fbpx
Research studies

Langues en Algérie : richesse et mosaïque multiculturelle

Languages in Algeria: wealth ans multicultural mosaic

 

Prepared by the researcher

Rima-Aida HASSANI, Université Abbès Laghrrour Khenchela, Algérie

Source – Democratic Arab Center

Journal of African Studies and the Nile Basin : Eighth Issue – May 2020

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
ISSN  2569-734X

Journal of African Studies and the Nile Basin

:To download the pdf version of the research papers, please visit the following link

https://democraticac.de/wp-content/uploads/2020/05/%D9%85%D8%AC%D9%84%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%AF%D8%B1%D8%A7%D8%B3%D8%A7%D8%AA-%D8%A7%D9%84%D8%A3%D9%81%D8%B1%D9%8A%D9%82%D9%8A%D8%A9-%D9%88%D8%AD%D9%88%D8%B6-%D8%A7%D9%84%D9%86%D9%8A%D9%84-%D8%A7%D9%84%D8%B9%D8%AF%D8%AF-%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A7%D9%85%D9%86-%D8%A3%D9%8A%D8%A7%D8%B1-%E2%80%93-%D9%85%D8%A7%D9%8A%D9%88-2020.pdf

Abstract:

 Language contact and interculturality are two main issues in vogue that tint the algerian linguistic landscape, and that arouse of polemics on language diversity on the one hand, and cultural identity in Algeria on another side. The algerian linguistic situation is tinged with a multicultural mosaic, caused by an amalgam of languages .The interaction between these last multiplies as well pratics that representations of languages. what status do main languages have in Alegria?  the representations that are users of these languages have an ampact positively or negatively on theire identity ? Such are the questions auquelles tries to answer our article.

Résumé :

Contact de langues et interculturalité, sont deux principales questions en vogue, qui teintent le paysage linguistique algérien, et qui suscitent des polémiques sur la diversité des langues d’un côté et l’identité culturelle en Algérie d’un autre côté. La situation linguistique algérienne est teintée d’une mosaïque multiculturelle, issue d’un amalgame de langues .L’interaction entre ces dernières multiplie aussi bien les pratiques que les représentations des langues. Quelle est le statut des différentes langues en Algérie ? Les représentations que se font les usagers de ces langues, influent-elles positivent ou négativement sur leur identité ? Telles sont les questions auxquelles tente de répondre notre article.

Opulence et diversité linguistique algérienne :

L’opulence et la perpétuelle métamorphose de la situation linguistique en Algérie font de cette dernière un véritable terrain fertile pour diverses études. L’existence et la coexistence de maintes langues et variétés de langues : l’arabe classique, l’arabe algérianisé (parlé), le barbère (sous ses trois formes : Chaouï, kabyle, T’chalhit et M’zabit), le français et l’anglais sont l’origine du continuel changement qu’a subi et que continue se subir le marché linguistique algérien.

Le multilinguisme et la diversité linguistique sont des interrogations omniprésentes qui figurent à l’ordre du jour dans les différents débats sur l’interculturalité et l’identité culturelle dans un pays teinté par un brassage de langues qui à travers l’histoire se sont ancrées et enracinées dans le paysage linguistique et culturel de l’Algérie. La réalité langagière en Algérie est aussi riche que complexe, car elle se caractérise par la présence et l’interaction de plusieurs langues « le problème qui se pose en Algérie ne se réduit pas à une situation de bilinguisme, mais peut être envisagé comme un phénomène de plurilinguisme » comme atteste Samir Abdelhamid. Certes, l’interaction entre plusieurs langues (nationales et/ou étrangères) est fructueuse car elle donne lieu à diverses pratiques, entre autres : monolinguisme, bilinguisme, trilinguisme, mais au niveau culturelle cette interaction fait baigner l’Algérie dans la complexité du multilinguisme et de l’interculturalité.

Quels enjeux implique l’interaction des langues en Algérie ? Y a-t-il un rapport entre le paysage linguistique, l’histoire et la géographie de l’Algérie ? Le statut politique influe-t-il sur les pratiques langagières des algériens ? Quels sont les facteurs qui rentrent en jeu dans la classification de l’utilisation de cette riche palette langagière algérienne ? Autrement dit, qu’est ce qui fait en sorte que telles langues sont majoritairement utilisées et occupent une place prestigieuse en dépit de d’autres dites « minorées ».

