Research studies

La violence verbale dans les sociétés multiculturelles : un impact sur l’identité

Verbal violence in multicultural societies: an impact on identity

 

Prepared by the researcher : Najat Bouzekri ZOUADI – Université Chouaïb Doukkali, Maroc

Democratic Arab Center

Journal index of exploratory studies : Fourth Issue – June 2022

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin.

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
ISSN 2701-9233
Journal index of exploratory studies

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Résumé

Dans cet article, nous entendons mettre en évidence l’impact de la violence verbale sur l’identité de personnes d’origines culturelles diverses, précisément dans les sociétés multiculturelles. L’importance de ce thème réside dans la multiplicité des formes de violence verbale et la variété des territoires qu’elle touche. À première vue, ce type de violence paraît sans gravité, mais son impact sur l’identité de chaque personne ayant subi ce type de violence, ainsi que sur son psychisme, est considérable. À titre d’illustration et d’un point de vue linguistico-culturel, nous analyserons trois exemples, dont deux font partie de la caricature, afin de faire face à la violence verbale qui peut prendre de nombreuses formes, notamment des stéréotypes en contexte migratoire.

Abstract

In this article, we intend to highlight the impact of verbal violence on the identity of people from diverse cultural backgrounds, precisely in multicultural societies. The importance of this topic lies in the multiplicity of forms of verbal abuse and the variety of territories it affects. At first sight, this type of violence seems to be harmless, but its impact on the identity of each person who has suffered this type of violence, as well as on his or her psyche, is considerable. By way of illustration and from a linguistic-cultural point of view, we will analyse three examples, two of which are part of the caricature, in order to deal fairly with verbal violence which can take many forms, including stereotypes in a migratory context.

1-Introduction

« Je suis camerounaise par ma mère et française par mon père. Ici en France, je suis une sale nègre et on ne veut pas de moi. Là-bas au Cameroun, je suis une sale Blanche et on ne veut pas non plus de moi. Alors, où est ma place ? »1. C’est ce témoignage qui me porte fermement à cette réflexion insistante sur la violence verbale dans les sociétés multiculturelles. Il va sans dire que, dans un contexte de pluralité, les références culturelles et les échelles de valeurs se diversifient et se multiplient. Il convient donc d’établir une meilleure compréhension afin d’améliorer la qualité des relations humaines, qui ont un impact puissant sur la société.

Cependant, vivre ensemble dans une société multiculturelle n’est pas sans poser de nombreux obstacles et défis. La relation à l’Autre peut aussi être inquiétante et peu assurée dans différentes situations d’interaction verbale, car plusieurs facteurs affectent et entravent le bon fonctionnement de la relation, tels que les idées préconçues, les croyances partagées, les opinions irréfléchies, les représentations caricaturales, etc. S’il devait être question de stéréotypes, qui peuvent tout de même servir à alimenter des attitudes xénophobes et ethnophobes par contraste ou assimilation, il s’agirait plutôt de violence verbale au lieu de raisonner et d’avoir des idées humanistes basées sur les Droits de l’Homme.

Pour promouvoir ainsi la mise en œuvre de certaines stratégies visant à créer un climat de respect de l’Autre, de la différence et de la diversité, nous proposons, dans un premier temps, de questionner les stéréotypes comme forme de violence verbale, précisément dans un contexte migratoire, en utilisant des exemples, notamment les stéréotypes véhiculés par la caricature, qui est également considérée comme un symptôme social. Dans un deuxième temps, nous tâcherons de mettre en évidence comment ce genre de violence a un impact sur l’identité dans une société différente et quelles sont les démarches psycho-culturelles à prendre en compte pour y faire face.

2- Violence verbale à caractère raciste

Exemple 1 : Entre ici et ailleurs

L1 : Penses-tu à rentrer chez toi ?

L2 : Oui, mais pas maintenant. Un jour je rentrerai chez moi, les Européens nous mettent tous dans le même sac. Ils nous appellent “sales Arabes” et disent : “Pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous ?”. Nous sommes divisés entre deux cultures. C’est difficile de supporter ça.

