Research studies

La facture de la marginalisation des villes de l’arrière-pays en Tunisie : révolution et terrorisme

The bill for the marginalization of hinterland cities in Tunisia: revolution and terrorism

 

Prepared by the researcher : Dr. HAGUI Abdelhamid – ENAU de Tunis

Democratic Arab Center

Journal of Urban and Territorial Planning : Fourteenth Issue – December 2022

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
ISSN (Online) 2698-6159
ISSN   (Print)  2699-2604 
Journal of Urban and Territorial Planning
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Résumé

Plus de cinquante ans d’aménagement et l’expérience tunisienne était souvent caractérisée par ces timides prescriptions. L’Etat a tourné le dos envers les villes de l’arrière-pays et s’est engagé à promouvoir le littoral, déjà équipé et bien organisé, afin de produire et reproduire cet espace pour qu’il soit le miroir d’un pays qui se prépare à l’ouverture sur le monde extérieur.

Cette injustice spatiale de cette politique n’a fait que l’apparition des villes pauvres avec des populations sous-intégrées. Cette injustice spatiale a abouti à la révolution et à l’apparition du terrorisme.

Abstract

More than fifty years of planning and the Tunisian experience was often characterized by these timid prescriptions. The State has turned its back on the cities of the hinterland and has committed itself to promoting the coastline, already equipped and well organized, in order to produce and reproduce this space so that it is the mirror of a country that is preparing to open up to the outside world.

This spatial injustice of this policy has only resulted in the appearance of poor cities with under-integrated populations. This spatial injustice has led to the revolution and the emergence of terrorism.

Introduction

Depuis l’indépendance jusqu’aux années 1970, l’expérience tunisienne en matière de planification urbaine était souvent caractérisée par ces timides prescriptions. Les engagements de l’aménagement tunisien ont été autour d’une volonté de résoudre les problèmes liés à l’étalement spatial des villes et à l’habitat spontané. Aucun effort n’a été épargné par l’Etat pour résoudre les problèmes de déséquilibre régional. L’inefficacité des moyens avec l’onérosité des programmes ont rendu difficile l’application d’une telle mesure. L’effort de créer des espaces aptes à être ouvert à l’économie internationale ne dépassant guère le stade théorique. En effet, « la libéralisation économique et la priorité donnée aux activités urbaines, et plus particulièrement industrielles et touristiques, ont favorisé l’accentuation des déséquilibres, par l’hyper-concentration spatiale de ces activités et par l’intensification du transfert des ressources et des hommes de l’intérieur vers le littoral[1] ».

Vers le début des années 1980, le développement des outils de planification ainsi que des méthodes de travail ont été à l’origine d’une volonté de restructurer tout l’espace national à l’épreuve de la mondialisation. L’enjeu est de premier ordre. « C’est ainsi que le développement durable a constitué un choix stratégique dans le projet de l’Etat[2] ». A cette époque, il a été avantageux pour l’Etat d’encourager l’intervention du secteur privé dans le domaine de planification urbaine dotant plus que les charges lourdes qui pèsent sur l’Etat.  Durant cette période l’aménagement est caractérisé par l’excessive centralisation du système politique. C’est en ce moment-là que, l’espace tunisien est envahi par divers projets d’ordre urbain, économique et environnemental. Cependant, malgré la volonté de diminuer l’écart entre les régions en pratiquant la décentralisation au niveau de sa politique de planification, la centralisation a dominé les décisions de l’Etat au niveau des actions de planification. Aussi, avec la multiplication des institutions, des instruments et des études dans le champ de l’aménagement, la distorsion entre les villes s’est accentuée au profit du littoral. L’arrière-pays a resté marginal, délaissé et mal desservie.

La paupérisation des villes de l’arrière-pays et l’injustice spatiale, qui s’est accentuée depuis les années 1970, ont fait apparaître des villes pauvres avec des populations sous-intégrées. Ceci  a augmenté le sentiment d’injustice qui a été le  déclencheur d’une révolution afin de faire entendre les voix des classes défavorisées. De fait, nous proposons deux axes d’analyse pour l’étude de ce sujet. D’abord nous présentons l’action d’aménagement depuis l’indépendance jusqu’au nos jours pour faire montrer comment cette action s’est produite au profit des villes littorales avec une marginalisation accrue de l’arrière-pays. Dans un second temps, nous analyserons l’état actuel des villes de l’intérieur pays afin de montrer comment la paupérisation et la marginalisation ont abouti à la révolution et ont influencé la pensée d’une part assez importante des citoyens qui s’est déviée au profit du terrorisme.