Telles sont les questions auxquelles tente de répondre la présente étude, dont le but crucial serait de jeter un regard analytique tant sur les conceptions intériorisées que sur les pratiques liées à la coexistence de différentes langues dans leur relation d’interculturalité.

Palette teintant le paysage linguistique algérien :

L’Algérie se distingue par une situation linguistique de plurilinguisme. Le paysage linguistique algérien est imprégné et teinté par une palette variée qui contient plusieurs langues et variétés linguistiques ; cette palette est imprégnée par des langues nationales et étrangères. Dans le rang des langues nationales se classe l’arabe standard sous son aspect classique (littéraire, arabe du coran) et moderne (des écoles), l’arabe dialectal dit « algérianisé » qui varie selon ses différents parlers et le barbère avec ses différentes variétés (le Chaouï, le kabyle, le M’zabit, le tachelhit) et  le rang des langues étrangères reste ouvert et en perpétuel changement car les langues s’ajoutent à cette liste, dont le français s’est enraciné dans le champ linguistique depuis l’ère du colon et l’anglais (et d’autres langues) se sont imposées dans les domaines de la vie sociale ,plus précisément dans le secteur de la formation, de la technologie, du tourisme et des affaires.

Nous allons dans ce point présenter les différentes langues en présence ainsi que leurs statuts respectifs :

La langue arabe et ses variétés :

En Algérie deux variétés de l’arabe se côtoient et se différencient par leurs utilisations : l’une occupe un statut prestigieux, consacrée à l’usage officiel, qualifiée de « standard » ou « classique » ; l’autre variété, minorée par les stratégies et les politiques linguistiques néanmoins pratiquée par la majorité des Algériens, cette variété est nommée arabe « dialectal » ou arabe « algérianisé »

L’arabe standard –classique- :

Etant un pays arabo-musulman, l’Algérie a pour langue officielle l’arabe, cette dernière trouve sa vocation dans tous les secteurs de la vie sociale : l’enseignement, les administrations, la presse, les mass médias et dans toutes les institutions de l’état.

Bien que cette variété soit celle des lettrés et le moyen de transmission de savoirs, en plus d’être qualifiée de « langue de culture » ,utilisée dans les situations de communications formelles , l’arabe classique reste plutôt à caractère écrit qu’oral, et il s’agit plus précisément de l’écrit oralisé et cela résulte du fait qu’un bon nombre de la population nationale n’a pas eu la chance de le pratiquer par faute de scolarisation et aussi parce que cette variété n’est pratiquée qu’à l’école ,donc elle  n’est en fait pratiquée par aucune des communautés linguistiques qui composent la société algérienne pour les besoins  des communications quotidiennes ou dans les conversations usuelles de la vie de tous les jours ,à ce sujet G. Grand Guillaume atteste que : « sans référence culturelle propre ,cette langue est aussi sans communauté .Elle n’est la langue de parlée de personne dans la réalité de la vie quotidienne …derrière cette langue « nationale » ,il n’y a pas de « communauté nationale » dont elle serait la langue tout court ,dont elle serait bien sur la langue maternelle »2  .Donc, cette langue n’est utilisée par les Algériens que dans les situations formelles –école, administration…etc.- et n’a aucune existence dans les situations informelles –conversation entre amis, à la maison, à la rue…etc.) .

Par ailleurs, cette langue est perçue comme le noyau de l’identité du peuple algérien, car âpres l’indépendance l’état algérien a opté pour l’arabe standard comme l’unique langue officielle, en quelque sorte comme le ciment de l’unité nationale, dans l’ultime but d’unifier le peuple algérien autour de cette langue qui est la composante essentielle de l’identité linguistico-religieuse (arabo-musulmane). En effet, nul ne peut contester la fonction religieuse de l’arabe standard –dit classique-, car ce dernier constitue la langue de la religion dominante au pays : l’islam dont les adeptes constituent l’ensemble de la population algérienne, cette langue jouit d’un certain prestige du fait qu’elle est la langue de l’islam, du coran comme l’affirme Taleb Ibrahimi : « c’est cette variété choisie par ALLAH pour s’adresser à ses fidèles »3.Langue liturgique, l’arabe classique est l’outil symbolique de l’identité algérienne arabo-musulmane, car il associe la vie religieuse à la pratique te l’organisation de la vie sociale ,et allie une conscience linguistique avec une conscience religieuse.

