Research studies

Espaces verts urbains: État des lieux et perspectives. Cas de la ville de Kénitra

 

Prepared by the researcher  :  Dr: Meryem Ouzemri, Université Ibn Tofail, Maroc Docteur et inspectrice de l’enseignement

Democratic Arab Center

Journal of Afro-Asian Studies : Fifteenth Issue – November 2022

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin.

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
ISSN  2628-6475
Journal of Afro-Asian Studies

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 Résume

La ville de Kénitra recèle d’une concentration de paysages remarquables. Cependant, ces potentialités, bien qu’elles soient d’une grande qualité paysagère, demeurent très dégradées, menacées et occultées, et ce, à cause de nombreux facteurs notamment l’étalement urbain et le phénomène de la construction en hauteur.

Afin de pallier à cette situation, plusieurs documents d’urbanisme ont été lancés afin de procurer les espaces verts un statut juridique spécial pour prévenir leur dégradation continue et pour éviter surtout qu’ils ne soient sacrifiés devant les impératifs de l’urbanisation à outrance. Néanmoins, en dépit des efforts déployés, les documents en vigueur montrent leurs limites en matière de planification « verte », puisqu’il s’avère que la ville semble tourner le dos à l’ensemble des éléments naturels composant son cadre et susceptibles de la doter d’identité propre viable et durable .

Introduction

Le développement durable est un choix auquel le Maroc a souscrit en vue de rationaliser la gestion des ressources naturelles et d’améliorer la qualité de vie du citoyen. Bien évidemment, l’accès au bien-être ou tout au moins à la croissance économique, passe inéluctablement par la maîtrise des procédés de préservation du patrimoine naturel.

Pour ce faire, le Maroc a lancé en 2009 la Charte de l’Environnement et du Développement Durable pour appuyer les démarches et volontés enclenchées en faisant de l’approche paysagère un outil incontournable pour la préservation et la réhabilitation des espaces naturels en général, et une composante à part entière dans la fabrication de l’espace urbain en particulier (Conseil National de l’Environnement, 2011).

Les espaces naturels, verts et/ou de loisirs, s’inscrivent parfaitement dans le registre des paramètres à portée économique tout en préservant l’environnement et dotant le territoire de potentiels identitaires lui conférant les atouts de compétitivité et d’attractivité dans un cadre de durabilité.

De ce fait, les espaces verts demeurent une composante fondamentale du territoire et l’un des éléments primordiaux du développement durable.  Ils remplissent diverses fonctions récréatives, paysagères et écologiques.

La ville de Kénitra dispose de nombreux espaces verts plantés sous forme de bois, de parcs, de jardins et d’avenues plantées constituant une option systématique dans l’aménagement et un outil de planification urbaine par excellence. Cependant, avec la croissance urbaine actuelle, marquée par une forte pression sur l’espace, le sort des milieux verts est devenu incertain, s’apprêtant, de plus en plus, à la dégradation, le délaissement voire la disparition. Par conséquent, l’atteinte à la qualité du cadre de vie devient certaine et inéluctable.

En effet, cette dégradation se manifeste, entre autres, par  le manque d’intégration de l’entrée de ville, caractérisé par un haut potentiel paysager, dans la composition urbaine et paysagère ainsi que l’incohérence de la structure urbaine hormis le boulevard principal, la présence d’une végétation dégradée, le manque d’entretien des espaces publics intra urbains, l’existence des espaces verts en état de friches et des axes structurants non valorisés.

Afin de lutter contre la dégradation des espaces verts, plusieurs documents d’urbanisme ont été lancés notamment le plan vert qui constitue la parfaite illustration de la concrétisation des orientations de  la Charte de l’Environnement et du Développement ainsi que le plan d’aménagement, le plan de zonage, le schéma directeur d’aménagement urbain et le plan d’action communal. L’objectif ultime de ces documents est la mise en place des instruments référentiels pour la protection, la réhabilitation, la requalification des espaces existants et la programmation de nouveaux. De même, ces documents visent à associer le végétal au développement du cadre urbain et doter la ville de Kénitra d’un instrument de gestion du territoire capable d’interpréter ses potentialités, ses valeurs environnementales et son écrin naturel, d’indiquer les projets d’aménagement, de valorisation paysagère tout en répondant à une logique de cohérence territoriale.

