Research studies

Immigration subsaharienne et espace: représentation et stratégies de production (Cas de la région de Beni Mellal-Khénifra)

Sub-Saharan immigration and space: representation and production strategies (Case of the Beni Mellal-Khénifra region)

 

Prepared by the researcher : ELARABI Brahim – Université Mohamed V, Rabat, Maroc

Democratic Arab Center

Journal index of exploratory studies : Fourth Issue – June 2022

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin.

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
ISSN 2701-9233
Journal index of exploratory studies

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Résumé

La représentation de la région de Beni Mellal-Khénifra, par les deux groupes des migrants subsahariens qui y sont visibles, participe au processus de la production de leurs espaces vécus et à la différenciation des stratégies de cette production. Les migrants mancheurs produisent ces espaces à partir de leur conception de la région comme une nouvelle étape imprévue dans leurs parcours migratoires en adoptant une stratégie basée sur la déambulation et la mobilité. Tandis que le groupe des migrants commerçants recourent à la stratégie de la stabilité ou l’immobilité engendrée par sa représentation des espaces de la région de Beni Mellal-Khénifra comme espaces d’installation pérenne et d’investissement. Cette recherche est une approche qualitative de l’immigration subsaharienne en relation avec l’espace basée sur une ethnographie multi-située. Le travail ethnographique de terrain est fondé sur une observation participante qui s’appuie sur la description dense et l’entretien semi-directif comme outils de collecte de données et la multiplication des sites d’observation.

Abstract

The representation of the Beni Mellal-Khenifra region, by the two groups of sub-Saharan migrants who are visible there, participates in the process of the production of their lived spaces and in the differentiation of the strategies of this production. Migrant handlers produce these spaces from their conception of the region as a new unforeseen stage in their migratory journeys by adopting a strategy based on wandering and mobility. While the group of migrant traders resorts to the strategy of stability or immobility engendered by its representation of spaces in the Beni Mellal-Khenifra region as spaces for permanent settlement and investment. This research is a qualitative approach to sub-Saharan immigration in relation to space based on a multi-sited ethnography. The ethnographic field work is based on participant observation which relies on dense description and semi-structured interviews as data collection tools and the multiplication of observation sites.

1– Introduction

L’immigration au Maroc devient de plus en plus le fait d’une importante mobilité surtout des pays subsahariens. En vingt et unième siècle, dans un contexte marqué par une migration transnationale éliminant toutes les sortes de frontières, motivée et intensifiée par la forte globalisation qui touche les différents pays du monde. Le Maroc ; pays connu jusqu’au début des années 2000 comme pays d’émigration ; se transforme petit à petit en un pays d’immigration. Il reçoit, chaque année, des flux des migrants subsahariens désirant atteindre la rive européenne par le biais des villes marocaines frontalières avec Ceuta et Melilla : deux portails marocains occupées par l’Espagne et ouvrant une voie vers l’Europe. Toutefois ; comme l’Europe a opté pour une stratégie de fermeture des frontières ; le séjour de ces migrants se prolonge au Maroc. Ainsi, une population importante de migrants y choisit l’installation et la vie puisqu’ils y trouvent une situation de vie plus favorable que celles de leurs pays d’origine ; tout en gardant toujours l’espoir de rejoindre l’Europe un jour.

Partout où nous circulons ; nous les croisons ; nous remarquons leur présence dans la vie quotidienne de la société marocaine. Ils sont dans des carrefours et des ronds-points en train de circuler entre les véhicules à la demande de la charité en pratiquant la mendicité. Ils fréquentent aussi des marchés quotidiens, des souks hebdomadaires et des festivals où ils pratiquent des petits commerces. À travers leurs séjours ou bien leurs passages, Ces derniers déploient des stratégies d’appropriation des espaces qu’ils fréquentent : ceux sur lesquels ils pratiquent leurs vies quotidiennes d’une manière collective ou individuelle. Cette appropriation est visible aussi dans la région de Beni Mellal-Khénifra instaurée en 2015 par le nouveau découpage territorial. Même si le nombre des migrants qui y vivent reste faible par rapport aux autres grandes villes du Maroc (Rabat, Casablanca, Tanger…). Le but essentiel de cette recherche est d’analyser et de comprendre les stratégies déployées par ces groupes de migrants subsahariens dans leurs processus d’appropriation de l’espace dans ladite région. Cette étude se base essentiellement sur l’observation et l’analyse de trois dimensions desdites stratégies : les choix, les pratiques et les interactions entre les subsahariens eux-mêmes et avec les autres groupes avec lesquels ils partagent leurs espaces de vie : les autochtones marocains et les réfugiées syriens. L’objectif de cette recherche est d’observer in situ ; sur un ensemble de sites ; ces dimensions puis de dégager les indices susceptibles de rendre compte de ce qu’elles révèlent des stratégies adoptées par ces migrants subsahariens dans leur processus d’appropriation de l’espace.

Dans cet article, je m’intéresse particulièrement au processus de production des espaces vécus par les migrants subsahariens à la région de Beni Mellal-Khénifra. Cet intérêt se focalise essentiellement sur les divergences et les ambivalences, qui accompagnent ce processus, observées chez les deux groupes de migrants subsahariens qui fréquentent et exploitent les espaces de ladite région : les mancheurs et les commerçants. Celle-ci se manifeste sous forme de représentations et de stratégies de production des espaces minoritaires de migration.

En premier lieu, j’exposerai le contexte de l’émergence de ce processus d’appropriation et la méthode et les outils exploités pour mener cette étude. Puis dans un deuxième lieu la divergence qui existe entre deux représentations ambivalentes de la même région : un groupe la conçoit tel qu’un espace de refoulement et de transit où son installation est temporaire et le deuxième la voit comme espace d’installation et d’investissement. En outre, je présenterai et j’analyserai les deux stratégies contradictoires auxquelles recourent les deux groupes pour assurer la production de ces espaces vécus : la mobilité/la déambulation et l’immobilité/la stabilité.