L’arabe dialectal –algérianisé- :

Qualifié de « vivier d’authenticité » l’arabe dialectal ou l’arabe algérianisé dit « Daria » est pratiqué par les deux tiers de la population algérienne : « L’arabe dialectal est la langue maternelle de 72% de la population algérienne ». Ce dialecte est un véritable et indispensable outil de communication pour la majorité, voire la totalité des algériens, c’est leur langue usuelle, quotidienne, leur première socialisation avec l’autre et leur baptême linguistique.

Bien qu’il existe des divergences linguistiques entre les deux variétés d’arabe : standard et dialectal sur le plan lexical et morphosyntaxique, les frontières entre eux ne sont pas nettement tracées, car les deux se complètent et leurs utilisateurs se comprennent mutuellement, sans qu’il y ait aucune difficulté de communication et de compréhension quand les deux piliers de la communication (locuteur / interlocuteur) appartiennent à ces deux variétés différentes. « Un analphabète écoutant un discours prononcé en arabe dit classique en comprendrait globalement le message. Il n’y a pas de divorce total entre l’arabe dialectal algérien et l’arabe dit classique »4

Sans règles ni normes scripturales, cette variété linguistique vit et ne cesse d’évoluer au sein du bain populaire algérien qui en fait usage d’où son appellation d’arabe « populaire ». Elle est pratiquée dans les situations de communication informelles et intimes : en famille, dans la rue, entre amis, dans les cafés …etc. Elle remplit donc, un rôle essentiel malgré le fait qu’elle soit exclue de toutes les institutions gouvernementales et n’a aucun statut officiel reconnu. A cet effet Rachid Chibani tient les propos suivant à ce sujet : « Malgré l’importance numérique de ses locuteurs, et son utilisation dans les différentes formes d’expression culturelle, l’arabe dialectal n’a subi aucun processus de codification ni de normalisation »5. Cette langue non standardisée reste une langue essentiellement orale, néanmoins elle est parfois utilisée dans certaines productions littéraires et artistique (chansons, théâtre et la poésie …etc.)

L’arabe dialectal, sous ses différentes pratiques quotidiennes, s’imprègne de l’arabe classique, « Ce dialecte dérive d’une alternance de l’arabe classique qui, à travers la succession des générations ,a subi des déperditions et a fait l’objet de nouvelles substitutions »6 , et s’est « métissé » du français, en effet ,il s’agit d’un amalgame entre l’arabe dialectal et le français qui malgré le fait qu’il altère les valeurs culturelles du pays ,son usage s’accroît et est de plus en plus fréquent en Algérie.

La langue française :

La présence de la langue française en Algérie date de 1830 ,avec l‘arrivée de l’armée française .En effet, les zaouïas et les medersas qui dispensaient un enseignement purement arabe par le biais de la religion, ont été transformés à l’ère coloniale en écoles où le français été enseigné , dans le but de former le plus d’indigène possible pour que ces derniers assurent l’instauration de l’administration coloniale ,la langue française étant la langue des colon est resté peu pratiquée –uniquement par des algériens acculturés et par la minorité qui fréquenté les écoles- ,car les algériens été conscients que c’est la langue de l’autre, du colonisateur , dont l’ultime but ,durant les 130 ans de colonisation, été de faire de l’Algérie un pays français, et de là émane le statut dont jouit la langue française durant l’ère coloniale :  les algériens résistaient et refusaient d’épouser cette langue malgré le fait qu’elle été l’unique langue attestée et reconnue par l’état colonial.

Après l’indépendance , l’Algérie a connu une totale révolution linguistique tout a changé…,le français a perdu du terrain dans les domaines où il été le seul employé , et les variétés de la langue arabe commençaient à occuper de plus en plus d’espace dans le paysage linguistique algérien .car , peu de temps après l’obtention de  l’indépendance ,une profonde sensibilité s’est enracinée à l’égard de la langue française, langue de l’autre , cette langue qui comporte entre ses entrailles le poids pesant de longues années de douleur et de souffrance, cette langue véhiculant une injustice et une domination humiliante , animés par ce désir d’affirmation , les algériens ont voulu casser le carcan de cette langue envahissante qui incarne une des séquelles d’une guerre injuste, et l’arabisation est la démarche la plus importante visant à récupérer la culture et la langue volées par la France .