Néanmoins, les documents en vigueur montrent leurs limites en matière de planification          « verte », puisqu’il s’avère que la ville semble tourner le dos à l’ensemble des éléments naturels composant son cadre et susceptibles de la doter d’identité propre, viable et durable. En outre, l’insuffisance des budgets qui sont alloués aussi bien pour la réalisation que la gestion et l’entretien des espaces verts, la difficulté de mobilisation du foncier dominé par des terres collectives et domaniales, l’absence ou l’insuffisance de profils spécialisés au sein des services concernés et le manque de civisme, constituent des contraintes qui entravent la gestion efficace des espaces verts dans la ville de Kénitra.

 La dégradation des espaces verts à cause de la dominance d’une politique de verdissement cloisonnée et réductrice constitue un défi au développement durable. Une gestion adéquate des espaces verts s’avère donc indispensable.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la présente étude qui vise à évaluer l’état des espaces verts dans la ville de Kénitra en termes quantitatif et qualitatif et la pertinence de différentes mesures mises en œuvre en faveur de la préservation du patrimoine verts.

Cela nous amène à se demander:

  • Quel le rôle des espaces verts dans l’équilibre environnemental?
  • A quel rythme le cadre vert de la ville de Kénitra s’est-il développé?
  • Quel est l’état des lieux des espaces verts dans la ville de Kénitra?
  • Quelles sont les mesures mises en œuvre pour préserver les espaces verts?

Afin de répondre aux interrogations posées, nous allons procéder en quatre temps. Dans une première phase, nous allons mettre l’accent sur le rôle des espaces verts dans l’équilibre environnemental. Dans un second temps, nous allons exposer l’évolution des espaces verts à travers un parcours historique sur l’urbanisation de la ville de Kénitra. Dans un troisième temps, nous allons diagnostiquer la situation actuelle et projetée des différentes catégories du cadre vert dans cette ville. La quatrième étape sera consacrée à l’indentification des différentes mesures mises en œuvre visant à préserver les espaces verts et l’environnement urbain.

  1. Méthodologie

Tout travail scientifique exige l’usage d’une démarche méthodologique qui puisse permettre au chercheur de collecter, d’analyser et d’interpréter les données recueillies. C’est dans ce cadre que nous avons fait recours aux méthodes et techniques suivantes :

  • La méthode analytiquequi nous a permis d’analyser systématiquement tous les documents officiels relatifs aux espaces verts notamment le plan vert de Kénitra, le Plan d’aménagement, le schéma directeur d’aménagement urbain et le plan d’action communal;
  • La méthode statistiqueoù la superficie et le nombre des espaces verts de la ville de Kénitra ont été analysés et comparés au nombre d’habitant;
  • La cartographie qui nous a permis de traiter et d’analyser les données géo-spatiales en faisant appel au Système d’Information Géographique (SIG), précisément l’Arc GIS.
  1. Présentation de la zone d’étude

La ville de Kénitra est considérée comme l’une des plus importantes zones du Nord-ouest du Maroc. Elle se trouve sur la rive Sud de l’Oued Sebou à 12 km de l’embouchure sur l’Océan Atlantique au niveau de Mehdia plage.

Sur le plan administratif, la ville de Kénitra fait partie de la province de Kénitra, région de Rabat-Salé-Kénitra. Elle est limitée par les communes de Mnasra et d’Ouled Slama au Nord, la commune de Haddada à l’Est, la commune de Sidi Taïbi au Sud, et la municipalité de Mehdia à l’Ouest.

Sur le plan naturel, la ville de Kénitra bénéficie de précipitations abondantes et de ressources hydriques importantes et diversifiées (nappes de la Maâmoura et du Gharb pour les ressources souterraines et les eaux de Sebou pour celles superficielles). De plus, elle dispose d’une richesse forestière importante couvrant 46.200 ha et 92.800 ha de reboisement, acacia, les résineux (pin d’Alep, pin Butia, Cyprès, etc.), dont 35% de la superficie nationale d’Eucalyptus (plan vert de Kénitra, 2012). De même, ladite ville abrite l’oued Sebou (2ème cour d’eau du pays), avec plusieurs composantes hydrologiques, sous formes de bras morts, estuaire ou encore ses berges constituées s’une végétation naturelle hygrophile, abritant de nombreux espèces remarquables. De surcroît, la ville renferme des zones humides à forts enjeux écologiques, biologiques et socioéconomiques selon la liste internationale RAMSAR, à savoir la Merja de Fouarat et Sidi Boughaba (Mehdia) caractérisées par une faune et flore d’exception bien qu’en voie d’extinction (Ouzemri, 2019).