  • Tunis et le littoral : Une primatie et un développement qui sont assuré par l’histoire

L’analyse, ne doit pas uniquement se pencher sur l’histoire. Il n’est nullement question ici d’aborder une telle analyse, mais d’en dégager les points forts, indispensables à la formulation de propositions de développement de Tunis et du littoral. Il fallait seulement dire que la mer est, pour les premiers bâtisseurs, le miroir des relations troubles avec le monde extérieur. Le site des médinas, dans ses premières fondations, a été choisi selon des critères défensifs liés à la sécurité. Ce choix était dicté par des facteurs d’ordre stratégique.  Les pouvoirs urbains ont été répartis entre « Cheïkh El Madina » et les « Cheïkhs » des faubourgs. L’arrivé des Ottomanes a renforcé les pouvoirs urbains  des cheikhs et a développé l’économie nationale.

Ce n’est qu’en 1881 suite à la pression des Européens et l’installation du protectorat, que ce gouvernement urbain a vu le surgissement de nouvelles réformes à la place de celles ottomanes. A cette époque, l’autorité coloniale a conservé l’ancien régime urbain qui a  été délimité aux alentours des médinas et des faubourgs, et a intégré de nouvelles institutions qui ont été nécessaires, selon les Français, pour la modernisation de l’administration. Tout ceci a fait jaillir des quartiers nouveaux à côté des médinas.

Cette interaction entre modernité importée de l’occident et les sites anciennes, a fait de Tunis et des villes littorales des morphologies urbaines considérables au point que l’architecte Henri Saladin l’a présentée comme suit : « La ville européenne compte déjà plusieurs monuments, la Résidence, l’hôtel de ville, le Palais de Justice (…) que j’ai construit en 1893. Mais nous n’avons pas à décrire une ville européenne, nouvelle, et ses rues bordées de grandes maisons régulières… c’est la ville arabe qui nous attire. Respectée jusqu’ici par une administration remarquablement intelligente qui a compris qu’il fallait en conserver autant que possible le caractère ».

En somme, le fruit des rapports entre la colonisation et les réformes institutionnelles a accentué l’excessive centralisation des pouvoirs dans la capitale et  dans le littoral et a permis l’appauvrissement des autres villes de l’intérieur du pays[3]. La capitale risque d’être le principal point de convergence des flux de migrants, venant surtout pour améliorer leurs conditions de vie.

Depuis l’indépendance, les responsables de l’Etat ont opté pour le collectivisme comme modèle de développement de l’économie nationale.  La défaite de ce modèle de développement et l’adoption du libéralisme n’a fait que pérenniser la place de Tunis et des villes littorales au point de connaître d’importants pôles de croissance. « L’analyse  du système urbain tunisien depuis l’indépendance en 1956 sur la base de la loi Rang-Taille nous a permis d’en mesurer les différents paramètres. Ils montrent que la primatialité de Tunis s’accuse depuis 1966, parallèlement au recul de son poids urbain démo-fonctionnel dans le système urbain, qui s’accompagne d’une carence des villes moyennes et une multiplication des petites villes où la faiblesse démographique de certains centres se trouve souvent compensée par leur poids fonctionnel[4] ».

Cette importance vient de toute une politique qui cherche à reproduire tout l’espace urbain pour qu’il soit compatible à l’ouverture et à la concurrence. L’intervention des pouvoirs publics a été concentrée au niveau de la capitale et des villes littorales pour bénéficier de l’héritage urbain de l’autorité coloniale dans la définition de cette reproduction. Ceci a  renforcé le développement urbain de Tunis et des villes côtières et l’accentuation de l’appauvrissement de l’arrière-pays. Ce qui a engendré l’arrivée  de plusieurs flux d’immigrants venus vers la capitale et les zones littorales en vue d’une amélioration de leurs conditions de vie. Pour la capitale, cette attraction s’est poursuivie avec des rythmes importants jusqu’au moment où de divers problèmes ont jailli qui sont liés à l’hyper-concentration humaine.