1.1- Contexte d’émergence du processus d’appropriation des espaces par les migrants:

À partir des années 1990, le Maroc faisait face à de nouvelles réalités migratoires. S’il était considéré comme pays d’émigration par excellence depuis le protectorat et après son indépendance (De Haas 2014), il s’est ensuite transformé en pays d’étape vers l’Europe et après il est devenu espace d’immigration plus visible et plus diversifié qui reçoit des étrangers européens, africains et arabes (Khrouz et Lanza 2015).  Les évènements de Ceuta et de Melilla en 2005 ont participé à mettre la lumière sur les migrants subsahariens considérée à l’époque comme transitant par le Maroc vers l’Europe. Cette migration occupait depuis une grande place dans les discours publics, médiatiques, politiques et scientifiques au royaume chérifien. C’est à partir de cette date que les conditions de vie de ces migrants et leur traitement ont été signalés et dénoncés. Cela a rendu cette catégorie de migrants plus visible et a fait d’eux un point de préoccupation pour des organisations de la société civile et pour les institutions nationales et supranationales (Khrouz et Lanza 2015).

La présence de ces migrants au Maroc est due d’abord à sa position géographique comme port de l’Europe près de plusieurs enclaves espagnoles (Ceuta, Melilla et les iles Canaries) et le détroit de Gibraltar ; ensuite à sa politique externe avec l’Union européen et les pays africains. En effet, les autorités marocaines ont développé une stratégie politique faite de fragiles compromis avec l’Union européen et l’Espagne (L Martinez 2009). Ces conventions et ces accords ont mis le Maroc sous une double pression exercée par l’UE d’une part et l’Espagne d’autre part. Le premier lui impose le renforcement du contrôle de ses frontières ; et le deuxième exige la responsabilité d’accepter la réadmission des citoyens marocains et des citoyens des pays tiers entrés illégalement sur le territoire espagnol selon l’accord signé en 1992. Le royaume est devenu ainsi, pour ses voisins du nord, le « gendarme » ou « le gardien de but » (Khrouz et Lanza 2015) qui participent avec les autres pays du Maghreb à la surveillance des frontières extérieures européennes à travers la régulation et le contrôle des flux migratoires des africains.

Dans ce même cadre, le Maroc se présente comme « le grand frère » pour manifester son « africanité » à l’égard des pays africains surtout les francophones. Depuis 2000 le royaume chérifien a revalorisé ses relations politiques, diplomatiques, commerciales et sécuritaires avec les pays de l’Ouest africain francophone. L’instauration de différents programmes a permis un resserrement des liens entre ces États et le Maroc dans le cadre de la coopération bilatérale et internationale, visant notamment les étudiants, les entrepreneurs ou les religieux. Ce choix diplomatique venait pour consolider la position géostratégique du Maroc face à ses concurrents régionaux surtout l’Algérie en renforçant la politique africaine, à la fin 2014, par la signature de nombreux accords bilatéraux entre le Maroc et des États d’Afrique de l’Ouest (Zeino-Mahmalat 2015). Ces coopérations jouaient donc un rôle essentiel dans l’intensification des mobilités déjà marquées entre le Maroc et ces pays.

Ce double rôle de « gendarme de frontière » pour les européens ; et de « grand frère » envers les africains impose au Maroc l’accueil des catégories différentes de migrants originaire de pays subsahariens sur son territoire (Alioua 2005) (Berriane et Aderghal 2009). Il reçoit des demandeurs d’asile, des étudiants et des pèlerins (Berriane 2012), ou encore des migrants travailleurs et des étudiants (Berriane 2007). Toutefois l’attitude du Maroc à l’égard de ces migrants subsahariens supposés transiter par son territoire pour rejoindre l’Europe, se dessinent assez vite les limites et défis de ce rôle du Maroc en tant que trait d’union entre l’Europe et l’Afrique (Zeino-Mahmalat 2015). Si pour certains migrants subsahariens le Maroc est effectivement perçu comme un pays de transit dans leur voyage vers l’Europe, pour d’autres il est aussi et surtout un pays d’installation depuis les années 2000 (De Haas 2013).

Cette migration dite de « transit » concerne les migrants subsahariens qui essaient de rejoindre l’Europe en empruntant les différentes voies possibles offertes au Maroc : par des bateaux ou par les villes du nord Ceuta et Melilla. Toutefois, la crise économique mondiale en 2008 et les mesures restrictives de l’Union européen ont diminué les chances des passages irréguliers de ces migrants vers le territoire européen (De Haas 2013). C’est ainsi qu’un nombre croissant de ces migrants échouant préfère rester au Maroc comme option alternative au retour à leur pays d’origine plus instable et plus pauvre pour tenter leur chance dans un pays méditerranéen en attendant de rejoindre les rives européennes (Alioua 2015). Pour ces migrants vivre au Maroc dans l’attente de la réalisation de leur rêve prend une longue période, « ce qui vide de son sens la notion de transit » et « celle d’immigration reste insatisfaisante pour rendre compte de ce qui se passe dans cette région » (Alioua 2015, p.15). Dans ce contexte, la population migrante essaie de reconfigurer les formes, les temps et les espaces de sa migration en cherchant d’autres alternatives à leur objectif principal. Les migrants se retrouve ainsi dans l’obligation de chercher voire même d’inventer de nouvelles façons et techniques de contourner er de dépasser les contraintes imposées par les états-nations. Alioua (2015) postule que « Ces populations espèrent subvenir à leurs besoins en utilisant la circulation et la dispersion dans l’espace, et tentent leur chance dans les pays d’Afrique méditerranéenne qui offrent parfois quelques opportunités économiques ou, comme le Maroc, permet aux réfugiés d’avoir un statut » (Alioua 2015, p18). Dans ce contexte, « il est probable que plusieurs dizaines de milliers de migrants se soient installés de façon quasi-permanente dans des villes comme Tanger, Casablanca, Fès, Rabat et Marrakech où ils trouvent de l’emploi informel dans le secteur des services du travail domestique, du petit commerce ou du bâtiment. D’autres, comme certains sénégalais, essaient de gagner leur pain avec le commerce ambulant » (De Haas 2013, p.79).

Dans ce contexte, deux groupes de migrants subsahariens sont visibles sur les espaces publics de la région de Beni Mellal-Khénifra. Le premier est le groupe des commerçants ambulants qui s’installent dans les marchés, les souks hebdomadaires et devant les mosquées. Le deuxième est celui des mendiants qui s’installent dans les ronds-points, les carrefours et près des panneaux de signalisation. Cette installation est devenue quotidienne et la visibilité et l’ancrage de ces migrants s’intensifient à travers la fréquentation, l’usage, le contournement, le marquage et l’exploitation de ces espaces. Ces migrants, dont le séjour se prolonge à la région voire au Maroc, doivent se débrouiller pour survivre (Alioua 2013) (Gonzalez 2007).

