Research studies

L’imaginaire de l’eau entre l’Asie et l’Afrique : une carte sensible génératrice du paysage et de l’urbanité durable

 

Prepared by the researcher : Messaoudi Abir – landscape engineer, doctor in studies of landscapes and regional planning at the ISA Chott Meriem Sousse, research unit: VAD in ENAU Tunis, university of Carthage. 

Democratic Arab Center

Journal of Afro-Asian Studies : Twelfth Issue – February 2022

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin.

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
ISSN  2628-6475
Journal of Afro-Asian Studies

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Résumé

Cet essai cherche à transcender, dans différentes civilisations, l’imaginaire de l’eau qui peut à première vue sembler ésotérique puisque l’eau contient un amalgame de contes et de cérémonies plongés dans l’au-delà spirituel. Certes, la fabrication de légendes autour de l’eau en Afrique, ou en Asie en général, s’impose comme étant une adaptation de l’homme à sa réalité naturelle, d’autant plus que l’eau est parfois rare ou ponctuelle. L’inverse, d’autant qu’il est fréquent, impose un mode de vie et un système social particulier induisant l’évolution vers une urbanité durable. Les significations symboliques de l’eau restent abondantes, cependant elles authentifient que l’Homme dans ces civilisations a cherché à décortiquer dans l’eau une croyance protectrice qui lui permet non seulement de connaître l’origine des choses mais aussi d’affronter les problèmes. L’eau est la raison et la cause de toutes les circonstances que l’homme entremêle à sa réalité, sous des cieux différents et des ethnies innombrables : bouddhistes, juives, chrétiennes, hindoues et même païennes.

Introduction :

On essaye d’analyser de la forme et les détails de l’imagination de l’eau chez l’Homme en prenant comme point de départ celle de la doctrine africaine, passant par d’autres multiples expériences que nous avons recueillies dans un seul cadre puisqu’elles témoignent de la répétition des mêmes concepts et pratiques et arrivant finalement à la philosophie islamique de l’eau.

L’eau touche profondément les sensibilités, les représentations et les mentalités qui établissent les bases de l’identité individuelle et collective, justifiante de l’agrégation socioculturelle dans divers lieux et divers temps. En examinant de près la racine étymologique du mot “culture”, l’interprétation latine du mot “colare, cultus” signifie “couler, s’écouler”. L’eau est donc une culture et vice versa ce qui nous mène à dire que l’eau reste une constante ou une prépondérance de la culture humaine et reflète sa perméabilité aux plus diverses impacts.

  1. Approche socio-culturelle d’eau en Afrique :

Les significations symboliques de l’eau restent abondantes surtout en Afrique. On a choisi ce lieu vu que notre recherche est en partie située en Afrique et qu’en vertu de cette imbrication géographique on cherche à repérer la dialectique qui nous permet de comprendre certaines rites et pratiques attachées à la valeur de l’eau. En Algérie par exemple, on a remarqué que sa communauté noire préserve encore des pratiques qui datent d’une époque préislamique d’origine animiste : la fête des fèves. La survivance de « Aïd El Fould » qui se fait au bord de la mer et consiste à égorger un taureau au milieu d’une foule. L’eau lustrale et le sang du taureau dont la foule est aspergée comme d’une pluie sacrée se rattache non seulement à un simple apport, ou à une habitude des esclaves noirs qui se sont acclimatées en Algérie mais aussi exprime une stratification de pensée symbolique de l’Homme en Afrique : l’eau de par ses ambivalences se cristallise sous forme culturelle et permet donc à cet être humain d’appréhender toute réalité dans sa totalité non pas matérielle mais spirituelle.