A l’heure actuelle, la langue française occupe toujours une place importante dans la société algérienne, certes moins importante que sa place durant la colonisation, mais toute pratique langagière en Algérie est teintée par le français surtout le langage algérien quotidien, en plus le français bénéficie d’un statut officiel privilégié, celui de langue seconde après l’arabe, ce statut occupe dans le concret avec les autres langues en présence, un rôle instrumental, voire culturel. Car, il est question d’une langue fonctionnelle, qui ne cesse d’intervenir dans tous les champs de la vie algérienne. Et, ça serait injuste de parler du français en Algérie sans parler de son impact culturel et littéraire, car cette langue a séduit, séduit et ne cessera de séduire les écrivains algériens, dont les œuvres ont acquis une immense renommée internationale, à citer : Malek Haddad, Mohamed Dib, Kateb Yacine, Amine Maalouf…et la liste est longue.

En somme, la langue française n’est pas uniquement un « butin de guerre » comme la qualifie Kateb Yacine , et un héritage de cent-trente ans de colonisation , mais elle appartient à l’ouverture de l’Algérie sur le monde et c’est un outil que les algériens conservent  et adoptent toujours pour vivre l’universel .Donc, bien qu’elle soit le fruit de la colonisation , la langue française occupe toujours une place non négligeable au sein de la société algérienne ,et cela est représenté dans les masses médias , comme en témoigne la radio et la télévision algériennes, qui diffusent plusieurs chaines en français : canal Algérie, Alger chaine trois, Jil FM…etc., cette langue tient aussi une position importante dans la presse écrite algérienne, où l’on compte de nombreux quotidiens algériens rédigés en français :El-watan, le quotidien d’Oran, liberté, l’expression, l’horizon…etc.

Aussi, l’importance de cette langue est remarquée dans le domaine des enseignements supérieurs, étant donné qu’elle est la langue des enseignements scientifique, de la recherche et des filières techniques.

A ce sujet, Tahar Ben Jelloun tient les propos suivants : « Même si le français était au début la langue du colonisateur. A l’heure actuelle il est perçu autrement, puisque poètes et romanciers l’utilisent pour exprimer leur enracinement et leurs aspirations »7

On, en conclue donc, que la langue française est omniprésente dans le paysage linguistique algérien, et jouit d’un statut loin d’être dérisoire dans la vie des algériens et ces derniers ne peuvent s’en passer pour colorer leur paysage linguistique et leurs discours.

La langue berbère :

A l’origine, l’Algérie est une terre de berbères ; le terme « berbère » est utilisé par les romains pour la première fois pour désigner les gens qui habitent l’Afrique du Nord, puisqu’ils ne comprenaient pas la langue de ces derniers.

Etymologiquement, « berbère » vient de « barbaros », ce terme qualifie toute personne intruse et étrangère, et par extension : la personne qui ne sait pas parler, sauvage, rustre, non-civilisée, brute et béotienne …etc. Après maintes et différentes acceptions, métamorphoses et changements, le terme fini par se distinguer et s’affirmer en étant reconnu comme notion ayant une définition unique, donc, berbère épouse la définition suivante :

« Populations occupant une vaste zone de l’Afrique septentrionale et saharienne. Sédentaires dans le nord-ouest du Maghreb, elles sont restées nomades ou semi-nomades quand elles n’ont pas été sédentarisées dans les zones désertiques du sud (Touareg). Les Berbères (Imazighen, pluriel de Amazigh « homme libre ») se définissent en grande partie par leur langue chamito-sémitique (tamazight) distincte de l’arabe, de tradition à dominante orale mais aux parlers très variés et régionalement isolés les uns des autres. »8, ensuite vu la dimension péjorative du terme « berbères », ces derniers optent pour une appellation d’« amazighes », qui a un sens mélioratif, étant synonyme d’« hommes libres ».