1.2- Immigration subsaharienne et espace: esquisse d’un cadre d’analyse

   C’est au début des années quatre-vingt-dix qu’un nouveau courant émerge dans le champ des études sur la migration : le transnationalisme. Ce sont trois anthropologues américaines Nina Glick Schiller, Linda Basch et Cristina Blanc- Szanton qui ont introduit le concept en 1992 avec la publication de leur ouvrage « Toward a Transnational Perspective on Migration ». Les études de ces anthropologues ont permis de critiquer « le nationalisme méthodologique » qui dominait les études et les analyses des sciences sociales jusqu’à cette époque. Elles ont aussi instauré une nouvelle conception de l’analyse des phénomènes migratoires basée sur l’étude des réseaux et des liens inspirés par l’analyse des réseaux et des théories du capital social (Portes, 2010). Cette conception se présente comme une alternative aux approches macrosociologiques et systémiques (Arango, 2004) et à l’emploi de la théorie du choix rationnel pour expliquer la migration et les phénomènes qu’elle engendre. Elle postule une agentivité collective prise au niveau familial ou communautaire.

Cependant cette nouvelle conception marginalise l’espace dans ses études qui ne le considèrent que dans sa dimension « substratique ». Elle conçoit l’espace comme une simple surface sur laquelle se dessinent les actions et les interactions des individus : l’espace n’est qu’un support de l’action. Cette vision réductionniste est essentiellement constatée à partir de « l’absence de réflexions spécifiques sur l’espace dans ce champ thématique émergent » (Bastide, 2015). Dans ce même cadre Bastide a également constaté l’absence d’un chapitre consacré à la question spatiale dans l’ouvrage de Steven Verlovec consacré au champ des « transnational studies » publié en 2009. La question spatiale est aussi absente chez Faist où l’espace est absorbé par la théorie des liens sociaux et des réseaux (Faist, 2010) ; et elle est problématisée dans les termes de la « compression de l’espace-temps » chez Harvez (1990) dans une conception géographique.

En anthropologie, des recherches se sont intéressées à l’espace dans sa relation avec le transnationalisme. Dans l’ouvrage collectif dirigé par Mark-antony Falzon en 2009, des anthropologues comme Arjun Appadurai, Ulf Hannerz, George Marcus et James Ferguson ont développé des études qui s’intéressent à la question de la spatialité. En effet, le transnationalisme a émergé en anthropologie à partir de trois questions essentielles : d’abord, quand l’anthropologie a entrepris de désenclaver ses terrains pour suivre leurs ramifications translocales. Ensuite, à partir de la question du transnationalisme à proprement parler et finalement en se confrontant à de nouveaux terrains surtout dans le contexte urbain (Hanerz, 1980). En essayant de se détacher de l’état-nation, les études transnationales préoccupées de chercher des nouvelles unités d’analyses à des échelles renouvelées en étroite relation avec la question migratoire ont poussé les chercheurs à s’intéresser à la réflexion sur l’aspect multi-situé des phénomènes sociaux et culturels. Cet intérêt a mené certains anthropologues à produire des réflexions centrées sur l’espace (Hannerz 1996, Gupta et Fergusson 1997, Amit 2000, Falzon 2009).

En France, les rapports à l’espace et à la mobilité ont par exemple été repensés par Alain Tarrius à partir de la notion de « territoires circulatoires », faits de centralités multiples, et de la figure de « l’acteur migrant », créateur et reproducteur de liens sociaux au sein des diasporas. La notion de « territoire circulatoire » est le résultat de production de mémoires collectives et de pratiques d’échanges sans cesse plus amples (Tarrius, 1993). Cet intérêt porté à la question de la spatialité est aussi en étroite relation avec l’implication des géographes dans l’étude des migrations transnationales en analysant les espaces sociaux sous forme de « champs migratoires en tension » (Simon, 2008).  Une désignation qui s’inspire des travaux de la démographie où le concept de « champ migratoire » a été développé afin de mesurer les flux des migrants. En 1970, l’un des célèbres démographes Corgeau s’est appuyé sur un nombre de variables pour comprendre la migration comme l’attraction et la répulsion d’un lieu.

Au Maroc la question spatiale en relation avec la migration transnationale reste toujours un champ d’investigation sous-étudié. Les études qui traitent directement la relation entre l’espace et la migration sont rares. La plupart de ces études se focalisent essentiellement sur les aspects sociaux, économiques, politiques et les conditions de vie alors que les espaces urbains sont considérés, dans une perspective réductionniste, comme des « lieux de transit ». En effet, Federica Infantino (2011) parle de l’émergence d’enclaves, ou de niches transnationales, discrètement intégrées dans la vie culturelle de Casablanca qu’elle désigne comme « lieux de l’Afrique ». Toutefois elle approche de manière marginale l’espace, en le désignant comme un des éléments de la dynamique des migrants. Dans une autre perspective, Johara Berriane (2007) parle d’« espaces de rencontres » que forment la rue, le quartier et l’université comme supports de perceptions et de rencontres des étudiants subsahariens avec les Marocains. Elle souligne aussi que les expériences d’exclusion dans la rue, dans le quartier ou à l’université poussent ces étudiant à renforcer leurs identités multiples « multi-layered identities » en tant qu’Africain, Noir, Musulman ou Chrétien, et les encouragent souvent à se retirer dans des communautés subsahariennes.

Jean-Louis Edogue Ntang et Michel Peraldi (2011) quant à eux qualifient les quartiers d’installation de migrants subsahariens de « lieux invisibles » où ils sont contraints à des mobilités intra-urbaines entre les espaces périphériques de Rabat. Tandis que la chercheuse Khadija Karibi (2015) constate que les ressortissants subsahariens tendent à élargir leur « visibilité » dans les espaces publics de Rabat prudemment. Alors que dans les années 1990, la résidence et le choix des quartiers d’installation par ces ressortissants ont été dirigées par l’existence des réseaux sociaux et par la discrétion, ce qui les poussait à s’infiltrer dans des quartiers précaires et stigmatisés comme douar hajja et bouitat. La chercheuse a remarqué qu’au présent les subsahariens s’élargissent progressivement vers des quartiers moins précaires, tout en restant dans le cadre des quartiers populaires. De même que l’accès aux quartiers aisés est limité à une minorité de ressortissants subsahariens : travailleurs, étudiants et diplomates.