Ce n’est que vers la fin des années 1970 que l’Etat tunisien s’est engagé sur tous les fronts afin d’alléger l’hyper-concentration des activités et des personnes au niveau des villes importantes, notamment celles du littoral. Il a entamé des démarches planificatrices pour une tentative de produire et de reproduire l’espace urbain pour qu’il soit en adéquation  avec les besoins d’une population sans cesse croissante.

De fait, l’échec des politiques adoptées par l’Etat que ce soit pour démolir les « gourbivilles » ou pour réhabiliter les quartiers populaires, ont accentué les problèmes de développement urbain d’où la nécessité de trouver d’autres plans plus efficaces et capables de faire ressortir les villes de ses maux urbains.

Cartographie A. HAGUI
Tunis et les villes littorales : les principales bénéficiaires de l’action d’aménagement

A ce niveau, les orientations du schéma national d’aménagement, adoptées depuis 1997, sont basées sur la notion de développement durable. Oliya Girard a souligné dans son étude sur les enjeux de l’aménagement en Tunisie que ce schéma national d’aménagement est basé sur le concept de développement durable. Aussi elle a présenté ce schéma comme étant l’expression spatiale et territoriale des principes d’action de l’agenda 21 national. Ainsi, le développement du territoire sera construit selon trois axes qui sont à la fois les trois exigences dictées par les réalités du pays et les trois objectifs majeurs du développement fixés pour les deux prochaines décennies à venir :

  • Un développement efficace de point de vue de la compétitivité internationale ;
  • Un développement durable à la mesure des pressions exercées sur les ressources naturelles ;
  • Un développement équitable assurant un haut niveau de cohésion sociale.

Tout ceci a été seulement de savoir comment ne pas laisser l’espace de la capitale et des villes littorales s’évoluer selon une urbanisation opérationnelle exhaustive pour arriver à des impasses et à des difficultés au niveau de l’utilisation du sol urbain. La cohésion sociale et l’intégration des villes de l’intérieur pays dans un aménagement durable, cohérent et équitable, restent souvent au niveau des discours des responsables de l’Etat et n’a dépassé guerre le stade théorique.

  • la paupérisation de l’arrière-pays et la révolution : quel dualisme ?

La paupérisation des villes de l’arrière-pays et l’injustice spatiale, qui s’est accentuée depuis les années 1970 pour arriver à avoir des villes pauvres mal desservies et délaissées dans la plupart des cas avec des populations sous intégrées, ont augmenté le sentiment d’injustice.

  • 50 ans d’aménagement avec des villes marginales et mal desservies

Pour connaitre le niveau de vie des habitants des villes de l’arrière-pays[5] , on a essayé de commencer notre enquête sur la nature d’occupation du sol par les logements au niveau des espaces limitrophes des villes marginales afin d’arriver sur le revenu mensuel des différents habitants. Tout ceci sans oublier d’évaluer les différents types d’intervention de l’Etat.

Tableau n ° 1: type d’habitat dans les quartiers limitrophes des

villes de l’arrière-pays

Type d’habitat Nombre Pourcentage (%)
Gourbi 500 16,66
Houch 1200 40
Villa 800 26,66
Autres 500 16,66
Total 3000 100

HAGUI A. et BENSLIMENE S. dépouillement des résultats de l’enquête

D’un total de 3000 logements qui ont été enquêté, 40 % ont été représentés par les « houchs»[6] qui formaient l’habitat des anciens agriculteurs. Aussi, suite à l’arrivée des classes pauvres, l’extension des constructions spontanées de type « gourbis » était importante, et dont les parts dans le total des constructions enquêtées étaient 16,66 %.A côté des « gourbis » et des « houchs », il y eut le développement d’un autre mode d’occupation du sol qui est apparu grâce à la présence d’une classe moyenne. Ce sont des constructions plus ou moins modernes de type « villa » avec une part qui a dépassé 25 %.

Photo 1 : des modèles d’habitats spontanés à la cité « El Karma »

                                                     Photo prise par Hagui A. et BENSLIMENE S.

Comme la diversité de la nature d’occupation des sols par les logements, la nature d’occupation des logements est aussi diversifiée. Elle nous a présenté simultanément le propriétaire, le copropriétaire, le locataire et le logé gratuit.