Source : Extrait de la carte topographique de Kénitra au 1/50.000

Figure n°1 : cartographie des caractéristiques structurales de la ville de Kenitra

Sur le plan humain, la ville de Kénitra compte 431 282 habitants (Haut commissariat au plan, 2014). Cette population est largement dominée par les jeunes, ce qui constitue une véritable ressource, qui s’ajoute aux richesses naturelles et infrastructures économiques qui ne cessent de s’amplifier et qui font de cette ville, à moyen terme, une plateforme de développement et un carrefour d’investissement.

Sur le plan économique, la ville de Kénitra connaît une dynamique très importante dont témoigne l’accroissement des différents secteurs productifs. L’industrie bénéficie d’atouts importants notamment l’existence d’une infrastructure diversifiée (ports, zones industrielles, etc.) renforcée par une desserte ferroviaire et un réseau routier très dense. S’ajoutant à cela, une gamme très variée de produits agricoles qui servent de matières premières pour les unités de l’agro-industrie (Ouzemri, 2021). De plus, l’implantation de la plateforme Atlantic Free Zone, considérée comme étant un grand pôle industriel notamment dans le secteur de l’automobile, contribue à l’essor de la ville de Kénitra. Quant au secteur de la pêche, il joue un rôle important dans l’économie locale. Enfin, le secteur touristique possède toutes les caractéristiques qui peuvent faire de la ville de Kénitra un pôle d’attraction pour les touristes : Forêt immense pour les promenades, plages, réserves naturelles et biologiques importantes, et en plus, son exceptionnelle position géographique.

  1. Rôle des espaces verts dans l’équilibre environnemental

Les espaces verts jouent un rôle primordial dans l’équilibre environnemental (Plan vert de Kénitra, 2012):

Sur la qualité de l’air : La présence de massifs boisés contribue à réduire les poussières, et les différents polluants chimiques, les germes microbiens et participent à l’épuration de l’air. Ils procurent également de l’ombre pour les zones exposées aux fortes chaleurs.

Sur la qualité de l’eau : Les espaces verts contribuent à absorber l’eau de pluie, par la percolation (écoulement d’eau dans le sol, sous l’effet de la gravité) au niveau du sol et par les racines des arbres. En préservant les espaces verts, il est possible de réduire le volume des eaux de ruissellement, de protéger les sources d’eau et de prévenir ou du moins réduire les dommages occasionnés par les inondations. La présence d’espaces verts permet aussi de limiter la pollution des eaux de surface.

Sur la protection des sols : La végétation joue un rôle important pour la protection des sols contre l’érosion par l’eau et le vent. Laissés à nu, les espaces verts peuvent se dégrader rapidement. L’absence de couvert végétal rend la surface du sol plus sensible à l’impact des gouttes d’eau et à la force du vent. Il peut s’ensuivre une dégradation de la structure du sol ou une perte de matériau (par ravinement, érosion par ruissellement, boues, vents de sable, etc.). Le problème est particulièrement important sur les sols en pente, les berges des rivières, les falaises, les collines et les talus;

Un refuge pour la faune avienne et terrestre : Les superficies boisées servent également d’habitat à toute une faune terrestre et avienne. Leur rôle est donc considérable en milieu naturel. L’observation de la faune, spécialement des oiseaux, représente un loisir de plus en plus fréquent. La présence d’espaces boisés, même parcellaires, permet à cette faune de subsister en milieu d’habitats. Ils jouent donc un rôle primordial dans l’équilibre des écosystèmes présents sur les territoires des municipalités;

Un élément architectural et esthétique: La végétation influence également l’expression physique du territoire. Elle améliore l’esthétique du paysage bâti, en créant un changement de texture, un contraste de couleur et de forme par rapport aux bâtiments adjacents. Aux abords d’un bâtiment ou d’une résidence bien aménagée, la végétation, arbres et arbustes, s’harmonisent aux éléments architecturaux et les mettent en valeur. La diversité des feuillages et la floraison de différentes espèces ajoutent une note importante parmi les masses bâties, trop souvent concentrées et entourées de vastes espaces de stationnement.

  1. Evolution du cadre vert  de la ville de Kénitra à travers le temps

L’environnement de la ville de Kénitra a profondément évolué depuis la création de la ville en 2012 par les colons français. L’assiette foncière dédiée à cette nouvelle ville était de 190 ha et l’environnement était encore assez naturel et composée d’une dense forêt de chêne liège et des terrains de culture comme le montre la carte topographique de 1936 (Schéma directeur d’aménagement urbain du grand kénitra, 2012). Le suivi multidate de l’évolution de la ville de Kenitra entre 1972 et 2012, fait ressortir que l’aire de la ville de Kénitra se compose des unités suivantes : l’espace bâti, l’espace forestier, les terrains de culture, les reboisements, les plans d’eau et les routes (graphique n°1).