Le berbère, bien qu’il ne soit pas officiellement reconnu, il a une phonologie, une syntaxe et un vocabulaire propres à lui, néanmoins son acquisition reste d’ordre familial et sa transmission à travers les générations se fait uniquement par voie orale.

Ce qui est difficile c’est d’avancer au taux (chiffres)  concernant le nombre des pratiquants de cette langue, et cela faute de recensement linguistique, mais , on peut se référer au manuel de linguistique berbère , où Chaker avance que : « Sur l’ensemble de la population algérienne, les pourcentages de l’ordre de 25% à 30% de berbérophones retenus pendant la période coloniale, sont rejetés comme nettement surévalués .En revanche, les 17,8% de berbérophone que donne le recensement de 1966 sont en dessous de la réalité .En tout état de cause on peut admettre que l’ensemble des berbérophones doit représenter un pourcentage minimum de 20% de la population algérienne ».9

  • Le berbère se manifeste sous formes de dialectes, ces derniers sont les suivants :
  • Le kabyle : pratiqué surtout dans le Nord du pays et plus précisément dans les wilayas suivantes : Bejaia et Tizi-Ouzou.
  • Le Chaouï : parlé par les Chaouïs, ces derniers sont les habitants des Aurès (massifs montagneux de l’Algérie méridionale), le Chaouï recouvre les wilayas de : Khenchela, Batna, Sétif, Oum-El-Bouaghi…etc.
  • Le m’zab : dialecte de ceux qui vivent dans le Nord du Sahara algérien, dont Ghardaïa est la principale wilaya, ces habitants sont les : mozabites.
  • Le tergui : parler des touaregs, qui vivent dans le Sahara, on appelle aussi cette communauté celle des « hommes bleus »

Avec la politique d’arabisation instaurée par l’état , comme résolution  post- coloniale , tenant à généraliser l’utilisation de l’arabe classique dans l’ensemble du territoire algérien , dans le but d’unifier l’Algérie, ce pays longtemps perdu identitairement , sous une seule langue nationale « l’arabe classique » , le berbère aussi bien que l’arabe dialectale se sont trouvés marginalisés et mis à l’écart, en effet, bien que le berbère soit omniprésent dans les pratiques quotidiennes des berbérophones , et sa vivacité est remarquable dans leurs communications journalières, il ne bénéficie pas d’un statut privilégié et surtout mérité, et le berbère n’est pas encore attesté et reconnu comme langue officielle , comme le souligne T. Zaboot : « Le berbère n’a jamais bénéficié ni de mesures administratives ou politiques , ni de conditions matérielles pouvant favoriser son développement »10 , c’est ce qui a poussè les berbérophones à revendiquer un statut officielle à leur langue, et cette demande a longtemps demeuré sans réponse, ce qui a suscité maintes actions de masses spectaculaires revendiquant l’officialisation du berbère : plusieurs grèves générales en Kabylie et des manifestations d’une grande ampleurs (1991) , un boycotte scolaire général en septembre 1994, le printemps noir en 2001, enfin , toutes ces revendications adoptés par les berbérophones ont abouti à la création d’un grand commissariat d’amazighité en 1995 , et à l’intégration de la langue berbère dans maintes écoles du pays et surtout à la reconnaissance du berbère comme langue nationale officielle en 2002.

La langue anglaise :

L’anglais dont l’existence n’est liée à aucune histoire coloniale ou à quelconque passé en commun avec l’Algérie, bénéficie d’un statut de pure langue étrangère. Bien que sa présence dans le paysage linguistique algérien soit discrète elle reste dynamique et importante.

Langue étrangère apprise à l’école, vu que le premier contact des algériens avec l’anglais se fait sur le banc de la première année de l’enseignement moyen, l’anglais commence vraiment à se frayer un chemin propre à lui dans le paysage linguistique algérien , qui concurrence celui frayé par le français, au niveau de plusieurs domaines importants de la vie sociale-algérienne, en l’occurrence : la formation, la recherche scientifique, les médias, l’économie, la technologie, la diplomatie et les affaire…etc.

La langue anglaise occupe de nos jours un statut important, jugé irremplaçable et indispensable dans une part croissante de l’activité des entreprises algériennes ; les raisons invoquées sont présentées comme l’ordre de l’évidence : la mondialisation de l’économie dont les porteurs de flambeau est les Etats-Unis d’Amérique. Aussi les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont une part de contribution à l’expansion de cette langue. En effet, les banques de données, les codes et les logiciels sont massivement anglicisés.