Il s’agit d’un échange verbal dyadique de nature électronique, voire manuscrite entre deux jeunes amies marocaines, dont la seconde (L2) vit en France. Dans cet échange verbal, L1 pose une question directe à son interlocutrice : « Penses-tu à rentrer chez toi ? ». Cet acte de demande d’information vise généralement à obtenir une réponse affirmative par un « oui » ou une réponse négative par un « non », tandis que L2 affirme non seulement qu’elle rentrera chez elle, mais énumère également les raisons de sa confirmation, à savoir :

  • les Européens nous mettent tous dans le même panier ;
  • ils nous appellent sales arabes ;
  • nous sommes divisés entre deux cultures. Il est difficile de supporter ça.

Du point de vue de L2, elle semble être nerveuse car elle se sent offensée dans son territoire personnel, plus précisément dans son territoire identitaire en tant que citoyenne arabe. D’où son sentiment de rejet et sa sensation d’être tiraillée entre deux cultures différentes, celle du pays d’origine (le Maroc) et celle du pays d’accueil (la France). Il convient de noter ici que, selon L2, cette situation ne la concerne pas uniquement, mais touche tout autant les immigrants arabes en Europe. Cela s’explique par :

  • le pronom personnel pluriel « nous » ;
  • l’adverbe « tous » ;
  • l’adjectif indéfini « même » ;
  • le pronom personnel pluriel « vous ».

De plus, si les « Européens », selon L2, traitent les Arabes de telle manière, elle les considère à son tour de la même façon, sans préciser qui sont exactement ces « Européens ». Cette implication révèle une dimension de catégorisation subjective, surtout lorsqu’elle parle au nom des Arabes. Ainsi, en essayant de dépeindre les Européens de manière négative, voire générale, et en les considérant comme un agent positif de la haine contre les immigrants arabes, elle démontre elle-même un discours d’injustice envers les Européens, qui, géographiquement parlant, comprennent diverses origines ethniques.

Cela ne revient pas à dire, dans une certaine mesure, que la violence verbale ne se produit pas dans un contexte migratoire, mais c’est une situation vécue par cette citoyenne arabe qui se sent blessée dans son identité et son territoire psychologique, raison pour laquelle elle veut changer complètement de mode de vie, même si cette décision sera prise plus, tard dans un délai indéterminé : « un jour ». Par conséquent, la violence verbale conteste également la présence de la violence psychologique qui se manifeste clairement, dans son état de malaise social et personnel, par des actes verbaux stéréotypés.

Il suffit de rappeler que les immigrants, comme tous les citoyens du monde, ont le droit de défendre leur identité, de refuser d’être assimilés, d’être reconnus comme ayant la capacité de penser selon leur propre cadre de référence et de ne pas renoncer à leur personnalité. Ainsi,

Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de propriété, de naissance ou de toute autre situation.2

 Exemple 2 : Discrimination sur le marché du travail

Source : Damien Glez, [Chronique] « Discrimination à l’embauche : la France à la rescousse des patronymes “maghrébins”», 2020 3

La caricature ci-dessus reflète deux spécificités qui se manifestent à deux niveaux : les prénoms des deux candidats au recrutement : Philippe et Mohamed et la physionomie : le visage ou encore la couleur des cheveux. La réaction de L2 (le recruteur) change en fonction des prénoms des candidats : celui qui s’appelle « Philippe » est favorisé par rapport à celui qui s’appelle « Mohamed ». En d’autres termes, il a distingué deux personnes différemment sur la base de critères non liés au cadre professionnel. Il en résulte une inégalité des droits et des chances sur le marché du travail. C’est une relation d’ordre vertical entre le responsable et le candidat immigrant ou d’origine culturelle différente. Ainsi, « (…), le dominant perçoit le migrant sur la base des caractères assignées à son groupe d’origine, sans prendre en compte ses caractéristiques propres »4(Palivard, 2014, p 69).