Source : Jbabra, 2012

Graphique n°1 : Evolution de l’occupation du sol dans la commune urbaine de Kenitra entre 1972 et 201

En outre, l’analyse du graphique n°1 révèle que les terrains de culture ont subit une nette diminution en superficie, elle était de 5862 ha en 1972 contre 3362 en 2012, soit une diminution de 43% à raison de 62 ha chaque année. La forêt, quant à elle, occupait 1224 ha de l’actuel commune urbaine en 1972, Cependant, sa superficie n’était que de 632 ha en 2012, c’est-à-dire une diminution de 48% soit 14.8 ha chaque année.

Des efforts de reboisement ont été déployés pour améliorer la situation de la trame verte mais ils restent très modestes et la superficie reboisée est de 1146 ha, la diminution en superficie est due en fait aux coupes organisées. Les plans d’eau restent globalement stables, les fluctuations sont dues aux variations climatiques qui augmentent ou diminuent les superficies couvertes.

En contre partie d’une diminution générale de la trame verte, les espaces artificialisées ont augmentés, les routes occupait en 2012 près de 500 ha alors qu’elles ne concernaient que 167 ha en 1972, l’espace bâti a également évolué, il occupait une superficie de 1080 ha en 1972 contre 3991 ha en 2012, soit une progression de 70 % à raison de 72 ha chaque année.

Par ailleurs, l’analyse des graphiques n°2 et n°3 fait ressortie que l’évolution de la superficie des espaces verts n’a pas été importante, les 124.5 ha en 1972 sont devenus 158 ha en 2012, soit une augmentation de 33.5 ha en 40 ans, soit 0.8 ha chaque année. Après une évolution progressive entre 1972 et 1992, les espaces verts ont connu une augmentation substantielle entre 1992 et 2004, à partir de cette dernière date on relève une certaine stagnation.

La ville de Kenitra offre moins 1.1 m² d’espace vert (sens strict) public par habitant en 2012. Ce chiffre peut atteindre 41m² si l’on rajoute les complexes sportifs et les îlots de végétation urbaine.

                  Source : Jbabra, 2012

Graphique n°2 : Evolution de la superficie des espaces verts (sens large) à Kenitra entre 1972 et 2012

 

                  Source : Jbabra, 2012

Graphique n°3 : Evolution de la superficie des espaces verts (sens strict) à Kenitra entre 1972 et 2012

En guise de conclusion, l’espace bâti s’accroît en nombre et s’étend en surface alors que la superficie du reboisement, de la forêt et des terrains de cultures diminue. Cette situation interpelle, eu égard le nombre élevé de projets réalisés. La profusion d’espaces d’habitat risque de transformer la ville de Kénitra en grande ville-dortoir particulièrement avec la modernisation des infrastructures et des moyens de déplacement. Cette situation engendre une dégradation de l’environnement manifestée par la destruction des espaces vitaux et sensibles notamment la forêt et les espaces verts. La figure n°2 récapitule les différentes étapes de l’expansion urbaine de la ville de Kénitra avant 1912 jusqu’à 2020.

Source : Travail personnel à partir de la carte topographique de Kénitra 1/50.000 et les images satellites de Kénitra

Figure n°29: Etapes de l’expansion urbaine de la ville de Kénitra (avant 1912 jusqu’à 2020)

  1. Diagnostic des différentes catégories d’espaces verts de la ville de Kénitra

Afin de donner une vision bien détaillée et globale de la situation des espaces verts de la ville de Kénitra, l’analyse statistique des ratios réels et des ratios prévus en espaces verts semble nécessaire. Pour que cette analyse soit plus pertinente, rigoureuse et réaliste des prévisions du plan d’aménagement, il est nécessaire d’en faire différentes lectures permettant d’éplucher les superficies et catégories projetées afin de considérer les espaces qui sont réellement perçus et pratiqués comme espaces verts par les citoyens. Dans cette optique, les tableaux n°1 et n°2 récapitulent les ratios réels et prévus de la situation existante de chaque typologie d’espace verts dans la ville de Kénitra.

