport de la terre, de sa préparation…, les invocations en psaume, les litanies, les chants, les repas, la bénédiction et même des youyous…sont une association qui fonde le mode constructif  Ksourien.

4 : DEGRADATION ET INCOMPREHENSION DES KSARS…UN CONSTAT  AVERE :

Un constat de difficultés à comprendre les atouts et potentiels singuliers du ksar est incontestable : le ksar  témoigne d’un génie humain qui a su associer des données hostiles à des stratégies empirico-logiques d’oasiens toujours à la recherche de ressources.

Ce qui est à l’origine d’une telle dégradation est autant complexe que varié. La reconquête de ces espaces exige la maitrise d’abord de ces facteurs qui en sont à l’origine.                                                                     Il est impossible qu’une réhabilitation soit réussie si les éventuels résultats ne soient du niveau espéré des habitants locaux. Seuls les « réhabilitateurs » imprégnés des valeurs locales des oasiens de façon objective, sauront restituer à ces oasis leurs statuts  et aux oasiens leurs savoirs et savoirs faire.

L’ensemble de cette production : le ksar,  est une réponse à un climat et des contraintes spécifiques, le bâti en tant que tel a pris en considération ces paramètres, à travers la culture constructive et l’organisation spatiale. Il dessine une science bioclimatique captivante d’adaptation aux données environnementales (Fig. 4.1), mais à elle seule la technique de construction n’aboutit pas à une réhabilitation du ksar.

Fig. 4.1 : Altération du matériau, mais pas seulement

Ignorance d’un lieu…superficialité d’un apport !…

Source : Photo de Benmohamed Tarek. Le ksar de Taghit.

Inopportunément « les appels d’offres à réhabilitation » sont lancés tels des marchés lucratifs et non pas des opérations réfléchies de revivification, de remise en l’état, de revitalisation, et de mise en valeur…Ces opérations se font sans cohérence et n’impliquent pas les artisans et détenteurs de métiers locaux.

Dans un souffle de survie, le ksar tente de maintenir son imposante dimension à grande valeur de composition et d’harmonie. Il murmure sa capacité d’être le socle d’un nouvel attrait, il affiche sa résistance…Il propose de se constituer en levier capital des politiques publiques locales, des stratégies nationales globales. Il est une opportunité pour que la mémoire demeure (Fig. 4.2).

Fig. 4.2 : Dégradation d’une mémoire collective.

L’esprit…la pensée…la mise au point…tout s’écroule !…

Les dénominations des opérations signifiées par l’Etat sont multiples, entre mise en valeur, revitalisation,  récupération, conservation, restauration, réaffectation et reconversion…Toutes visent ce qui est apparent, toutes mettent en cible soit le matériau, soit la fonction, ou l’image…toutes font appel à des connaisseurs extra-muros du ksar, mais le ksar fait partie d’un tout, d’un système où le principal instigateur, l’OASIEN est l’élément sine qua none d’une viabilité effective…il y a rupture  du processus de réhabilitation dès le moment où l’homme/ maillon de l’ensemble des dynamiques internes du système oasien n’est pas pris en considération.

L’espace oasien était devancier en développement durable, entré dans notre langage en mode soudaine : viable, vivable et écologique. Ajouté à cela, il englobe ses trois piliers dans un même creuset celui des savoirs et des savoirs faire qui sont à eux deux un fondement culturel. Afin de réussir sa réhabilitation, il devient utile de se présenter cet espace oasien à travers une propension : celle de dominer et de perpétuer des interrelations dans la durée  avec l’environnement.

CONCLUSION :                                                                                                                                                         Il est indéniable que pour pouvoir penser au futur il faut prendre conscience de son identité, de la valeur patrimoniale de ce vieux bâti et du potentiel qu’il peut offrir, en pénétrant le mystère de ces systèmes ingénieux, de cette adaptabilité au territoire avec tout ce qui compose cet ensemble de contraintes, d’austérité et de difficultés. En cette période de mondialisation la dilution de ce local et le renoncement à ce patrimoine seront des erreurs qui nous condamneront maintenant et dans le futur, plus  est SA MUTILATION.

Le patrimoine bâti ancien en général et le ksar, ici sujet de cette communication, doit être compris spécifiquement à travers des êtres humains y vivent en total équilibre. Ceci nous interpelle pour revisiter l’histoire de ce patrimoine et exposer les paramètres qui ont renvoyé à sa relative obsolescence.

La valorisation durable du système oasien ne peut relever d’une réhabilitation urbaine standardisée. Même si l’on améliore le matériau terre, si on procède au colmatage de certains défauts, il reste que c’est l’héritage dans son ensemble et dans ses interactions qui doit être pris en considération. L’architecte autrichien Otto Kapfinger nous l’explique :

«Le maintien de la tradition exige la transmission de la flamme et non la conservation des cendres». 

Lorsque les démarches de réhabilitation sont restreintes à des agissements ponctuels sans coordination entre elles, ni intégration dans le contexte oasien, elles ne peuvent prétendre à des apports pour les oasiens, ni pour les oasis. Une stratégie s’impose : celle d’impliquer tous les ksouriens sans ignorer leur mode de vie, leurs valeurs, leurs savoirs et leurs savoir-faire…

Le problème ne réside pas tant en ces « aides financières » qu’en le premier concerné : L’homme !… qui a façonné son biotope et qui a œuvré pour que son âme dans ce biotope ne se perde pas.

Il ne s’agit plus de produire des programmes standards qui échouent inévitablement car ils sont  élaborés comme des politiques par « des étrangers » à l’espace oasien, avec des outils inappropriés pour un tel système.

La dimension humaine reste celle qui explique l’habileté d’une installation dans l’espace oasien, celle qui revendique une légitimité d’être le secret d’un équilibre. La réhabilitation de ce système est  afin de les concéder aux générations futures sans nous appuyer sur la seule technique (même améliorée) de l’architecture de terre,  mais d’un tout équilibré et intelligent, d’une richesse de cet héritage.

Une réelle relance de dynamisme et une association pour éviter sa prédestination à un folklore, à un exotisme qui tous les deux n’apportent rien aux populations du lieu et ne préservent rien de leurs savoirs ancestraux matériels ou immatériels.

Cette réhabilitation précisément nécessite DE REHABILITER L’HOMME oasien qui détient les capacités de léguer, de transmettre, de valoriser, de sauvegarder car il détient le secret d’un fonctionnement autant équilibré et d’une résilience autant durable. Pour cela des ateliers actifs de générations futures évoquent une perspective future, dans l’optique d’un développement durable. Top of Form

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BIBLIOGRAPHIE :

Aba S. Urbanisme et réhabilitation du patrimoine architectural. « URBAMAG, 1 ». Les médinas et ksours dans la recherche universitaire. 26 octobre 2006.

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