À la région de Beni-Mellal Khénifra, l’intérêt porté à la question spatiale dans les études migratoires reste toujours absent à part quelques études géographique et anthropologique qui évoquent l’espace dans sa dimension « substratique ». En effet, à travers une étude géographique employant le concept de « filière migratoire » (Arab,2005) qui postule qu’une ville européenne polarise une commune du Maroc ; Chadia Arab fait une corrélation entre deux espaces : celui d’origine à Beni Ayat à la province d’Azilal et l’espace d’accueil à Angers en France. Dans cette même perspective, Noureddine Harrami et Mohamed Mahdi, en adoptant une approche anthropologique, évoque « l’effet entraineur » des Bni Mskine à la province de Fqih Ben Salah qui a permis de construire et de réactiver certaines filières migratoires vers l’Italie dans les années 1990.

Les différentes études citées au-dessus présentent des perspectives multiples dans la conception de la question spatiale dans son rapport avec la migration en général et la migration subsaharienne en particulier. Cependant l’aspect commun de ces études reste sans doute la conception « substratique » de l’espace comme une simple surface où se passent les actions des migrants. Cette conception réductionniste peut être enrichie et développée en cherchant d’autres perspectives de cette relation espace/migration. C’est dans cette ambition que l’espace va être traité comme condition, dimension et produit des pratiques des migrants subsahariens à la région de Beni Mellal Khénifra plutôt qu’un simple support de leurs actions. Cette vision parait essentielle dans la compréhension de la migration subsaharienne et de son ancrage spatial et social dans ladite région. Cette migration doit être étudiée, analysée et comprise comme expérience socio-spatiale ; c’est-à-dire comme mise en espace des pratiques et des expériences individuelles et collectifs. Il est nécessaire d’étudier cette relation espace/migration comme redéploiement spatial des processus de sociation (Bastide, 2015).

2- Méthode et outils: l’ethnographie multi-située comme stratégie de recherche

Cette étude est une approche qualitative de l’immigration subsaharienne en relation avec l’espace basée sur une ethnographie multi-située. En effet, Les particularités et les contraintes de mon terrain de recherche exigent le recours à cette ethnographie. La population que j’envisage étudier ne se concentre pas dans un seul site avec une grande importance numérique, mais elle est dispersée dans toutes les villes de la région. Cette dispersion ne laisse pas apparaître un phénomène d’une grande concentration spatiale dans un seul endroit à l’échelle d’une ville ou d’une région spécifique dans une ville. Cette situation donne lieu à une population dispersée dans les différentes villes de la région de l’étude ; de même que dans chaque ville, cette population est éparpillée sur un ensemble de sites où chaque groupe de migrants s’installe. Cette ethnographie multi située qui se présente comme « des stratégies de suivre littéralement des connexions, des associations et des relations putatives »[1] (Marcus, 1995, p97) est employée dans cette étude dans la seule région de Beni Mellal-Khénifra en intégrant l’aspect de la multiplicité à travers la multiplication des sites enquêtés. Les enquêtes de terrain sont effectuées dans les villes de la région les plus fréquentées par les migrants subsahariens : Beni Mellal, Khouribga et Fqih Ben Salah.

La recherche ethnographique de terrain s’est basée donc sur une observation participante (Malinowski, 1922) en adoptant une posture d’appartenance périphérique (Adler et Adler, 1987). Celle-ci est dictée par les particularités de mon terrain d’étude et les caractéristiques de la population des migrants subsahariens. En effet, je n’ai pas pu participer aux activités observées du moment que ni mon origine, ni mon apparence physique, ni mon accent de parler ne me permettaient cette participation. En plus ma participation aurait pu gêner les migrants et les autres acteurs ce qui influencerait les résultats de mes observations.  J’ai essayé donc de suivre les migrants et « leur production culturelle où qu’ils aillent » (Hylland, 2003, p5) sans participer ni activement, ni complètement à leurs activités.

Sur ces sites, mon étude a pris en considération essentiellement les situations d’interaction de ces migrants puisque ce sont elles qui m’ont révélé les manifestations des trois dimensions des stratégies. Cet objectif n’aurait pu être réalisé qu’à travers le recours à une observation in situ qui m’a permis d’aborder mes observations sur le « milieu naturel » de ces migrants. En effet, j’ai dû observer la vie quotidienne de ces migrants dans leurs espaces de vie en essayant de noter ce que je regardais et ce que j’écoutais dans chaque situation. De même, je suis entré en discussion avec ses migrants dans un cadre formel et informel afin de demander des informations qui me paraissaient nécessaires à la compréhension des situations et à l’éclaircissement de mon objet de recherche. La réalisation de cette tâche exigeait le recours à la description pour étudier et analyser ces situations. Je n’ai pas recouru à la description en s’intéressant seulement aux faits, mais j’ai employé une description dense « A thick description » (Ryle, 1971) qui permet une présentation des détails des situations, en évoquant le contexte, les émotions et les réseaux de relations sociales qui unissent les migrants subsahariens entre eux et avec les autres acteurs. J’ai focalisé aussi sur l’émotivité et les sentiments de soi, à l’expérience de ces migrants sur leurs espaces de vie et la signification de ces expériences. Et les séquences des événements telles qu’elles sont produites quotidiennement. Je me suis intéressé, dans cette description dense, aux voix, aux sentiments, aux actions des migrants subsahariens en interaction (Denzin, 1983).

En outre, j’ai réalisé un ensemble d’entretien semi-directif avec ces migrants subsahariens en vue de dégager les raisons sur lesquelles ces migrants se basaient pour choisir les espaces à fréquenter, les groupes à intégrer, les activités à pratiquer et les relations à tisser et à maintenir. Ces entretiens m’ont permis de relever les types de relations qui existent entre ces migrants ; les relations de pouvoir ; les négociations des conflits ; leurs relations avec les autorités locales et les citoyens marocains. Pour le choix de mon échantillon et la sélection des migrants interviewés j’ai procédé à un échantillonnage par « boule de neige ». L’usage d’une telle technique est dû à la spécificité de mes enquêtés et de mon terrain de recherche. En réalité nous ne disposons pas d’une donnée officielle du nombre exact des migrants subsahariens à la région ; de même que ces derniers se montrent prudents dans leurs relations avec les Marocains à cause de leur situation et de la crainte d’être refoulé. Pour ces raisons j’ai demandé à mes informateurs de m’aider et de me diriger vers d’autres migrants de leurs connaissances ayant les mêmes caractéristiques surtout le fait d’être installé à la région pour une durée longue durée.