Typologies d’espaces verts Toutes catégories confondues Sans boisement et ceinture verte
Superficie

(ha)

Ratio (m²/habitant) Superficie (ha) Ratio (m²/habitant)
Alignement arbres 2 0,06 2 0,06
Espace vert non réalisé 79 2,27 Exclu Exclu
Boisement 1520 43,20 Exclu Exclu
Existant 8 50 24,17 13 0,39
Friche 74 2,13 Exclue Exclue
jardin dégradé 2 0,06 1 0,06
Jardin état correcte 2 0,06 2 0,06
Jardin réalisé 31 0,89 5 0,15
Jardin /espace vert réalisé et non prévu 0,1 0,00 15 0,44
Parc 9 0,27 1 0,03
Parc dégradé 0,05 0,00 0,05 0,00
Place 9 0,28 8 0,24
Total 2583 73,39 5 1,43

Source : Plan vert de Kénitra, 2012

Tableau n°1 : Ratios de la situation existante de chaque typologie d’espace verts dans la ville de Kénitra

Typologie Toutes catégories confondues Sans boisement et ceinture verte
Superficie

(ha)

Ratio (m²/habitant) Superficie

(ha)

     Ratio   (m²/habitant)
Aire de jeux pour enfants 2 0,07 2 0,07
Bande de boisement 32 0,93 Exclue Exclue
Boisement 19 889 56,49 Exclu Exclu
Ceinture verte 415 11,81 Exclue Exclue
Espace vert 92 2,61 92 2,61
Espace vert + M’salah 5 0,16 5 0,16
Espace vert et aires de jeux 1 0,03 1 0,03
Espace vert public 0,06 0,00 0,06 0,01
Espace vert rond point 13 0,38 13 0,38
Parc 0,06 0,96 0,06 0,00
Places 8 0,25 8,80 0,25
Rond point 0,42 0,01 0,42 0,01
Zone non constructible boisée 15 0,45 Exclue Exclue
Total 2577 74,154 123 3,52

Source : Plan vert de Kénitra, 2012

Tableau n°2: Situation d’espaces verts projetée par le plan d’aménagement dans la ville de Kénitra (existant + à créer)

L’analyse des données des tableaux n°1 et n°2 fait ressortir que la situation existante des espaces verts dans la ville de Kénitra, toutes catégories confondues, révèle un ratio de 73,39 m² par habitant, ce qui est quasi équivalent aux projections du Plan d’Aménagement (74,154 m²). Il est évident que ce ratio est complètement fictif puisque d’une part, il s’agit de projection, et de l’autre, de ratio qui englobe les boisements et ceinture verte certes à l’intérieur du périmètre urbain administratif, mais totalement inaccessibles au citoyen et surtout non aménagés.

En effet, le ratio réel des espaces verts existants sans les grandes entités naturelles ceinturant la ville de Kénitra (les berges de Sebou, Merja de Fouarat, les lignes de chêne liège urbain, etc.) ne représente que 1,43m² par habitant, ce qui est un chiffre alarmant, lors que, le ratio de la situation projetée par le plan d’aménagement excluant les espaces boisés et les ceintures vertes, est de 3,52m² par habitant, ce qui est largement en deçà de la norme internationale des espaces verts intra urbains préconisée par l’OMS (10 m² par habitant). Cette situation signifie que la ville de Kénitra souffre d’une carence évidente en matière d’espaces verts. Une telle carence n’est pas uniquement le fruit de manque d’espaces verts intra urbains, mais est également la conséquence d’une vision de la ville de Kénitra cotonnée dans ses limites physiques bâties. Les photos suivantes illustrent le potentiel vert existant dans la ville de Kénitra.

  1. Dégradation des espaces verts

La ville de Kénitra est marquée par une spéculation foncière sans précédent. C’est pourquoi, le sort de ses milieux verts est devenu incertain, s’apprêtant, de plus en plus, à la dégradation, le délaissement voire la disparition. Par conséquent, l’atteinte à la qualité du cadre de vie devient certaine et inéluctable. D’après le travail de terrain, les espaces verts de la ville de Kénitra subissent une destruction massive. En effet, plusieurs cas d’abattage d’arbres de façon illégale ont été constatés (photos n°1, n°2, n°3, n°4 et n°5).