Tableau n° 2 : nature d’occupation des logements

Nature d’occupation Nombre Pourcentage
Propriétaires 2250 %
Copropriétaires 150 %
Locataires 600 %
Logé gratuit 100 %
Total 3100 100%

HAGUI A. et BENSLIMENE S. dépouillement des résultats de l’enquête

Tableau n° 3 : type de logements selon le nombre de pièces

Nombre de pièces Nombre Pourcentage
2 pièces et moins 870 29%
3 pièces 960 32%
4 pièces 720 24%
5 pièces 110 3,6%
6 pièces 70 2,3%
> 6 pièces 30 1%
Sans réponse 240 8%
Total 3000 100%

HAGUI A. et BENSLIMENE S. dépouillement des résultats de l’enquête

Ce qui est impressionnant de le dire, c’est que plus de la moitié des logements (61 %) ont été construits sur des parcelles de 100 m² de superficie et qui se composent de 2 à 3 pièces. Ce sont des logements de conditions défavorables étant donné qu’une famille moyenne est composée de 5 à 6 personnes.

Tableau n° 4 : répartition des logements selon la taille des parcelles

Taille de logement Nombre Pourcentage
< 100 m2   41%
100 £ L £ 200 m2   25%
200 £ L £ 300 m2   21%
> 300   10%
Sans réponse   3%
Total 3000 100%

HAGUI A. et BENSLIMENE S. dépouillement des résultats de l’enquête

Généralement, la présence de ses caractéristiques nous renforce dans l’idée que l’on se trouve devant une couche populaire défavorisée ayant choisi de s’éloigner des centres villes et de ses problèmes en choisissant des espaces plus en adéquation avec leurs ressources financières, du fait que leurs revenus mensuels sont très bas. 66% des ménages ont des revenus mensuels inférieurs ou égaux à 200 dinars.

Tableau n°  5 : revenu mensuel moyen par ménage

Revenu moyen par ménage Pourcentage
£ 200 dinars 70 %
De 200 à 400 25 %
³ 400 5 %

HAGUI A. et BENSLIMENE S. dépouillement des résultats de l’enquête

L’analyse du revenu mensuel moyen par ménage révèle l’existence de deux catégories sociales distinctes en plus de celle défavorisée[7]. Une couche moyenne basse représentée par les employés de petits métiers et ceux du commerce et les ouvriers (27 % du total des ménages enquêtés) dont les revenus se situaient entre 200 et 400 dinars, et une couche aisée constituait surtout par les cadres supérieurs et les cadres moyens.

A tout ça s’ajoutait l’absence des infrastructures routières ou des équipements nécessaires pour la sédentarisation de la population. Prenant l’exemple de la Cite El Karma de la ville de Kasserine. Pendant notre enquête on a pu remarquer l’existence d’un panneau municipale qui indique l’existence d’un grand projet d’infrastructure qui cherche à rénover et à réhabiliter les anciens voiries ainsi qu’à la projection des nouvelles qui devront être capable de faire ressortir El Karma de son isolement par rapport au reste de la ville. C’est un projet qui fait intervenir l’Etat et l’union européenne comme principal intervenant avec plus de 4.750 millions Dinars tunisien. Ce projet devra être commence le 12/10/2013 et achevé le 20/10/2014.

Vers la  fin de 2014, rien n’a changé au niveau de l’état spatial de la zone. Les habitants ont compris intuitivement que l’Etat tunisien a pu calmer le climat des hostilités à travers ces panneaux.  Pour eux, c’est vrai que l’union Européenne à financer ces des projets dans plusieurs espaces marginaux mais les responsables ont utilisé ces financements ailleurs. Pour ne pas dire autre chose.

Photos 2 : les réalités spatiales après la fin du projet de réhabilitation et de projection des voiries à « El Karma »

 

Photos prises par HAGUI A. et BENSLIMENE S.

  • Du chômage à la contre bande : vers la révolution

Il faut dire aussi que le chômage n’a cessé d’augmenter au niveau de tout le territoire national mais d’une façon remarquable au niveau des régions défavorisées témoignant ainsi la propagation du taux au niveau des jeunes ressortissants de l’enseignement supérieur. D’après L’INS, le taux de chômage des jeunes ayant un niveau supérieur a augmenté d’environ 11,5 points en sept ans passant de 10,4% en 2001 à 21,6% en 2008 et l’effectif des chômeurs diplômés du supérieur a doublé en quatre ans seulement passant de 66.200 en 2005 à 128.100 en 2008.