3- Conclusions et discussions

L’appréhension et la compréhension des faits de production et d’appropriation de l’espace à la région de Beni Mellal-Khénifra par les migrants subsahariens nécessitent d’abord l’assimilation des relations que les migrants subsahariens établissent avec ce même espace. En effet, chaque individu résidant dans un espace, doit tout d’abord, ressentir cet espace, l’appréhender et le transformer physiquement et mentalement, lui donner un sens ; voire le représenter. Dans ce cadre Frémont distingue deux modalités de représentation de l’espace : « nous appelons espace de vie (on pourrait aussi bien dire territoire), l’ensemble des lieux fréquentés habituellement par un individu ou par un groupe, et, espace vécu ; cet ensemble de fréquentations localisées, ainsi que les représentations qui en sont faites, les valeurs psychologiques qui y sont attachées. » (Frémont et al,1984, p172). C’est à la deuxième modalité que je m’intéresse puisque la première nous enclave dans un aspect réductionniste de la conception de l’espace : appréhender l’espace d’une vision utilitariste. Une conception que j’espère éviter dans mon approche en s’intéressant à l’espace vécu ; c’est-à-dire dépasser l’étape de la saisie vers celle de la connaissance de l’espace dans le processus de la construction/reconstruction de la représentation (Belarbi, 2004).

         La représentation comme une forme naïve de savoir destinée à organiser les conduites et à orienter la communication (Moscovici,1961), est un ensemble organisé et hiérarchisé des jugements, des attitudes et des informations qu’un groupe social donné élabore à propos d’un objet. Cette représentation de l’espace de la région de Beni Mellal-Khénifra contribue donc à l’articulation des attitudes des migrants subsahariens à propos des espaces vécus de la région.  C’est cette réalité, cette « connaissance sociale », selon Denise Jodelet (2003), que les migrants subsahariens ont conçue à propos de leurs espaces vécus et qui dépend de leur statut en tant que mendiant ou commerçant, que je discute et j’analyse, de même que ses raisons et les attitudes qu’elle structure et construit chez les deux groupes des migrants subsahariens migrants subsahariens.

  • L’ambivalence de la représentation des espaces vécus de la région :

Vouloir rester ou quitter la région de Beni Mellal-Khénifra et investir ses opportunités dépendent de la façon dont les migrants représentent la région et ses espaces. Le premier groupe la considère seulement comme une nouvelle étape dans son parcours migratoire ; une étape où il doit réactualiser son parcours migratoire pour s’informer et pour économiser pour pouvoir continuer et réaliser son objectif essentiel : la rive européenne. Alors que le deuxième groupe la conçoit comme l’étape finale de son parcours migratoire, il pense à profiter des opportunités économiques qu’elle offre dans le domaine du commerce en vue d’améliorer son niveau de vie et celui de ses proches et de sa famille. Deux conceptions contradictoires du même espace qui influencent la production et l’appropriation des espaces vécus par chaque groupe.

3-1-1 Beni Mellal-Khénifra : espaces de refoulement, de transit et de passage pour les mancheurs :

 «…. Je suis venu ici en refoulement…..j’étais aux frontières et j’y retournerai, je ne vais pas rester à Beni Mellal…. »

D’un ton déterminé et certain me parlais Mamado un jeune malien de 21 ans que j’ai rencontré sur le rond-point « Elzohour » (les fleurs) à Beni-Mellal en train de quémander comme il préfère dire. Pour ce jeune migrant la ville de Beni-Mellal ne figurait pas dans ces choix migratoires lorsqu’il a quitté son pays, il se dirigeait essentiellement vers les villes marocaines frontalières pour essayer la Traversée vers le territoire européen. Pour Mamado et la plupart des migrants subsahariens qui pratiquent la mendicité dans les différents sites que j’ai observé, les espaces vécus sont découvertes, parcourues et représentées comme espace de « refoulement, de passage, et de transit » comme l’a bien exprimée Kaita un migrant camerounais « Généralement c’est une ville comme les autres, nous sommes arrivés ici en refoulement, ils nous ont pris dans les frontières, ……le refoulement…., il nous prend dans les frontières et nous rend à Beni Mellal ».

Ces migrants déclarent que leurs passages aux villes et aux villages de la région de Beni Mellal-Khénifra étaient forcés et qu’ils n’étaient ni des choix, ni des opportunités. C’est un passage qui relève presque de la même expérience : le refoulement et l’éloignement des villes frontalières vers les villes internes. En essayant de franchir les frontières marocaines vers Ceuta ou Melilla, ces migrants subsahariens se sont arrêtés par les forces d’ordre marocaines et se sont faits refoulés vers les villes internes du Maroc par le biais des moyens de transports surtout les cars pour se retrouver aux gares routières des villes de la région. C’est à ce moment qu’un projet de retour vers les zones frontalières commence à s’établir. Leurs espaces vécus dans la région de Beni Mellal-Khénifra ne sont donc qu’une nouvelle étape dans leurs projets migratoires personnels, une étape d’épargne pour le retour aux frontières et la réalisation de la Traversée.

Cette représentation de ces espaces est apparente dans trois dimensions : l’aspect vestimentaire, les paroles et l’habitat. À partir de ma fréquentation quotidienne aux sites observés, j’ai constaté que ces migrants sont toujours habillés de la même façon. Ils se vêtissent quotidiennement des mêmes habits, sales et mal soignés, des sandales de plastique ou de vieilles chaussures usées et percées.  En plus, ils portent toujours un cartable ou un sac à dos, avec une seule couverture et parfois un sac de couchage. Une image d’un migrant aventurier à la recherche de sa quête qu’ils véhiculent dans leurs discussions et qui régit leurs relations avec les espaces vécus. L’aventurier est toujours en mobilité et en déambulation à la recherche de la réalisation de son objectif essentiel.