               Source : Cliché personnel (02/06/2020)

Jardin Bab Fes

      Source : Cliché personnel (30/05/2020)                        Source : Cliché personnel (30/05/2020)

Rue Mohamed Fehri

Photos n°1, n°2 et n°3: Abattage d’arbre dans la ville de Kénitra

      Source : Cliché personnel (13/01/2020)                               Source : Cliché personnel (02/07/2020)

                      Avenue Amira Aicha                                               Quarier Mimosa

Photos n°4 et n°5: Abattage de palmier dans la ville de Kénitra

Source : Cliché personnel (23/05/2019)

Quartier la ville haute

                              Photos n°6 et n°7: Elagage d’arbre dans la ville de Kénitra

De même, la spéculation immobilière se fait aux dépens de certaines zones abritant des espaces verts, notamment les lotissements d’Ouled Oujih et Al Maghib Al Arabi et aussi certains quartiers ayant subi plusieurs opérations de densification, à savoir les lotissements Pam I et II. Dans bien des cas, il s’agit de terrains destinés au préalable aux espaces verts, placettes et parkings. De surcroît, les espaces verts dans la ville de Kénitra sont mal répartis entre le centre et les quartiers excentriques qui sont dépourvus de ces espaces (Ouzemri, 2021). De nombreux espaces se trouvent dans un état déplorable et ne bénéficient pas suffisamment d’entretien.

 En outre, les terrains destinés à la création des espaces verts par la Wilaya se trouvent dans des secteurs non raccordés au réseau d’eau, ce qui pose le problème de l’indisponibilité de cette ressource pour l’arrosage. Enfin, ces espaces sont mal-exploités de manière à améliorer le confort des usagers par manque d’éducation des habitants et le mouvement associatif en général qui ne sont pas suffisamment mobilisés pour la défense de ce constituant majeur de l’environnement et du paysage de la ville de Kénitra. Un travail de sensibilisation et d’information et reste à faire pour améliorer les pratiques de ces espaces et aussi pour impliquer les habitants dans une démarche qui devrait être participative.

En définitive, la ville de Kénitra dispose d’atouts exceptionnels qui nécessitent une trame et une stratégie paysagères leur redonnant la place qu’ils méritent. Pour ce faire, il est indispensable de mettre en place de nouveaux espaces verts à l’intérieur de la ville de Kénitra et de protéger les bois de telle sorte à empêcher la réduction de la superficie en garantissant la qualité et la fonctionnalité écologique et environnementale et d’augmenter dans le milieu extra-urbain les rangées d’arbres même avec des espèces de fruitiers et/ou mettre en place de véritables ceinture tampon le long des axes principaux ou fluviaux en utilisant des essences arborescentes et arbustives adaptées aux caractéristiques locales.

  1. Mesures de protection et de mise en valeur des espaces verts

Les préoccupations d’ordre environnemental, et en particulier, le souci de préservation des espaces verts ont toujours été présents dans la législation marocaine. Les lois, mêmes anciennes, contiennent de nombreuses dispositions qui visent la conservation du milieu naturel. Il s’agit de la législation sur l’urbanisme qui se traduit dans :

Plan vert (PV)

L’Agence Urbaine Kénitra-Sidi Kacem a lancé un plan vert dont l’objectif est la mise en place d’un instrument référentiel pour la protection, la réhabilitation, la requalification des espaces existants et la programmation de nouveaux. L’objectif de ce plan est d’associer le végétal au développement du cadre urbain. En effet, le  plan vert devra répondre selon les directives de l’Agence Urbaine à la nécessité d’intégrer les dynamiques en cours et de doter la ville de Kénitra d’un instrument de gestion du territoire capable d’interpréter ses potentialités, ses valeurs environnementales et son écrin naturel, d’indiquer les projets d’aménagement, de valorisation paysagère tout en répondant à une logique de cohérence territoriale.

Plan d’Aménagement (PA)

Le Plan d’Aménagement constitue le premier document d’urbanisme prévu par la législation marocaine dans le domaine de planification urbaine au sein de la première règle écrite lancée le 16 mars 1914 dont la finalité est de maîtriser l’urbanisation anarchique des territoires, d’encadrer la planification de ces derniers et de préserver l’environnement.

Quant à la ville de Kénitra, le premier plan d’aménagement avait vu le jour en 2004. Il vise, en autres, à déterminer les limites des espaces verts publics (boisements, parcs, jardins),  et les zones naturelles telles que zones vertes publiques ou privées à protéger ou à mettre en valeur pour des motifs d’ordre esthétique et historique, et éventuellement les règles qui leur sont applicables.

Toutefois, les problèmes que posent les Plans d’Aménagement résident dans l’absence d’un cadre contraignant pour la protection de l’environnement ainsi que la priorisation du diagnostic de la situation au détriment des solutions et des suggestions.

Schéma Directeur d’Aménagement Urbain (SDAU)

Le Schéma Directeur d’Aménagement urbain (SDAU) planifie, pour une durée ne pouvant excéder 25 ans, l’organisation générale du développement urbain du territoire auquel il s’applique. Il coordonne les actions d’aménagement entreprises par tous les intervenants, notamment par l’Etat, les collectivités locales, les établissements publics et les organismes bénéficiant du concours ou de la participation financière de ces personnes morales de droit public (article 3 de la loi n°12-99 relative à l’urbanisme).