 L’homme en Afrique se cramponne à l’eau dans la mesure d’affronter les emblèmes de la vie : la vie et la mort, le profane et le sacré, l’interdit et le licite. Ces dualités se mêlent souvent dans la poésie africaine et redonne un autre sens à l’eau : elle est l’alchimie relatant un nouveau rapport de l’homme face à la mort.  «Ceux qui sont morts ne sont jamais partis, les morts ne sont pas sous la terre : dans l’eau qui coule, dans l’eau qui dort, dans la cave, les morts ne sont pas morts».   Cette nouvelle vue directive voit dans l’eau une spiritualité distinguée, une alliance entre la vie et la mort, comme s’il s’agit d’un défi de l’homme porté à la vie. Mais pourquoi donc choisir l’eau comme un pacte symbolique entre les vivants et les morts ? La réponse semble nous dénicher que l’eau pour l’Homme africain n’est plus un simple liquide, on y voit de l’infinité et on y sent la prolongation de l’existence humaine, en fait l’Homme lui confère une dynamique temporelle : de par l’eau, la vie est en perpétuel mouvement de recomposition et elle dépasse même la mort. Le défis de l’être humain face à la mort devient aussi pertinent si on se prolongeait à relever toutes les idéologies construites autour de l’eau. Ainsi on cherche dans cette partie à transcender l’imaginaire de l’eau en Afrique qui peut paraître à première vue ésotérique puisque l’eau contient un amalgame de contes et de cérémonies plongées dans  l’au-delà spirituel.

Certes, la fabrication de légende autour de l’eau en Afrique s’impose étant une adaptation de l’homme face à sa réalité naturelle qui est le désert, d’autant que l’eau est rare ou à l’inverse d’autant qu’elle est fréquente elle impose un mode de vie et un système social particulier induisant la régression ou l’évolution. En Mali, le groupe ethnique Bambaras (ou Bamanan c’est-à-dire homme des crocodiles) contribue à l’élaboration d’un corpus expliquant la cosmogonie : en fait une masse lourde Pemba tombe en tournoyant et forme la terre simultanément qu’une autre proportion d’esprit Faro formule le ciel, Faro tombe sur la terre formant l’eau qui par la quelle débute la vie : au départ il ya avaient les animaux aquatiques puis viendra par la suite l’Homme : premier pêcheur Bozo.

Ensuite, Pemba entre en guerre avec Faro : cette péripétie entraine la mort, les maladies et les catastrophes. Mais la fin se marqua par l’échec de Pemba, Faro dieu de l’eau a pu rétablir l’ordre et déclenchait de nouveau la formulation des septes cieux, des saisons, des jours et des nuits. On peut donc dire que le dieu de l’eau est présenté comme une sorte d’escorte de la vie dans cette tradition orale des Bambaras. La transmission de témoignages sur les liens entre l’eau et l’Homme en Mali se prolonge subséquemment par la représentation des Dogons, pareil à celle des bambaras comme si les légendes sur l’eau n’en finissent pas et ne sont autre que cette feuille -qui nous pourrit point le jour de sa chute dès qu’elle touche l’eau- retenue dans le proverbe des Bambaras.

 Figure 1 : Carte sensible de la représentation du monde selon les Dogons

Source : Marcel Griaule, Essai de schématisation du système du monde tel que le conçoivent les dogons (Masques Dogons, p. 44, 1938)

 Selon eux, le dieu suprême Amma féconde la terre-femme engendrant des jumeaux verts mi-hommes mi-serpents (Nommo) et c’est cette semence devine qui donne l’eau, les précipitations, la béatitude humaine. Chargé de lumière et de grâce, les dogons se penchent à éduquer d’une génération novice à une autre ce culte comme une méthode discursive qui perçoit derrière toutes apparences la profondeur du symbole. Sinon, si les dogons tournent le dos à leur culte, ils seront puni par la sécheresse et les désastres. Ils cherchaient à décortiquer dans l’eau une croyance protectrice qui leur permet non seulement de savoir l’origine des choses mais aussi de faire face aux problèmes : l’eau en ait la raison et la cause de toutes les circonstances qu’entremêle l’Homme face à sa réalité. Dans ces clans totémiques, l’eau a eu aussi une incidence positive sur le regard de la société face aux femmes : la femme authentifie la disponibilité de l’eau, seule elle peut promettre à son village situé en hautes plateaux ou plaines ou falaises l’arrivé de l’eau par contre en son absence les hommes dogons seront privés de vie surtout si on sait que leur vie agricole dépend de l’eau. Par cette juxtaposition entre eau et femme, on parvient à confier aux femmes via une division de travail accordée selon cette position un entretient domestique ou la fabrication de poterie nécessaire pour apporter l’eau. Le respect qu’éprouve l’homme dogon face aux femmes se comprend aussi par la représentation de figure féminine dans les statues utilisées comme objet de culte : une femme assise les mains sur le ventre remémore son rôle maternel et personnifie la première ancêtre morte en donnant la vie à son enfant.