Face à ce chômage et le blocage du marché[8] du travail tunisien, les possibilités d’avoir un poste de travail deviennent un rêve loin d’être réalisé pour la majorité absolue des jeunes des villes limitrophes, puisque ils sont originaires, dans la plus part des cas, des familles défavorisées. La jeune génération est relativement bien développée, pourtant les chances d’obtenir un emploi convenable sont faibles.

Durant notre enquête, plus de 60 %[9] des jeunes diplômés ont affirmé être prêts à exercer n’importe qu’elle activité même si elle se produite dans l’illégalité mais avec des limites[10]. Pour eux la seule et la meilleure activité possible est la contrebande. Elle leur permet de construire une richesse afin d’aider leur famille et de fonder leur avenir. Même s’il y a un risque de prison, ces jeunes affirment être prêts à exercer ce type de travail.

De ces affirmations on a voulu voir de plus près les caractéristiques de ces activités à travers les récits des habitants des zones frontalières et des travailleurs de ce secteur. Dans la ville de Feriana et plus exactement dans la région de « Bou Chebka », région frontalière, les habitants affirment qu’il y a une longue histoire avec la contrebande. La deuxième moitié des années 1980, la contrebande a été caractérisée par une exportation des produits alimentaires et l’importation des produits électriques, notamment les paraboles et les climatiseurs. Pour eux, c’est un moyen qui leur permettre de résister à la pauvreté.

Le début des années 1990 a constitué la période du bouleversement magistral au niveau du trafic frontalier. Les Barrons de la contrebande ont voulu construire toute une fortune même au détriment de la sécurité national. Ils ont commencé par l’importation des carburants et des drogues pour arriver au trafic d’arme. La contrebande  est en plein boom. La moitié nord et est du pays (Jendouba, El Kef jusqu’à Kasserine) est la zone d’importation des produits alimentaires subventionnés (sucre, farine, huile…), la résine de cannabis, les armes légères (fusils de chasse..) et le carburant. Au sud (Gouvernorat de Médenine), les contrebandiers tunisiens vendent à prix d’or des produits alimentaires subventionnés (farine, blé, sucre, huile, lait…)  ou non (légumes, fruits…) et achètent en retour des armes de guerre sans que ce soit forcément les même réseaux.

Face à ce bouleversement, une part assez importante des employés des contrebandiers, généralement des jeunes, ont lâché ce travail. Pour eux être chômeur et à la recherche d’emploi mieux que de travailler  ce type de trafic avec un risque de prison d’une peine de perpétuité.

Pendant les années 2010 avec la multiplication du taux de chômage, suite au phénomène de départ des employés des contrebandiers, la marginalisation des régions frontalières et la baisse de niveau de vie des classes moyennes puisque les prix des aliments sont beaucoup trop élevés, ont créé tout un climat favorable à la révolution. A tout cela s’ajoutaient le manque d’investissements et les perspectives médiocres pour la jeunesse dans la région.

Déclenché en 2011 par les classes défavorisées de l’arrière-pays afin de faire entendre leur voix, la révolution de la dignité à ouvrir les portes pour le trafic des armes et surtout après la révolution libyenne et le manque des moyens qui peuvent être utilisés pour contrôler toute la ligne frontalière quel que soit avec la Libye ou l’Algérie. Les saisies d’armes se sont multipliées depuis le début des années 2013. C’est une situation affreuse au moment où l’ex-président tunisien M. Moncef Marzouki a affirmé que « Les combattants islamistes du Mali sont une menace pour la Tunisie, qui est en train de devenir un corridor pour les armes ».

 L’injustice spatiale, la révolution et la contrebande ont été les causes qui ont fait naitre toute une pensée qui soutienne les mouvements des extrémistes. Il n’y a plus facile que de nourrir cette pensée des jeunes défavorisés par l’intermédiaire des nouvelles technologies , internet, twitter, facebook…

La situation devient de plus en plus lourde à supporter par la Tunisie et surtout après les attaques terroristes. Il fallait trouver les solutions afin de s’en sortir de ses déboires. Tout ceci devra passer par l’équité sociale et le partage égal des richesses entre toutes les régions avec une nette augmentation en faveur des régions marginales, si bien que les gouvernorats de l’intérieur : Jendouba, Sidi Bouzid, Siliana et Kasserine ont le niveau de développement le plus bas.Il fallait aussi passé par l’intégration des jeunes au marché d’emploi en créant des ressources capables d’absorber une part assez importante des demandes des classes défavorisées.