Bref panorama de la richesse culturelle algérienne :

Les situations qui sont les fruits de l’interaction des différentes langues en présence en Algérie différent selon les usagers, et donnent lieu à de différentes pratiques parmi ces dernières on cite : monolinguisme, bilinguisme, trilinguisme et multilinguisme, ces pratiques sont aussi riches que complexes :

  • Le monolinguisme : chez ceux qui pratiquent uniquement le berbère, ou l’arabe dialectal.
  • Le bilinguisme : chez ceux qui pratiquent : berbère et arabe standard / berbère et français / arabe dialectal et arabe standard / arabe dialectal et français.
  • Le trilinguisme : observable chez le pratiquant de : l’arabe dialectal, le berbère et le français / l’arabe standard, le berbère et le français / l’arabe dialectal, l’arabe standard et le français.
  • Le quadrilinguisme : chez les algériens qui usent du berbère, de l’arabe dialectal, de l’arabe standard et du français.
  • Le multilinguisme : chez la catégorie algérienne qui maitrisent et pratique : le berbère, l’arabe dialectal, l’arabe classique, le français et l’anglais.

Donc, la société algérienne est une société qui dispose d’une configuration linguistique multidimensionnelle dite « plurilingue ». Au fait, une grande partie de ses habitants parlent chacun, et parfois écrivent, plusieurs langues parmi celle en présence sur le marché linguistique.

Le choix de pratiquer et d’adopter une langue émane des contextes sociaux , et des lois qui régissent le marché linguistique .C’est pour cela que la maitrise d’une forme de trilinguisme, quadrilinguisme ou plurilinguisme est fréquent chez l’élite intellectuelle algérienne , alors que dans les milieux ruraux et montagnards isolés, sévit et règne toujours le monolinguisme et le bilinguisme , pratiqués surtout par les femmes ,les jeunes enfants et les vieux n’ayant jamais résidé dans un milieu urbain et n’ont pas eu la chance d’être scolarisés.

De nos jours, les langues teintant le champ linguistique algérien se complètent, se métissent et se pénètrent parfois par la phonologie, la syntaxe et la morphologie ; les parlers empruntent souvent vers le français et l’anglais mais aussi l’arabe classique.

Conclusion :

Dans l’Algérie de l’an 2016, la question des langues se pose d’une manière totalement différente de ce qu’elle fut en 1962, car lors des années qui ont suivie l’indépendance , l’enjeu de l’existence des langues été idéologique, identitaire et représentatif d’une volanté de s’affirmer en tant que nation libre, autonome et sans aucune emprise , même si cette dernière est uniquement d’ordre linguistique ,  et ce n’est que lors de ces dernières décennies, que cette question commence à être aborder sous un angle différent : celui de l’ouverture au monde, de la modernisation , et de la richesse linguistique .

Cette évolution de l’opinion public concernant le multilinguisme algérien et surtout concernant la langue française souvent et longtemps qualifiée comme la langue du colonisateur qui a souvent et longtemps été considérée comme véhiculant une colonisation indirecte, se manifeste par une acceptation de l’autre et avec une vision différente à l’égard de la Co- existence et à l’interaction des langues en Algérie, en effet, la perpétuelle utilisation de la langue française , langue de l’ex-puissance coloniale au grand dam des partisans de l’arabisation qui réfutent catégoriquement l’usage d’une autre langue autre que l’arabe et encore plus le français , est la preuve que les esprits ont changé et on accepte désormais la plurilinguisme comme richesse et acculturation sans pour autant se déculturer .

Au terme notre l’ultime but à travers cet article est d’exposer la situation linguistique en Algérie, et la faire connaitre à ceux qui ignorent ce paysage linguiste aussi riche que complexe. A la fin de cet article, nous concluons que la situation linguistique algérienne est aussi complexe que fructueuse. Il est question d’un brassage de langue locales et étrangères à l’Algérie, qui font le cette dernière une situation multilingue et de là multiculturelle.