Leurs habitats est une traduction aussi de cette mobilité pérenne à la recherche des frontières. «…. Non on n’a pas de logement, on vivait sous un immeuble en bas là à la sortie près de Marjane on couche dans la rue, nous sommes en groupe….» (Mamado). Ce sont donc des espaces en plein air sous des immeubles, dans la rue, sur des bancs, dans les gars ou même dans un camp temporaire construit à la ville de Beni Mellal pendant presque une année et demie avant d’être démanteler par les autorités à cause des plaintes des citoyens qui habitent à son voisinage (carnet de terrain,2019). Des espaces parfois aménagés et considérés comme des foyers : ils sont organisés, nettoyés et soignés pour créer une atmosphère où le migrant peut pratiquer sa vie privée et trouve son intimité. Toutefois, ils demeurent des espaces faciles à quitter et à changer pour trouver d’autres à chaque fois que les circonstances sont défavorables, «…..on dort tous sur le même endroit, on a un endroit-là à l’air libre quelque part  là-bas où on dort on a pas de problèmes…. » (Kaita). En général, la rue est l’espace habité par ces migrants comme l’a déclaré Touré un jeune camerounais rencontré au grand rond-point qui se situe à l’intersection des boulevards Mohamed V et Hassan II à la ville de Beni-Mellal «….parce que actuellement, là nous sommes sur la rue on se couche sur la rue… ».

L’observation des différents sites et les discussions amicales ou dans le cadre de l’entretient semi-directif m’ont permis de constater que les migrants subsahariens mancheurs, qui se représentent en tant qu’aventuriers, conçoivent la région de Beni Mellal-Khénifra et ses différents espaces comme espace de refoulement, de transit et de passage. Ils n’ont pas l’intention d’y rester pour longue durée ou de s’y installer. Une représentation qui nourrit, contrôle et gère leurs attitudes et leurs actions du moment qu’ils sont toujours prêts à quitter ces espaces. Mais tout d’abord ils doivent les investir avant de partir, les investir en pratiquant la mendicité pour épargner une somme d’argent et en cherchant plus d’information sur la Traversée auprès des autres migrants subsahariens et des citoyens marocains qui sont des migrants potentiels surtout que la région est réputée d’être une région de migration clandestine et de passeurs. Ce passage présente dons une opportunité devant ces migrants pour reconstruire leurs projets migratoires, repenser et reprogrammer l’étape suivante à travers les informations récoltées et les sommes d’argent épargnées. C’est ainsi qu’un nombre de migrants réactualisent leurs projets et choisissent la migration clandestine à l’aide des passeurs marocains et des « pateras » au lieu de retourner aux villes frontalières pour essayer la Traversée.

  • Beni Mellal-Khénifra : espaces d’installation et d’investissement pour les migrants commerçants

«….j’ai quitté mon pays et je suis venu ici ma femme et moi, je suis venu pour m’installer ici et faire du commerce….. »

Avec ces mots et d’un accent aigu m’a expliqué Mustapha la raison de son installation à la ville de Beni Mellal. Mustapha est un migrant sénégalais à la quarantaine installé avec sa femme et quelques membres de sa grande famille à la ville de Beni Mellal où ils pratiquent tous le commerce. Il a migré seul au Maroc pour s’installer à Casablanca ou à Rabat mais les conditions d’installation dans ces deux grandes villes n’étaient pas en sa faveur. Il s’est déplacé d’une ville à l’autre parcourant le Maroc du nord au sud jusqu’à ce qu’il soit arrivé à Beni Mellal où il a commencé à déposer son petit carrosse ambulant au boulevard « Marrakech » près de la place « la Marche Verte » et de la place « la liberté ». Un endroit qui abrite le marché quotidien de la ville où sont installés des marchands ambulants au milieu de la rue entre des boutiques du prêt à porter, des épiceries, des boulangeries et des crèmeries. En outre, il se déplaçait aux villes et aux villages situés près de la ville de Beni Mellal pendant les jours des marchés hebdomadaires « les souks » et durant les jours de la célébration des festivals surtout les « Moussems ».

Après cette installation, il a convié sa femme à le rejoindre, celle-ci est arrivée avec sa sœur. Chacune d’elle a pris une place dans le marché où elle a installé son carrosse sous la protection de Mustapha qui a fait des relations avec les autres marchands ambulants, les propriétaires des garages devant lesquels sont installés et les autorités d’ordre surtout la police auprès de laquelle il était le porte-parole de son groupe ; « l’ambassadeur de paix » tel qu’il préfère se nommer ; à chaque fois qu’un problème surgit.

Le groupe des marchands sénégalais au marché s’est encore élargi du moment que la sœur de la femme de Mustapha à convier à son tour son mari pour les rejoindre et lui a rempli un carrosse de marchandises après avoir pris et aménagé un endroit près des leurs. Mustapha a aussi fait du même avec un ami qui est arrivé à Beni Mellal avec sa femme. Les membres du groupe se sont donc installés dans la même rue et leurs carrosses sont déposés l’un en face de l’autre devant l’entrée des boutiques de part et de l’autre de la rue. En plus, ils ont même loué une seule maison dont ils ont partagé les chambres entre eux et dont ils ont réservé la cour du milieu au stockage des marchandises et à la réparation de leurs carrosses.

Contrairement aux pratiquants de la mendicité, même si les membres de ce dernier groupe se considèrent encore comme des aventuriers à la quête de la rive européenne toujours, les espaces de la région de Beni Mellal-Khénifra ne sont pas conçus en tant qu’espace de passage ou de transit. Ils sont considérés comme des espaces d’installation et d’investissement économique à longue durée. Une représentation que j’ai aperçu dans leurs aspects vestimentaires, dans leurs paroles et dans le choix de l’habitat.