De surcroît, le SDAU vise également l’instauration d’un développement durable qui prend en considération la composante écologique. C’est dans cette optique que l’article 4 de la même loi a identifié les objectifs de ce document en matière des espaces verts, à savoir :

  • Fixer la destination générale des sols en déterminant la localisation des zones forestières, des sites naturels, historiques ou archéologiques à protéger et/ou à mettre en valeur, des principaux espaces verts à créer, à protéger et/ou à mettre en valeur ;
  • Déterminer les zones nouvelles d’urbanisation et les dates à compter desquelles elles pourront être ouvertes à l’urbanisation en préservant notamment les zones forestières dont les limites sont fixées par voie réglementaire.

  • Plan de Zonage (PZ)

Le Plan de zonage est un document d’urbanisme réglementaire destiné à préserver les orientations du Schéma Directeur d’Aménagement Urbain et mesure conservatoire nécessaire à la préparation du plan d’aménagement (article 13 de la loi n°12-90 relative à l’urbanisme). Aux termes du même article, le plan de zonage a pour objectif de :

  • Localiser les emplacements réservés aux équipements principaux et sociaux tels que espaces verts, voies principales, dispensaires et écoles;
  • Définir l’affectation des différentes zones suivant l’usage principal qui doit en être fait telles que zone d’habitat, zone industrielle, zone commerciale, zone touristique, zone agricole et zone forestière;
  • Délimiter les zones dans lesquelles toute construction est interdite.

Plan d’action communal (PAC)

La commune de Kénitra a élaboré un Plan d’Action conformément aux dispositions de la loi organique n°113-14 relative aux communes notamment l’article 78 qui stipule que chaque commune territoriale est appelée à mettre en place, sous la supervision du président de son conseil, un plan d’action communal (PAC) tout en respectant les principes de développement durable.

Cependant, les mesures d’ordre environnemental menées dans le cadre de ce plan restent globalement timides. En effet, l’analyse du graphique n°5 montre clairement le faible intérêt accordé aux actions visant à améliorer le domaine de l’environnement dans la mesure où elles ne représentent que 8,74% de l’ensemble de mesures initiées par la commune de Kénitra dans le cadre de son Plan d’Action Communal.

  Source : Plan d’action  communal de Kénitra (2017/2022)

     Figure n°5 : Pourcentage de projets de développement selon les axes du PAC

En ce qui concerne les espaces verts, la commune de Kénitra a procédé, durant la période (2014-2020), à l’implantation de 13 000 arbres ainsi que la création de plus de 34 ha d’espaces verts, avec un coût financier de l’ordre de 7.157.480,37 Dh. De surcroît, la commune a mobilisé environ 5.563.980,00 Dh pour l’entretien et l’aménagement des espaces verts. En général, le tableau n°5 récapitule les projets à vocation environnementale initiés dans le cadre du plan d’action communal.

Projets Coût financier
Protection contre les inondations au niveau des quartiers Bab Fès et Fouarat 30 millions dirhams
Création d’un centre de valorisation de déchets 120 millions dirhams
Reboisement 5 millions dirhams
Aménagement du parc récréatif de Saknia 10 millions dirhams
Conservation et valorisation des espaces forestiers, Aménagement récréatif et paysager des forêts 5 millions dirhams
Aménagement d’un parc aux alentours de Merja de Fouarat 40 millions dirhams
Assainissement 180 millions dirhams
Aménagement et entretien des espaces verts 15 millions dirhams
Création d’équipements sanitaires publics 1 million dirham

Source : Plan d’action communal  de Kénitra (2017/2022)

Tableau n°5 : Coût des projets à caractère environnemental initiés par la commune de Kénitra dans le  cadre du PAC

Conclusion

La ville de Kénitra dispose d’atouts naturels exceptionnels et possède le plus grand nombre d’arbres plantés. Cependant, elle s’est confrontée aujourd’hui à de nombreux problèmes relatifs à ses espaces verts et qui tiennent à plusieurs facteurs notamment l’accroissement urbain et le phénomène de la construction en hauteur.

En effet, le diagnostic établi pour les espaces verts intra urbains montre à quel point la dimension environnementale est précaire et nécessite une adaptation des aménagements aux ressources disponibles pour remédier aux déséquilibres environnementaux. Le périmètre urbain pâtit d’un manque flagrant d’espaces verts puisque le ratio calculé réel accessible au public est de 1,43m²/habitant.