La situation linguistique algérienne, imbibée de multilinguisme, est comme un médicament, une question de dosage, car le médicament si on en abuse et on consomme plus il devient poison, la même chose pour la multi dimensionnalité de la linguistique en Algérie, si elle est exploitée avec détermination et discernement, elle est susceptible de fournir des ressources de développement, d’intelligence et de créativité en faveur du développement de cette nation. Et le problème de l’identité culturelle ne serait qu’une acceptation des différents modes de pensée dans un ensemble culturel cohérent, où pratiquer des langues autres que l’arabe ne signifie pas renier son histoire, son passé et ses racines.

En Algérie, on accepte et on adopte les langues étrangères tout en étant un pays riche linguistiquement et identitairement, et la richesse apportée par le multilinguisme algérien, façonne encore plus l’identité algérienne qui est en perpétuelle développement constructive.

Notes de bas de pages :

[1] ABDELHAMID.S, Pour une approche sociolinguistique de l’apprentissage de la prononciation du français langue étrangère chez les étudiants du département de français de Batna, thèse de doctorat, université Batna, 2002, p :43

2 GRANDGUILLAUME. G, La francophonie en Algérie, écoles des grandes études en sciences sociales, Paris, 2008.

3 TALEB-IBRAHIMI.K, Les algériens et leur (s) langue (s), El-Hikma, Alger, 2008, p :75

4 CHAMI.M, L’enseignement du français, Najah-El-Jadida, Casablanca, 2000.p :192.

5 CHIBANE.R, Etudes des attitudes et de la motivation des lycéens de la ville de Tizi-Ouzou à l’égard de la langue française, mémoire de magistère, université de Tizi-Ouzou 2009.p :20.

6 CHAKER.S, Manuel de linguistique berbère I, Bouchène, Alger, 1991.P :44.

7 DAKHLIA.J, Trames de langues : usages et métissages linguistiques dans l’histoire du Maghreb, Maisonneuve, Paris, 2004.P :167.

8 BEN JELLOUN.T, « La langue de feu pour la littérature maghrébine » in Géo n°138, Paris, Août, 1990.P :87.

9 Encyclopédie Larousse, dictionnaire de français, 2009, P : 196

10 ZABOOT.T, Un code switching algérien, le parler de Tizi-Ouzou, thèse de doctorat, université de la Sorbonne, 2009, P :89.

Références bibliographiques :

ABDELHAMID.S, Pour une approche sociolinguistique de l’apprentissage de la prononciation du français langue étrangère chez les étudiants du département de français de Batna, thèse de doctorat, université Batna, 2002.

BEN JELLOUN.T, « La langue de feu pour la littérature maghrébine » in Géo n°138, Paris, Août, 1990.

CHAKER.S, Manuel de linguistique berbère I, Bouchène, Alger, 1991.

CHAMI.M, L’enseignement du français, Najah-El-Jadida, Casablanca, 2000.

CHIBANE.R, Etudes des attitudes et de la motivation des lycéens de la ville de Tizi-Ouzou à l’égard de la langue française, mémoire de magistère, université de Tizi-Ouzou 2009.

DAKHLIA.J, Trames de langues : usages et métissages linguistiques dans l’histoire du Maghreb, Maisonneuve, Paris, 2004.

Encyclopédie Larousse, dictionnaire de français, 2009.

GRANDGUILLAUME. G, La francophonie en Algérie, écoles des grandes études en sciences sociales, Paris, 2008.

TALEB-IBRAHIMI.K, Les algériens et leur (s) langue (s), El-Hikma, Alger, 2008.

ZABOOT.T, Un code switching algérien, le parler de Tizi-Ouzou, thèse de doctorat, université de la Sorbonne, 2009

الوسوم

المركز الديمقراطى العربى

المركز الديمقراطي العربي مؤسسة مستقلة تعمل فى اطار البحث العلمى والتحليلى فى القضايا الاستراتيجية والسياسية والاقتصادية، ويهدف بشكل اساسى الى دراسة القضايا العربية وانماط التفاعل بين الدول العربية حكومات وشعوبا ومنظمات غير حكومية.

مقالات ذات صلة

اترك تعليقاً

لن يتم نشر عنوان بريدك الإلكتروني. الحقول الإلزامية مشار إليها بـ *

زر الذهاب إلى الأعلى
إغلاق
إغلاق