 En fréquentant le Boulevard « Marrakech » quotidiennement, j’ai pu remarquer que les membres de ce groupe de sénégalais se vêtissent soigneusement. Les hommes et les femmes portent toujours des habits nettoyés et propres qu’ils soient modernes ou traditionnels relevant de leur culture sénégalaise. Quand ils me parlaient de leurs passages à Beni Mellal, ils évoquaient souvent leur volonté d’installation et d’obtention de la carte de séjour afin de pouvoir visiter leurs familles au Sénégal et de pouvoir leur verser de l’argent sans intermédiaire ; «….Nous voulons seulement avoir un permis de séjour, moi je veux louer une maison mais on me demande les papiers, je veux envoyer l’argent que j’ai gagné à ma famille là-bas en Sénégal…. » (Mustapha), «….vous les marocains vous êtes zéro, on ne nous respecte pas ici… on veux seulement avoir des papiers pour s’installer dans un appartement parce qu’on nous demande les papiers si on veut louer pour faire un contrat, et le contrat ça nécessite des papiers…. » (Imani, la sœur de la femme de Mustapha). L’installation et l’investissement dans le commerce à Beni Mellal sont donc les facteurs qui régissent la relation que ce groupe de migrants sénégalais construit avec les espaces vécus à ladite ville et à son entourage.

  • Les stratégies de production des espaces chez les migrants subsahariens
    • Déambuler pour produire son espace vécu 

« …On se déplace ce n’est pas toujours le rond-point qui est là, quand on vient au rond-point ça veut dire qu’on a marché un peu, on n’a pas eu assez pour qu’on puisse se nourrir…. Vous savez pour un homme quand même pour se nourrir par jour il faut un moyen de 20 dirhams ça fait deux sandwichs par jour, tu peux manger et tu dors, mais si tu n’as pas ça tu ne peux pas ! Tu vas vivre comment ? Donc si on se balade et qu’on arrive-là ça arrive à 20 dirhams, nous on rentre. » (Aboubakar, migrant camerounais)

La marche, la déambulation et le déplacement entre les différents endroits dans les villes de la région ont permis aux migrants subsahariens pratiquant la mendicité de produire leurs propres espaces : espaces de pratique de la mendicité, espaces de repli pour se rassembler et pour subvenir à leurs besoins et espaces-habitats pour se reposer et dormir. La découverte et la catégorisation voire la production de ces espaces n’aurait pas eu lieu sans cette mobilité quotidienne.

Le migrant subsaharien/le groupe de migrants pratiquant la mendicité passe toute sa journée à se déplacer à la recherche d’un endroit convenable à la pratique de cette activité ; un endroit qui répond à un ensemble de caractéristiques et de règles qui régissent sa fréquentation et son exploitation. Un déplacement continu tout au long de la journée depuis son réveil jusqu’à l’heure de son sommeil. Une fois le migrant/le groupe est réveillé, la déambulation quotidienne commence. Il faut chercher un espace convenable pour pratiquer la mendicité chaque jour : une recherche qui s’effectue à travers le déplacement. C’est en marchant que le migrant/le groupe de migrant observe et analyse la situation des différents endroits de la ville surtout les ronds-points et les carrefours sur lesquels il peut pratiquer cette activité en vue de choisir le plus convenable. Une fois le choix de l’endroit est effectué, le migrant/ le groupe de migrant ne se tient pas debout ou immobile dans un seul point mais il commence à la pratique d’une déambulation entre les queues des moyens de transport qui s’arrêtent au feu rouge pour quémander la charité en adoptant une stratégie de va et du vient tout au long de la queue. Lorsque la durée attribuée à chaque groupe est terminée, celui-ci cède sa place à un autre et se déplace vers d’autres endroits pour continuer la pratique de la mendicité si les conditions permettent ou choisit de se déplacer vers les lieux où il se nourrit pour prendre son repas du jour : des snacks, des crèmeries, des vendeurs ambulants sous des tentes ou des parasols. Après le repas, un autre déplacement commence : le retour aux lieux de la pratique de la mendicité ou le retour aux espaces-habitats pour se reposer le jour ou pour dormir la nuit (carnet de terrain, 2019).

La mobilité est ainsi la stratégie adoptée par les migrants mancheurs dans leur processus de production des espaces de vie qui leur permet la saisie des espaces de la région de Beni Mellal-Khénifra. En marchant, ils les découvrent minutieusement à travers le regard qui leur permet la pénétration aux espaces. Marcher est donc une stratégie pour collecter des informations sur la région et sur ces espaces et regarder est la première technique employée par le nouveau migrant refoulé à la région dans sa quête de collecte des informations. Dès qu’il est déposé à la gare, il commence à marcher et à observer ce nouvel espace à la recherche de repère et des renseignements : y’a-t-il d’autres migrants ? où s’installent-ils ? où puis-je m’installer ? comment puis-je subvenir à mes besoins dans cet endroit/cette ville ? Marcher et regarder sont donc les premières actions effectuées par le nouveau migrant dans le processus de la production de son espace de vie.

Ces actions permettent à ce dernier le passage à l’étape de la perception qui se manifeste à travers une catégorisation des espaces parcourus en marchant selon ses schèmes de pensés et ses cadres de références construits tout au long de son parcours migratoires. Une catégorisation qui constitue l’émergence d’une dimension de signification attribuée aux espaces découverts, une interrogation à propos de l’utilité de ces espaces commence à se développer. Celle-ci conduit à la prise de position envers ces espaces puisque les migrants mancheurs associent à chaque espace une fonction donnée : espaces d’investissement économique sur lesquels ils pratiquent la mendicité, espaces d’épanouissement et de subvention aux besoins de se nourrir, et finalement espaces-habitats réservés aux replis, au repos et au sommeil. C’est à travers cette mobilité quotidienne qu’on assiste à la création et la production d’un nouvel espace vécu par ces migrant. En outre, c’est grâce à cette déambulation et à cette mobilité des corps migrants effectuée quotidiennement et grâce à ces processus mentaux de représentation, de saisie, de perception, et de connaissance que les migrants subsahariens produisent à la région de Beni Mellal-Khénifra leurs propres espaces vécus.

  • L’installation du carrosse comme stratégie de production d’espace :

Dans son processus de production des espaces, le groupe des migrants commerçants quant à lui recourt à une autre stratégie tout à fait contradictoire : s’installer et planter les carrosses à « souiqa » au milieu du boulevard de « Marrakech ».  Pour ce groupe le fait de déambuler et de marcher ne peut pas participer à la création et à la production de leurs espaces vécus puisqu’il s’intéresse plus à l’installation pérenne dans ces espaces. La plantation quotidienne des carrosses dans les mêmes endroits est une stratégie de marquage des espaces. Un marquage quotidien qui facilite l’insertion du groupe dans l’espace du marché quotidien et à l’acceptation de la présence des membres de ce groupe avec leurs carrosses par les marchands et les clients.