En Mali, les bambaras ou dogons ont réussi à garder toute leur authenticité et leur traditions en dépit de l’absence d’une tradition écrite. La population a choisi d’écouter la parole des anciens, d’utiliser son passé et de garder ses racines pour résister à la sécheresse. Face à cette situation : sol aride écorchée, eau rare, l’homme en Afrique noir – qui arrive difficilement à subvenir à ses besoins vitaux- trouve en eau sa force qui lui permet de résister à cette vie infernale et surmonter par des interprétations symboliques les épreuves difficiles de la réalité.   L’imaginaire de l’eau traduit une pulsion de vie énorme guidée par un sens profond. Et c’est évident alors qu’en Kenya, plus précisément chez les Masaïs ou peuple de la pluie, qu’on évoquait l’eau comme une prime du défis de l’homme face à une contrainte majeure : une force terrible qui fait peur mais aussi le retient pour la vaincre et ressentir cette victoire par l’eau même. Pour eux le dieu rouge « Engaï Nanyoke » est un dieu destructeur qui cause des inondations, ainsi, la répulsion de ces effets néfastes se fait en apportant la magnifique crinière de ce dieu rouge – après l’avoir tuer – dont les traits sont assimilables à un lion féroce.

Dès lors, le dieu noir « Engaï Narok » surgit et trompe la terre d’une pluie bénéfique abondante. Ce qui demeure émérite chez les Masaïs, est que cette piété autour de l’eau se voit aussi se prolonger en termes du comportement du peuple face à la nature et l’environnement : on optait pour des labours légers et non pas lourds, car la culture de la terre avec l’usage de force n’est autre qu’un acte de violence.  L’imbrication entre le monde symbolique de l’eau et la vénération de la nature en générale se déploie aussi sur tout l’Afrique, en Congo par exemple, la terre prend l’ampleur d’un esprit, on ne peut donc en aucun cas la captiver en forme d’un bien marchand exploité d’une manière quelconque surtout s’il s’agissait de la vendre auprès des étrangers : ceci est considéré comme une violation de leur esprit.

Le roi congolais optait pour l’emplacement des canaris d’eau d’ici et delà pour servir tous les passagers. Cette générosité à servir l’eau gratuitement et partout s’est perpétué dans une action inconsciente que l’homme en Afrique la répète en buvant de l’eau : avant de boire il verse de l’eau par terre, la terre ‘ esprit ‘ a une priorité de se rafraichir d’eau avant même d’éteindre la soif de l’homme : c’est comme si l’eau se transforme en un objet culturelle qui donne la vie et le sens à la spiritualité de son être et qui précède ses besoins vitaux corporelles. Au moment où l’eau est disponible, l’homme en Afrique Noir ne peut que le partager avec son esprit (la terre). Non seulement la terre comme élément inerte, bénéficie de cette culture d’eau, mais aussi la faune gagne de cette dévotion.  Dans le contexte actuel de menace sur ces espèces et de promotion de l’être humain dans sa protection, s’interroger sur l’eau et la nature à travers une approche symbolique pourrait nous révéler en quoi notre rapport à l’eau est encore teinté de croyances anciennes qui non seulement sont des simples chapelles dont certaines ne sont autre que des coquilles vides mais émanent d’une volonté à s’éduquer par l’eau.

A Abidjan, la lagune ivoirienne ‘Ebrié’ est protégée durant des mois par l’introduction de baleine imaginaire, pour proroger le développement adéquat de la faune sans détériorations de l’Homme : l’eau protège la nature de cet acte honni qui a pour cause l’homme en lui-même. Pareillement, en Sénégal, au moment où le fleuve dévaste la région à cause des fortes pluies en 1999, 2000 et 2001 : Ces inondations entraînent l’abdication des habitations touchées et un relogement des sinistrés dans des conditions parfois précaires, les gens considèrent ces afflues comme nouvelles, parce que n’étant jamais survenues auparavant et commencèrent à donner des offrandes pour calmer la nature offensée par l’Homme.