 Dans le même ordre d’idées, bien que le taux de réalisation du plan d’aménagement ne soit pas en deçà de ceux des autres villes marocaines, la ville de Kénitra souffre d’une carence évidente en matière d’espaces verts. Cette carence n’est pas uniquement le fruit de manque d’espaces verts intra urbains, mais est également la conséquence d’une vision de la ville cotonnée dans ses limites physiques bâties. Or, la diversité des valeurs naturelles et culturelles des paysages identifiés constitue une ressource et un patrimoine, ce qui impose de prendre en charge l’ensemble les moyens à même de garantir, de façon concertée, la protection, la valorisation et l’intégration de ces valeurs dans la trame verte de la ville.

Pa ailleurs, la gestion des espaces verts ne constitue nullement une priorité pour le conseil communal. Ceci apparaît à travers la modicité des moyens qui lui sont affectés, tant humains, matériels que financiers qui sont sans commune mesure avec les charges qui pèsent sur leurs services. Ces responsabilités sont multiples et concernent aussi bien la plantation, les aménagements et réaménagements que l’entretien, le nettoiement ou le gardiennage. Les moyens humains, tout d’abord sont insignifiants à la fois pour l’entretien de ces espaces et pour lutter contre les risques d’insécurité liés à l’activité du gardiennage.

Pour ce faire, le champ d’application de l’action des pouvoirs publics en matière de planification et de réalisation des espaces verts devrait obligatoirement inclure la dimension paysagère pour s’inscrire dans la durabilité et répondre à ses critères. C’est pourquoi, il s’avère très utile de procéder à l’intégration de l’ensemble des partialités identifiées caractérisant la ville de Kénitra et son environnement. Cette approche permettra de combler le déficit actuel en matière d’espaces verts tout en dotant la ville d’identité propre à même de lui conférer les outils nécessaires pour répondre aux critères de durabilité, de compétitivité et d’attractivité.  La principale préoccupation sera d’inscrire ces interventions dans des stratégies qui préservent les potentialités et particularités du territoire, pour que, aussi bien le citoyen local, le touriste nationale qu’international puisse jouir d’un environnement authentique que sain et qui soit en même temps socio-économiquement viable et porteur.

Références bibliographiques

-Conseil National de l’Environnement, 2011, Rapport sur l’opérationnalisation de la charte nationale de l’environnement et du développement durable. 7ème session, Rabat, Royaume du Maroc.

-Haut commissariat au plan, 2014, Recensement général de la population et de l’habitat de l’année 2014, CD-ROM, Rabat.

-Images satellites de Kénitra de Google Earth de 2005, 2013 et 2018

-Jbabra, R., 2012,  Evolution de l’occupation des sols dans la commune urbaine de Kenitra, Mémoire de fin d’étude. Master Gestion Environnementale des Territoires. Faculté des lettres et des sciences humaines, Kenitra.

-La loi organique  n°113-14 relative aux communes promulguée par  le dahir n° 1-15-85 du 7 juillet 2015 (Bulletin officiel n° 6440 du 18 février 2016, P 260).

-La loi  n° 12-90 relative à l’urbanisme promulguée par  le dahir n° 1.92.31 du 17 juin 1992 (Bulletin officiel n°4159 du 15 juillet 1992, p 313).

-Ouzemri, M., 2021, Gouvernance territoriale des enjeux environnementaux dans la ville de Kénitra, Thèse de doctorat, université Ibn Tofail, Kénitra, pp 154-156.

-Ouzemri, M., 2019, Littoral de la province de Kénitra: Pressions environnementales et stratégie de développement durable. Revue Espace et Développement. Volume N°4, pp 69-88.

-Plan d’Action Communal, 2017/2022 de la ville territoriale de Kénitra, Royaume du Maroc.

-Plan vert de la ville de Kénitra, 2012, Etude du plan vert, Mission I. Analyse, Diagnostic et Evaluation du potentiel vert existant. Rapport définitif, Agence urbaine de Kénitra-Sidi Kacem, Royaume du Maroc.

Schéma directeur du grand Kénitra, 2012,  Plans d’Aménagements de Kénitra- Mehdia- chlihate-sidi Taibi-sidi Yahia-sidi Ayach (C.R. oulad slama-Oulad Bourahma (C.R. Ameur Seflia) Mograne (C.R. Mograne). Mission I. Phase 1 : Diagnostic et orientations (version corrigée). Ministère de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Royaume du Maroc.

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