Il est donc question d’une discrimination professionnelle explicite à l’encontre de toute personne s’appelant « Mohamed », notamment les Maghrébins, alors que l’on sait que de nombreuses personnes dans le monde s’appellent Mohamed après leur conversion à l’Islam. Il peut s’agir d’un Français, d’un Américain, d’un Sénégalais, etc. En outre, le contenu de la caricature véhicule un autre message, à savoir que le Maghrébin en question est bien un consommateur et non un citoyen productif. Il nous semble que la relation n’est pas arbitraire dans la mesure où il existe une relation directe, d’une part, entre l’immigration et l’emploi et, d’autre part, entre l’immigration et une augmentation de la consommation. Néanmoins, si la présence des Maghrébins (Maroc, Algérie et Tunisie) en Europe était à l’origine motivée par des raisons économiques, en fournissant les ressources humaines nécessaires à la croissance de la France, l’immigration est aujourd’hui mise en cause dans la hausse du chômage et la baisse des salaires.

Toutefois, les deuxième et troisième générations d’immigrants maghrébins en général sont, en général, plus diplômées et peuvent innover et créer des entreprises. Par ailleurs, ils sont en mesure d’apporter des savoir-faire très demandés, d’autant plus qu’ils disposent d’un réseau socio-économique susceptible de leur faciliter l’accès à l’emploi. En particulier, ils ont la possibilité d’apprendre facilement des langues étrangères et de s’intégrer culturellement en peu de temps.

En parallèle, il ne faut pas perdre de vue que certains de ces immigrants maghrébins ont également quitté leur pays d’origine pour des raisons professionnelles et scientifiques, comme dans la question de l’exode des compétences :

D’une manière brève on peut affirmer que la migration maghrébine des scientifiques présente presque la même configuration en Europe. Les conditions de vie et de travail de ces migrants, formés dans les pays d’origine, traduisent des formes de discriminations, résultent en un gaspillage de cerveaux, que ce soit sur le niveau de rémunération, de reconnaissance du diplôme ou encore de classement professionnel.5

À ce sujet, il y a en plus beaucoup de témoignages de personnes issues de l’immigration en Europe. Par exemple, sur le site france.tv6, on peut constater que la discrimination professionnelle ne connaît pas de limites. En témoigne la déclaration de Kevin :

Je suis français d’origine martiniquaise. À la recherche d’un emploi, j’ai fait du porte à porte dans les différents magasins de ma ville pour déposer mon CV et une lettre de motivation. Dans une boutique, je me suis présenté en tendant la main au commerçant qui l’a regardée avec mépris et n’a même pas dénié la serrer en retour.

À son tour, Alexandra ajoute : « Change la photo de ton CV, on voit trop que tu es Juive » et assure que « ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui prouve à quel point les stéréotypes physiques sur les Juifs persistent »7.

Exemple 3 : Le football entre l’esprit sportif et le discours raciste

Damien Glez, « L’œil de Glez – Mondial 2018 : supporters racistes, insultez, vous êtes filmés ! », 20188

Le racisme dans le football est depuis longtemps un sujet de controverse, spécialement à l’encontre de certains joueurs d’origine étrangère. Ce phénomène n’est pas seulement lié à l’Europe, mais il s’agit d’une xénophobie non identifiée qui se manifeste souvent de différentes manières, comme des chants, des hurlements, des calomnies, des agressions, des cris de singe et des jets de bananes, dirigés contre des joueurs « de race noire » ou des joueurs dont les parents sont d’une couleur de peau différente (métis). C’est aussi le cas dans la caricature ci-dessus, qui montre un supporter géant jetant une banane sur un joueur de l’équipe adverse et le comparant à un singe. Ce supporter est clairement raciste envers le joueur en le comparant à un singe en tant qu’animal avec lequel il faisait souvent des expériences ou parce qu’il est également traité comme un magicien rusé dans certains pays africains, alors que dans le panthéon égyptien il était sacré car il possédait la connaissance de la réalité !