 L’abondante anaphore du terme ‘eau’ comme une didactique -qui nous apprend à désapprendre l’environnement, respect de la terre : origine de reproduction, respect des faunes, compréhension même de l’eau en colère. En fait c’est un châtiment qu’elle  exerce pour pousser l’homme à se retourner vers la nature et demander son pardon en cas d’oubli- se situe en reprise si on prend l’analyse des contes Bara et Diolas en Afrique occidentale c’est-à-dire le Mandingue (le berceau étant en Guinée, du sud du Sénégal aux frontières de l’est du Tchad, englobant le Mali, le Burkina Faso, le nord de la Côte d’Ivoire et du Ghana et la Mauritanie). A partir du premier conte, le dieu d’eau ‘ Ndriyananahari’ tombe un jour malade et aucun de ses fils : soleil, lune, étoiles, ne veut se sacrifier pour lui seul le nuage a eu le courage de donner sa vie en ses faveurs, alors le dieu sauvé de mort lui confère le pouvoir de voiler ceux qui ont refusé de se dévouer.  Ce don de pouvoir était en fait une sorte de damnation pour eux mais aussi une reconnaissance envers la noblesse d’âme du nuage. Néanmoins, à partir du deuxième conte Diola, le dieu de la pluie ‘Montogari’ se dispute dès fois avec le dieu de la sécheresse ‘Amatong’, les femmes de ce dernier ‘ dieu Amatong’ firent partir leur enfants en les trainant au-dessus des peaux. Les peaux attachées par des cordes faisaient du bruit : qu’on interprète en sorte de tonnerre et des poussières dont les enfants s’occupaient de la former en nuage pour donner par la suite la pluie. Ce qu’on peut saisir d’après les deux contes bara et Diolas, en dépit de cette position distinguée et éminente du nuage, que le corpus symbolique de l’eau laisse percevoir un jeu de fables et de contes. Ce jeu non seulement s’avère être un indicateur d’une certaine fantaisie dans l’interprétation sociale de la formation de l’eau et ses relations avec les autres composantes de la ‘nature’ mais aussi une manière d’éducation dont les méthodes pédagogiques prônent sur le fait de jouir et de plaire avant même d’apprendre et de s’instruire. Le conte vaut donc par son histoire et ne s’enfoncent pas ou se déclinent dans des interprétations métaphysiques complexes qui nuisent la compréhension et laissent l’homme perplexe devant la symbolique de l’eau : au contraire il apparaît sous la forme d’une présomption à thème imaginaire, souvent merveilleux, dont la fin majeure est l’éducation de la révérence de l’eau par le divertissement.

L’Afrique noir nous raconte l’eau par la simplicité des contes, par les fêtes et par la liaison entre l’eau et la vie : division du travail, relation avec la nature.  Toutes ces répercussions positives de l’eau sur l’homme et de l’homme sur le champ symbolique de l’eau  se résument dans des conditions hasardeuses qui font face à l’homme et peuvent se convertir en des événements heureux : à titre d’exemple les rois de Ségou (en Mali) lors de leur fuite de leur ennemis n’ont pas pu affranchir le fleuve que grâce à un poisson d’eau douce : le silure, géant introduit comme un pont vivant qui ramène les hommes vers une autre rive : celle de la vie.  Par ces chances ou ces soudainetés, de nouvelles personnifications de l’eau se mettent à s’affecter à ses pensées.

  1. Eau : persévérance des pratiques :

En permanence, l’eau n’est pas seulement pour l’être en Afrique sa source de vie, son énergie à saccager ses faiblesses lorsqu’il se confronte à des contraintes ou même à des menaces, elle l’est aussi pour d’autres. Elle se conjugue dans différentes cieux, mais reste invariante, comme un code qui retisse les liens entre les hommes et part du même principe celui de se familiariser avec son imaginaire, ses états physiques et états d’âmes. Parfois, l’eau « reliante » selon Gaston Bachelard, crée du lien entre deux dimensions : le temps et l’espace.  L’eau exerce un transfert symbolique essentiel à travers les générations et entre les différentes cultures qui sont éloignées géographiquement et linguistiquement.