Une installation qui s’est effectuée par étapes comme l’a bien exposée Mustapha (cité en dessus) lors de son entretien. Lorsqu’il est venu à Beni Mellal pendant l’année 2015 tout seul, il a commencé par déposer sa marchandise dans un petit coffret facile à porter et à déplacer qu’il déposait aux deux extrémités de la rue jusqu’à ce que les marchands se sont habitués à sa présence et jusqu’à ce qu’il ait établi des liens et des relations d’amitié avec eux. Ensuite, il a agrandi son petit coffret en le transformant en carrosse qu’il a placé devant l’entrée d’un magasin d’habit marocain traditionnel. Une installation qui était au début source de problèmes pour Mustapha avec le propriétaire du magasin et les autres marchands de la rue et qui s’est terminée plusieurs fois par l’intervention de la police ou des autorités locales surtout « lmqadam ». Ces derniers permettaient à Mustapha de garder sa place grâce aux cadeaux qu’ils recevaient et grâce à la situation politique du Sahara Marocain et aux discours royaux que Mustapha a su exploiter maintes fois pour se débrouiller face à ces problèmes. Une fois habitué à sa présence avec son carrosse empli de toutes sortes de marchandises et de produits venant du Sénégal et destinés à la population locale, Mustapha a fait venir sa femme et lui a cédé sa place pour remplir un autre carrosse qu’il a dressé en face du premier de l’autre côté de la rue. Et les autres conviés ont fait presque la même chose et ont suivi la même procédure pour s’introduire, s’installer et implanter leurs carrosses de part et d’autre du boulevard. Dans ce processus de production d’espace établi par ce groupe de sénégalais basé sur des liens familiaux et amicaux, chaque nouvel arrivant est reçu et assisté par un ancien jusqu’à ce qu’il apprenne les principes du commerce et de la négociation avec la population locale.

Être l’apprenti de Mustapha ou d’un membre de sa famille présente à « souiqa » au boulevard de « Marrakech » constitue une étape importante et essentielle dans le parcours des nouveaux arrivants pour s’initier à la pratique du commerce dans ce marché quotidien. Les nouveaux font tout d’abord connaissance des différents espaces, de la façon de se déplacer quotidiennement entre le marché et la maison louée. Ils prennent aussi connaissance des prix des produits, s’habituent à la pratique du marchandage et de la négociation avec les citoyens de la région. Deux actions dont l’accomplissement nécessite l’apprentissage et la familiarisation avec le dialecte arabe local. Cet apprentissage s’effectue auprès de Mustapha ou des autres migrants qui se sont installés après. Cette phase d’observation et d’apprentissage pour s’introduire dans cet univers de commerce est une étape préparatoire pour le nouveau migrant commerçant à l’implantation de son propre carrosse et à l’exposition de sa propre marchandise. Une phase qui nécessite son installation quotidienne au marché près des anciens migrants pour voir, entendre et noter leurs actions, leurs réactions et leurs interactions. La stabilité et l’immobilité près de Mustapha et des anciens migrants commerçants est une stratégie de production des espaces vécus par les membres de ce groupe puisque l’apprentissage du commerce et l’insertion dans l’univers du marché quotidien dépend essentiellement de la présence quotidienne du migrant et son installation pérenne.

 En résumé, si chez les migrants mancheurs on remarque une dialectique de mobilité qui relie marcher à voir/regarder, on assiste chez le groupe de commerçants sénégalais à une autre perspective dans la saisie et la conception de l’espace : une dialectique de la stabilité/immobilité qui associe demeurer à voir/regarder. La saisie, la perception et la connaissance des espaces, c’est-à-dire l’appréhension et la production des espaces de vie dans leur structure globale et dans leurs singularités chez les deux groupes de migrants subsahariens dépendent de deux stratégies contradictoires: la mobilité chez les mancheurs et la stabilité chez les commerçants.

4- Conclusion

En guise de conclusion, la représentation de la région de Beni Mellal-Khénifra influence le processus de la production des espaces vécus des migrants subsahariens et la différenciation des stratégies de cette production. Les migrants mancheurs à partir de leur conception de la région comme une nouvelle étape imprévue dans leurs parcours migratoires adoptent une stratégie basée sur la déambulation et la mobilité dans la production de leurs espaces vécus. La marche et le déplacement continus et quotidiens leur permettent la lecture et l’analyse des différents espaces de la région. Deux actions qui s’effectuent à travers le regard et l’étude minutieuse basée sur les connaissances et les savoirs que les migrants subsahariens ont construits tout au long de leur parcours migratoire : un savoir-circuler. C’est un savoir qui leur permet de catégoriser les espaces et de choisir les plus convenables à la pratique de la mendicité : les ronds-points et les carrefours, ceux où subvenir aux besoins de repli et de se nourrir et ceux dans lesquels ils peuvent planter des espaces-habitats pour se reposer et dormir et jouir de leurs intimités.

D’un autre côté, le groupe des migrants commerçants recourent à la stratégie de la stabilité ou l’immobilité engendrée par sa représentation des espaces de la région de Beni Mellal-Khénifra comme espaces d’installation pérenne et d’investissement économique. Le recourt du migrant à l’immobilité et à l’installation quotidienne a comme enjeu deux dimensions essentielle : le marquage de son espace vécus et l’apprentissage des principes du commerce en accompagnant les anciens commerçants. La découverte, l’observation et l’analyse de l’espace du marché quotidien « Souiqa » et des actions et interactions dont il est le théâtre est en étroite relation avec cette immobilité quotidienne. Une action qui permet au migrant subsaharien de s’introduire et de produire son propre espace de pratique du commerce à travers l’implantation de son carrosse.

Toutefois la production de ces espaces grâce à la mobilité ou à l’immobilité comme stratégies met les migrants subsahariens en face du défi de les défendre en vue de profiter de leur fréquentation et de leur exploitation en toute exclusivité. Un objectif qui se réalise à travers un ensemble de stratégies d’appropriation adoptées par les deux groupes de migrants et qui leur permettent un investissement de leurs espaces de vie. Ces stratégies constituent une facette sous-étudiée de la relation migration/espace qui peut être l’objet de futures études socio-anthropologiques.

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[1]  Traduction de l’anglais par le chercheur

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