À cette violence non verbale, qui est révélatrice d’un racisme manifeste à l’égard de certains joueurs car elle est visuelle, s’ajoute une violence verbale : « À MORT LES NOIRS » prononcé à un moment décisif dans la mesure où le joueur visé est assez proche pour marquer un but. Au lieu de se concentrer sur le jeu, le joueur choisit de répondre en prenant ses distances par rapport à l’insulte du supporter de l’équipe adverse. De là vient sa question : « IL PARLE DE TON MAILLOT ? ». Il devrait en outre ajouter que la mise en place de lettres majuscules peut signifier un message fort à entendre clairement ou un cri dans la violence verbale.

Le caricaturiste veut ainsi faire comprendre que le poids du racisme est puissant et perceptible, d’autant plus que le football est le sport le plus populaire et le plus pratiqué au monde. Ce racisme, qui prend des formes verbales et non verbales, exerce évidemment une pression psychologique sur le psychisme des joueurs pour qu’ils soient moins performants et ne marquent pas de buts. Les effets psychologiques sont susceptibles de se prolonger, d’une certaine façon, après le match. Néanmoins, les abus raciaux dans le football ne se limitent pas aux joueurs « à la peau noire ». À titre informatif, nous citons ce témoignage :

Bonjour, je suis blanc d’origine algérienne mais cela ne se voit pas sur moi, j’ai découvert le racisme à l’âge de 8 ans, faisant du football et jouant contre une équipe de “quartier” et me faisant insulter de sale Blanc. Très choquant à 8 ans.9

Toutefois, la violence verbale va au-delà du racisme sportif et de la race10, car les joueurs sont aussi ciblés en raison de leur religion et de leur nationalité, ce qui correspond à une attaque frontale contre la dignité :

En Italie, durant le match à Rome, les supporters de Lazio Rome ont scandé des slogans racistes Rome à l’encontre des joueurs roumains du Dinamo Bucarest. Ils ont également proféré des injures racistes à lencontre de la star internationale sénégalaise Dame NDoye pendant une rencontre amicale avec Panathinaikos. À Middlesbrough, les supporters de Newscastle United ont insulté l’avant et la superstar égyptienne Mido, entonnant des chants islamophobes, traitant le joueur de terroriste et scandant “Attention, Mido a une bombe”. En Hongrie, lancien entraîneur national Kalman Meszoly a tenu des propos racistes pendant une interview télévisée sur les joueurs africains faisant partie des clubs hongrois en disant qu’”ils étaient à peine descendus de leur arbre”. Quand la Croatie a rencontré la Bosnie-Herzégovine à Sarajevo, les supporters croates ont formé un U humain symbolisant le mouvement fasciste Ustase responsable du massacre de Serbes, de juifs et de Roms durant la Deuxième guerre mondiale. Dautres incidents ont été signalés en Allemagne, en Autriche, en Écosse, dans la Fédération russe, en Lituanie, au Monténégro, en Serbie et en Slovaquie.11

3- Synthèse : la violence verbale en termes d’impact et de stratégies défensives

̶ Effet de la violence verbale sur l’identité personnelle.

Il est avéré que les formes de violence verbale sont nombreuses et relativement complexes à identifier, particulièrement celles qui se nourrissent de stéréotypes qui revêtent des aspects problématiques. Elles peuvent également marquer des réalités différentes sur la base de connaissances incomplètes ou d’une expérience insuffisante. Notre préoccupation, par conséquent, est que les stéréotypes qui sont définis comme « un ensemble de traits censés caractériser ou typifier un groupe, dans son aspect physique et mental et dans son comportement. Cet ensemble s’éloigne de la “réalité” en la restreignant, en la tronquant et en la déformant. »11(Zarate, 1986, p 63) ont deux faces : Lorsque nous nous efforçons constamment de lutter contre une image stéréotypée, nous courons le risque de nous stéréotyper nous-mêmes, mais de manière inconsciente, tout comme dans le premier exemple. Cela peut rendre plus difficile le fait de faire face aux différents stéréotypes. Il est donc important de ne pas oublier de contextualiser les états de fait, plutôt que de généraliser, afin de saisir et analyser les paramètres de la situation dans laquelle le discours a effectivement eu lieu.