Partant de l’Asie du sud-est, la sacralisation de l’eau est acquiescée par les afflux et les catastrophes qui se déclenchent d’un moment à un autre : les gens essayèrent de convaincre l’eau fortement offensive par des offrandes de chèvres pour leur dieu de pluie chez les hindous. Cette révérence se réverbère dans la pensée occidentale. L’anthropologue britannique Mary Douglas dans son livre ‘De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou’, 1967’ voit que l’eau a une fonction de purification morale.

 Les personnes qui se sentent coupables d’avoir commis des actes honteux affligent une nécessité de se laver comme pour s’innocenter de cette tache mentale. Les psychologues appellent cela l’« effet Macbeth » en référence à la pièce de William Shakespeare, dans laquelle lady Macbeth, responsable de crimes, ne cesse de se laver les mains pour tenter d’effacer les tâches de sang qu’elle y voit apparaître indéfiniment.

Ainsi elle dénonce dans cet ouvrage que notre répulsion de la pollution de l’eau ou la pollution tout court n’est pas un acte purement rationnel souvent simpliste, c’est-à-dire se justifie par la simple peur de microbes et leur prolifération. Mais il s’intègre dans une méthodologie symbolique qui veut mettre de l’ordre à notre réalité, en effet nos réactions envers la saleté n’est autre que la même envers le désordre, on ne peut pas l’expliquer.

On part vers un constat fort simple celui d’appréhender à voir qu’en fait nous mettons de l’ordre dans notre milieu en agissant sur la pollution de l’environnement. Cette réflexion repose sur une liaison conceptuelle entre le sacré et l’eau : nos consciences profondes s’opposent au désordre, au manque d’hygiène ; pollution n’est autre qu’un manque d’éthique, d’une sensation impalpable envers des positions chaotiques. Ainsi, la saleté ou le désordre, « c’est quelque chose qui n’est pas à sa place ».

En revanche, on peut dire qu’en Asie, la sacralisation de l’eau s’est propagée en occident ce qui non seulement exprime que l’eau est devenu une interprétation mentale, affective et émotionnelle, mais aussi une parole qui dépasse les différenciations de langue écrites ou parlées et qui est largement médiatisée.

 Ce déploiement de la vénération au tour de l’eau, est définit aussi chez les japonais. Dans cet archipel de grattes ciel, de grandes entreprises, de l’urbanisation futuriste et de développement technologique, à première vue, on croit que le pays est occulté par un matérialisme pragmatique le rendant comme un patin vide de sens. Cependant, la société en japon s’immunise contre son pouvoir et ses technicités par la revendication des fêtes d’eau comme un retour à ses origines et ses fondements socio culturels.

C’est alors, qu’on célèbre la cérémonie bouddhiste du Shuni-e, dite “du deuxième mois”, plus connu sous le nom d’Omizutori (littéralement “puisage de l’eau sacrée”), au cours de cette cérémonie on confesse les méfaits pour effacer pour un temps les peines et les malchances et générer la paix. Et puis, on offre l’eau lustrale à toutes les personnes souffrant d’une épidémie, les cataclysmes et les révolutions sont aussi considérées comme maladie qu’on guérit par l’eau de Shuni-e.                

Plusieurs autres fêtes tel le festival de Takayama qu’on célèbre près de la rivière de Maya et auquel on glorifie le temple de Nishimiya afin de parfaire la qualité d’eau nécessaire pour la fabrication de la boisson japonais ‘ le saké’ composée de 80% d’eau et de 20% de riz fermenté. Très souvent, on constate que ces fêtes d’eau sont alliées avec la mise en valeur de l’activité agricole tel est le cas des rizières sacrées : pour améliorer le rendement de la production de riz ou autre, on implore par l’eau les divinités dans des sanctuaires.