Etude comparative en termes de développements en 2009

Source : L’institut Tunisien de la compétitivité et des Etudes Quantitatives(ITCEQ).

Conclusion

La Tunisie indépendante a pris le chemin de l’appareil colonial pour consolider l’unité nationale à travers une politique centralisatrice au profit de la capitale et des villes littorales. L’intérieur pays est resté marginal et délaissé. Il est le point de départ d’une masse assez importante des travailleurs vers les autres villes notamment la capitale.

L’équité sociale et le partage des richesses sont restés souvent au niveau du discours des propres responsables de l’Etat. L’ex-président tunisien « Ben Ali » a joué sur les statistiques afin de montrer la prospérité de la Tunisie sous sa régence et d’attirer l’attention du monde extérieur pour le soutenir. C’est avec lui que la pauvreté a diminué progressivement et surtout au niveau de l’arrière-pays. Tout ceci n’a pas dépassé le stade des affirmations.

En contrepartie et pour n’alourdissez pas la marginalisation de l’arrière-pays, Ben Ali a laissé l’arrière-pays s’évoluer spontanément en adoptant la contre bande comme un moyen mise en place pour résister à la pauvreté.

L’augmentation si considérable du taux de chômage et le développement de la contrebande qui s’est déviée vers le trafic d’arme et des carburants, ont mis la Tunisie devant le danger d’une révolution qui s’est déclenchée en 2011 par les villes les plus pauvres et les plus concernées par le trafic frontalier. C’est une révolution menée surtout par les jeunes diplômés des villes marginales qui ont été touchés par le chômage, afin de faire entendre leur voix.

Références bibliographique

Belhedi A., 2004, le système urbain tunisien. Analyse hiérarchique démo-fonctionnelle sur la base de la loi Rang-taille, Cybergéo, revue européenne de géographie.

Hagui A., (2007), « Centralité du Lac et centralité de Tunis: un « lifting » complet de la capitale », communication dans le séminaire : « les projets urbains » organisée par l’Association Tunisienne des Urbaniste (ATU), 12 p.

Ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire, 1993, « l’aménagement de territoire en Tunisie : évaluation et propositions », novembre, Tunis.

Ministère de l’Equipement, de l’Habitat et de l’Aménagement de territoire, 2004, « évaluation et développement des instruments de l’aménagement du territoire en Tunisie », rapport final de 1ère phase, note de synthèse, Tunis.

Institut National de Statistique, (1994), « recensement général de la population et de logement », Tunis.

L’institut Tunisien de la compétitivité et des Etudes Quantitatives(ITCEQ), 2009, étude comparative en terme de développement.

[1] Ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire, « l’aménagement de territoire en Tunisie : évaluation et propositions », Tunis, novembre 1993, p.10.

[2] Ministère de l’Equipement, de l’Habitat et de l’Aménagement de territoire, « évaluation et développement des instruments de l’aménagement du territoire en Tunisie », rapport final de 1ère phase, note de synthèse, mai 2004, p.5.

[3] Hagui A. (2007), « Centralité du Lac et centralité de Tunis: un « lifting » complet de la capitale ».

[4]Belhedi A., le système urbain tunisien. Analyse hiérarchique démo-fonctionnelle sur la base de la loi Rang-taille, Cybergéo, revue européenne de géographie, 2004, p. 20.

[5] On a choisi de prendre la ville de Kasserine et de Sidi Bouzid comme modèle des villes marginales. En fait on a mené le travail sur les quartiers d’El Karma, Hassi El Frid, Cité Ezzohour,…

[6] Ce sont des habitations d’origine agricole qui se sont développées pour qu’elles soient compatibles avec la structure urbaine de la ville. En dialecte tunisien, les « houchs » ne sont que les habitations traditionnelles.

[7] Nous avons classe les chômeurs parmi cette population.

[8] Ce sont les classes défavorisé qui ont payé ce blocage puisque le marché de travail à l’époque de Ben Ali est ouvert pour les classes aisées. Tous ceux qui ont des relations avec les responsables de « haute gamme » et qui détiennent le pouvoir financiers, peuvent échapper leurs fils du chômage.

[9] On a pu mener l’enquête auprès de 1000 jeunes des villes de Kasserine et de Sidi Bouzid.

[10] Pour eux la contrebande ne doit pas dépassé l’exportation des produits alimentaires et l’importation des carburants et des produits électriques.

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