De ce fait, les stéréotypes sont directement liés à la violence verbale, car ils peuvent influencer le mode de vie de la personne à laquelle ils s’adressent. Si un immigrant vit toujours avec le sentiment d’être socialement rejeté, non désiré en tant que citoyen et discriminé en raison de son origine, de sa religion, de la couleur de sa peau, de son nom, etc., son affiliation à une société devient fragile et il risque de ne pas contribuer activement à son développement. En conséquence, la conscience identitaire sera perturbée et la relation avec l’Autre sera menacée par des obstacles inhumains. Cette situation bloquera plus encore sa pleine adaptation et sa réussite dans des conditions optimales au sein de la société car l’interaction avec lui est souvent basée sur des calculs interprétatifs subjectifs.

De plus, il est clairement établi que si la conscience de soi en tant qu’identité spécifique n’est structurée que dans une interaction étroite avec l’Autre, et ne peut être comprise que par la reconnaissance d’une autre conscience, cela signifie que l’identité apparaît ainsi comme une donnée importante du contexte relationnel. C’est donc par le respect de son identité (culturelle, religieuse, professionnelle, etc.) que l’individu s’approprie et intègre les normes, ainsi que les valeurs et les représentations de la culture de la société d’accueil. Ce qui lui permet d’avoir une identité qui se construit tout au long de sa vie. Sinon, « la mise en scène de certains groupes repérables selon un stigmate langagier, religieux ou ethnique, et les discriminations qui en découlent suscitent plus qu’émotion et colère : en stigmatisant, on crée l’identité par réaction.12 » 13

̶̶  Quelques stratégies psycho-interculturelles pour lutter contre la violence verbale.

L’impact de la violence verbale, qui prend la forme de stéréotypes, sur les individus dans un contexte multiculturel est donc manifeste et peut conduire au développement d’une identité réactionnelle négative. Cette situation nous amène à envisager diverses stratégies psycho-interculturels d’évitement des conflits dans les pays d’accueil, afin de surmonter ce type d’attitude négative envers l’altérité et d’établir un équilibre identitaire :

̶  Le maintien de la communication interculturelle dans un environnement multilingue et multiculturel devient une nécessité absolue pour le développement de tous les secteurs vitaux d’un pays : économique, politique, social, culturel, etc., et tout particulièrement pour faire face au racisme, aux stéréotypes et préjugés, à l’ethnocentrisme et à tous les conflits qui peuvent survenir en raison des différences linguistico-culturelles.

̶  Essayer de faire le point sur sa propre subjectivité et prendre conscience que l’Autre agit comme un miroir de soi.

̶ Se mobiliser individuellement ou collectivement dans l’apprentissage d’autres langues-cultures et, en particulier, dans l’apprentissage des principes et des outils de la rencontre.

̶ Il importe d’identifier le discours de la représentation et de le faire de manière sérieuse. Pour ce faire, nous devons nous doter des moyens nécessaires en utilisant, par exemple, des méthodes analytiques permettant de relier le comportement de l’individu à celui de la collectivité. Et ce qui est très important, c’est de profiter de la diversité croissante des sociétés et de créer des synergies pour inventer de nouvelles façons de vivre ensemble.

̶ Il est indispensable de disposer d’une formation interculturelle qui consiste à combattre les stéréotypes. Cette formation est capitale car l’acquisition d’une compétence interculturelle implique les éléments ci-dessous :

Il est tout aussi important de rappeler que la connaissance du contexte culturel dans lequel s’enracine cette violence verbale, est une condition essentielle pour relativiser nos perceptions et lutter les stéréotypes violents. Bien que les différences puissent être une source de conflit dans tous les sens du terme, il est plus pertinent de considérer la tolérance comme un correctif nécessaire. Cette mentalité nous engage à respecter les différences morales, culturelles et de pensée, et nous amène à estimer que les relations pacifiques avec les Autres sont une position plutôt qu’un discours et une valeur démocratique non soumise à une quelconque idéologie.