Les festivités en Japon, ne sont pas borné par des prières ou des adjurations seulement comme si la relation à l’eau ne quitte pas cette attitude corporelle : il n’en est rien que l’inclinaison physique de l’être humain, mais elle amarre l’homme dans une autre dimension : la fragrance culturelle par des chants, des danses, de pièces de théâtre, des divertissements. Chaque Juillet, les enfants badinent en humectant les passants avec des pistolets à eau.

Autrefois on asperge également de l’eau parfumée sur les mains des plus âgés : cette attitude est aussi utilisée en Thaïlande. Enfance et eau sont reliées pour transiter aux matures la vie, la joie et la grâce. C’est à l’eau et l’enfant renouveler les sens de la vie affadie et de rappeler l’enfance auprès des Hommes. Par ces quelques fiestas reprises en Japon à des temporalités tendues sur toute l’année, si on change de lieu en Vietnam par exemple, on repère presque les mêmes pratiques, les mêmes attentions que l’homme adopte. Autour de son delta Mékong, ce pays prospère une richesse socioculturelle regagnée par ces fleuves mythiques.

 La première ethnie en Vietnam appelée Viêt  organisent ses ‘réjouissances d’eau’ en lançant des courses de bateau à Hong Kong et en disposant sur les champs de rizière des carillons qui répandent une sonorité musicale nécessaire à envoûter les êtres surnaturelles ou les divinités comme une sorte de stimulation pour requérir une bonne récolte et une bonne eau.  Par contre, dans la deuxième ethnie juive, on repère la libation d’eau pendant les fêtes de Soukkot et de la Pâque. Selon la Mishna du traité Soukka, “Celui qui n’a pas vu la réjouissance au lieu de la libation d’eau n’a jamais vu de réjouissances de sa vie.”

Bien entendu, ces préceptes ne se restreignent pas seulement à ces lieux, on les trouve aussi en Inde, dans la culture indienne ou connu sous son intitulation hindouisée, le fleuve n’est pas définit par ses dimensions spatiales mais plutôt par ses usages rituels.  Les hindous pratiquent donc leur ablation dans le Ganga qui est considéré comme un fleuve parfait puisqu’elle passe par la montagne : Himalaya, les plaines et finit dans le symbole d’unité où tout y part et y revient : l’océan. Ils souhaitent en faisant plusieurs pèlerinages dans les fleuves sacrés et en faisant plusieurs offrandes tout en se purifiant près du Ganga de ne pas renaître après leurs morts pour accéder au stade de ‘moksha’ stade où ils voient leurs âmes se dissoudre paisiblement dans l’univers.

Figure 3 : Tableau représentant la ville sacrée de Varanasi et le Gange. Daté du 18e siècle       Source : gettyimages.fr

En somme, l’eau en inde en dépit de son état très sale et pollué conserve son rôle symbolique de purification spirituelle, c’est pour cela qu’en Holi : la fête d’eau et de couleur, les gens s’aspergent de couleur souvent tiré de plante, cette cérémonie consiste à réconcilier les conflits entre les gens par l’eau de la paix tout en allumant la veille du feu qui symbolise le diable : la force du bien conquiert celle du mal.

L’aspersion par l’eau chez les hindous est en fait une action plus au moins modernisée, à l’époque ancienne. Si on change de lieu et on étudie le cas de la Birmanie- le passage à la nouvelle année bouddhiste se marqua par la célébration de cinq jours de fêtes : le premier jour, les enfants se mettent à mouiller les adultes, ensuite, pendant trois jours, les adultes en prennent le relai : la prédiction d’une bonne année pleine de prospérité est fonction de la quantité d’eau reçue, plus on est mouillé plus on s’ouvre sur la bénédiction prochaine. Le dernier jour, la population ramène leur statuettes de bouddhas pour les laver dans les monastères avec l’eau parfumée de fleurs, se lance ensuite dans l’eau et on y relâche des poissons.

C’est l’organisation des fiestas d’eau sous différentes cieux dans différents ethnies qui sont innombrables : bouddhiste, juive, chrétienne, hindouisée et même païenne qui remonte à l’époque de Babylone puisque celle-ci considère que l’eau est l’origine de l’existence et que le trône de dieu repose sur l’eau et trouve son écho chez la pensée pharaonique égyptienne.

Le dieu râ ‘ dieu de disque solaire’ était bien posé sur une pierre sacré sous forme de pyramide au-dessus de l’eau. Ce qui a formé le principe d’identité par rapport à l’eau et a fondé l’inférence et les mailles figuratives de ce liquide. En effet, chaque société crée son imaginaire d’eau dans un sens qui lui est propre, et qu’analogiquement elle déploie dans tous les domaines de son existence ; mais en outre, la conjugue mutuellement d’une manière qui paraît sous forme de stratification, de répétition, d’échange.

 Le paradigme de l’eau en est le même, reçu par les contes ou appris par les fêtes accompagnant l’homme dès sa naissance. Pour bien des populations africaines, le nouveau née reçoit la parole par l’eau c’est-à-dire à sa naissance on le trompe par l’eau pour le vagir, ceci nous rappelle aussi le baptême des enfants par l’eau chez le christianisme afin qu’ils grandissent épuré ou innocenté de péchés. Mais aussi dans les événements de mariage : en Cameroun, le père bénit sa fille par l’eau pour lui ouvrir un avenir plein de bonheur et d’entente conjugale, jusqu’à même la mort de l’homme et au-delà comme on a vu pour les cas en Afrique noir, ou les cas des hindous en Inde : les morts flottent dans les eaux de fleuve Ganga. On en tire ici les leçons pour une persévérance des pratiques d’eau, en prise concrète avec la plasticité des cultures et des ethnies.

Conclusion :

Si l’eau est omniprésente dans le monde physique : partant de la terre au corps humain, elle est un des vecteurs primordiaux d’une culture enracinée dans les perceptions de monde subtil. L’imaginaire de l’eau conçu par les mythes ou les croyances religieuses ou les traditions et les fêtes d’eau, préserve la même résonnance partout dans le monde, les expressions se différent certes selon l’environnement et l’héritage stratifié dans les pensées mais elles convergent vers un sens unique, celui de trouver quelque part une éthique universelle qui apprend l’Homme à respecter son présent par son passé.

L’eau est donc un patrimoine dont les latitudes mentales se rapprochent que ce soit dans les sociétés hypermodernes ou même primitives. Le besoin de mythologie de l’eau devient désormais un discours apologétique, puisqu’on prouvé que l’imaginaire de l’eau fait face par ses ampleurs anthropologiques à la déstructuration des comportements dans les sociétés, certains psychologues comme Régis Debray affirment que certaines conduites vis-à-vis de l’eau : la pollution, le gaspillage d’eau sont liés à un manque d’investissement symbolique : La symbolique de l’eau donne à penser et à agir par la suite.

Références bibliographiques:

  1. BOUGUERRA, Mohamed Larbi, Les Batailles de l’eau. Pour un bien commun de l’humanité, éd. Charles Léopold Mayer en collaboration avec onze autres éditeurs francophones, coll. « Enjeux Planète », 2003, 240 p.
  2. BOUGUERRA, Mohamed Larbi, Symbolique et culture de l’eau, les rapports de l’institut de l’environnement de Veolia N°5, Paris, 2006, 72p.
  3. BOUGUERRA, Mohamed Larbi, L’eau et sa gouvernance, 2009, 40p.
  4. CIARCIA Gaetano, 2001, « Dogons et Dogon. Retours au ‘pays du réel’ », L’Homme, 157, pp. 217-230.
  5. GRIAULE, Marcel, Mythe de l’organisation du monde chez les dogons du Soudan, revue Psychée, no 6, Paris, avril 1947.
  6. ROUCH Jean, 1987, « Pour une anthropologie enthousiaste (Titre d’honneur pour Marcel Griaule) », in De GANAY Solange, LEBEUF Annie et Jean-Paul, ZAHAN Dominique (dir.), Ethnologiques. Hommages à Marcel Griaule. Paris : Hermann, pp. 307-312.
  7. VAN BEEK, Walter E. A., Dogon restudied, Current anthropology, no 32, pp. 139-168, 1991.
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