4- Conclusions

Nous pouvons dès lors conclure que, dans un contexte multiculturel, la violence verbale, souvent oubliée, va au-delà de la simple forme de stéréotype et dépasse l’objectif d’atteinte à l’intégrité psychologique de l’individu d’un milieu culturel différent. C’est tout autant et surtout un puissant facteur de trouble de l’identité, de l’affaiblissement de l’appartenance et de la fragilisation de la personnalité car cette situation donne lieu à une discrimination raciale qui, en retour, pourrait conduire à une identité réactionnaire axée sur la haine et la violence.

Pour agir ainsi contre la violence verbale sous toutes ses formes, il existe sans doute plusieurs démarches interdisciplinaires : éducative, sociale, psychosociale, médiatique, associative, juridique, religieuse, sécuritaire… qui peuvent réduire la gravité de ce phénomène. Si certains stéréotypes sont négatifs, d’autres sont positifs. Tant qu’il y aura de la xénophobie, il y aura aussi de l’exotisme, et tant qu’il y aura des racistes, il y aura aussi des non-racistes et des antiracistes.

Tout cela demande beaucoup de rigueur et beaucoup de solidité d’esprit, d’âme et de justice pour reconnaître à l’Autre le droit d’exister en tant que tel, le droit d’être différent, et ne pas le condamner ou le juger simplement parce qu’il est l’Autre. Cette reconnaissance met fin à une situation de malaise et permet l’échange et le dialogue.

Notes :

1France.tv, RacismeOrdinaire, Les mots qui font mal. Récupéré sur https://temoignages.francetv.fr/racisme-ordinaire/temoignage_1436.html. Date de consultation : le 17/03/2022.

 2« Déclaration Universelle Des Droits De L’homme
Document Officiel », Article 2. Récupéré sur https://fr.humanrights.com/what-are-human-rights/universal-declaration-of-human-rights/articles-01-10.html. Date de consultation : le 09/04/2022.

3Glez, D. (2020). [Chronique] Discrimination à l’embauche : la France à la rescousse des patronymes « maghrébins ». Récupéré sur https://www.jeuneafrique.com/893249/societe/chronique-discrimination-a-lembauche-la-france-a-la-rescousse-des-patronymes-maghrebins/. Date de consultation : le 15/03/2022,

4Palivard, I. (2014). Psychologie interculturelle, Bruxelles, De Boeck Supérieur Université.

5Saïb Musette, M. (2016). Fuite des cerveaux venant du sud de la méditerranée. Récupéré sur https://www.iemed.org/observatori/arees-danalisi/arxius-adjunts/anuari/med.2016/IEMED_MedYearBook_Fuite_cerveaux_sud_Mediterrannee_Saib.pdf ›. Date de consultation : le 19/03/2022).

6France.tv. https://temoignages.francetv.fr/racisme-ordinaire/temoignage_1375.html ›, op.cit.

7« Les Arabes, tous des voleurs », « Tching tchong »… On a compilé les remarques racistes auxquelles vous faites encore face en 2019. Récupéré sur https://www.20minutes.fr/societe/2478027-20190321-arabes-tous-voleurs-tching-tchong-compile-remarques-racistes-auxquelles-faites-encore-face-2019. Date de consultation : le 05/04/2022.

8France.tv.  Récupéré sur https://temoignages.francetv.fr/racisme-ordinaire/temoignage_2079.html, op.cit.

9Le mot « race » est souvent utilisé pour décrire une caractéristique physique, mais sémantiquement alimente un discours de refus/rejet de l’autre.

10Wachter, K, Le racisme dans le football – le football contre le racisme L’expérience de fare. Récupéré sur https://www.un.org/fr/chronicle/article/le-racisme-dans-le-football-le-football-contre-le-racisme-lexperience-de-fare ›, Date de consultation : le 16/03/2022.

11 Zarate, G. (1986). Enseigner une culture étrangère. Paris, Hachette.

12 Mis en gras par l’auteure.

13Reverdy, M. (2016), Représentation et construction identitaires du “sud”, du stigmate à la revendication identitaire, in Actes Les représentations sociales et l’agencement collectif d’énonciation: identités, catégorisations, conflits. Publication de l’Université Moulay Ismail, Meknès, P 35.

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