Research studies

Evaluation of the erosion risk upstream at the “Charif-El-Idrissi” dam (North of Morocco)

 

Prepared by the researcher

 Samira Ibn Idris El Alami, Ibn Tofail University/ “Laboratory of Environment, Development and Field Management”, Faculty of Arts and Humanities, Department of Geography / Kenitra, Morocco.

Issa Al-Bouzidi–  Professor of Geography, Director of the “Environment, Development and Field Management Laboratory”, Faculty of Letters and Human Sciences, Ibn Tofail University /

Democratic Arab Center

Journal of African Studies and the Nile Basin : Fourteenth Issue – January 2022

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin.

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
ISSN  2569-734X

Journal of African Studies and the Nile Basin

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Abstract

This research aims at the cartographic assessment of the erosion risk at the level of the sub watershed upstream of the new dam “Charif-El-Idrissi” at the extreme north of Morocco, for deal the problem of risk areas which necessitate biggest priority of intervention in order to propose the best strategies of space management, by using modeling and geographic information systems. the application of Wischmeier’s Universal Soil Erosion based on the thematization of erosion limiting factors by translating them into maps, their superposition produce the potential erosion map (erosion rates higher than 50t/ha/y) and the real erosion map (sheet erosion and sheet flow  touch 37.2%). Finally, this new dam will undergo certainly a siltation like the dam of Nakhla, and this will expose Tetouan and Martil cities to new inundations.

Introduction

La problématique de l’érosion des sols est une priorité essentielle dans les stratégies du développement durable, ainsi que celles du développement socio-économique du pays, à cause de ces conséquences néfastes sur la pérennité des ressources pédologiques et hydriques notamment la longévité des retenues des barrages et la recharge des nappes aquifères. Dans ce contexte, cette recherche vise à  réaliser l’évaluation cartographique  du risque d’érosion au niveau du sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi » afin de  traiter la problématique d’identification des zones à risque nécessitant la plus grande priorité d’intervention pour pouvoir proposer les meilleures stratégies de conservation des sols et d’aménagement des espaces, on utilisant  la modélisation, la cartographie et l’intégration des modèles existants avec les nouvelles techniques de spatialisation comme la télédétection et les systèmes d’information géographique (SIG). On a choisi la méthode de Wischmeier (l’équation de perte universelle en terre) basée sur la thèmatisation des facteurs limitants de l’érosion en les traduisant en cartes, leurs superposition produisent  la carte de l’érosion potentielle et la carte de l’érosion réelle, identifiant les zones selon le degré de la stabilité et du processus érosif qu’il connaît réellement. Le sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi » appartient au domaine rifain de l’extrême Nord du Maroc, et plus précisément dans le bassin hydraulique de l’Oued Martil sur l’affluent « Oued Mhajrat », à 15 km au-Sud-Ouest de la ville de Tétouan (Fig.1). Le barrage permettra aussi de protéger Tétouan et la vallée de Martil contre les inondations occasionnées par les violentes crues de l’Oued Martil, après bien sur l’envasement du barrage Nakhla qui a perdu plus des ¾ de sa capacité de stockage depuis sa mise en service en 1961 à cause de l’érosion hydrique (www.apdn.ma).

Source : Commune urbaine de Tétouan (service du SIG) (Sheffields du découpage territorial de 2009)  et l’Agence du Bassin Hydraulique Loukkos (Sheffields de la répartition en sous bassin et du réseau hydrographique du bassin versant de l’Oued Martil). Revue

        Figure.n°1 : Localisation du sous bassin versant en amont du barrage « Charif-El-Idrissi »

                 par apport au bassin versant de l’Oued Martil et les deux villes de  Tétouan et Martil

I-Présentation de la zone amont du barrage

     Dans ce chapitre on abordera le contexte naturel, humain et socio-économique du sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi » en se basant sur les données démographiques et les documents cartographiques (topographie, hydrologie, géologie…).

1- Composantes du milieu physique

    Ce sont les composantes à partir desquelles le risque d’érosion  sera évalué dans l’étude, elles se devisent  en trois catégories : composantes concernant l’air, l’eau et le sol.

 1.1-  Topographie et réseau hydrographique

     Le sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi » a un coefficient de compacité de Gravélius de 1.667, ce qui reflète une forme allongée non favorable à la génération de crues rapides. Son altitude moyenne est de 625.17 m, la médiane (l’altitude de fréquence 50%) est de 604 m et le mode de valeurs (l’altitude la plus fréquente) est  de 650 m (HCEFLCD.2008) (Fig.2). Le relief est assez contrasté avec des pentes fortes et moyennes qui occupent 90.65% de sa surface totale (Fig.3), avec la dominance de la classe des versants présentant une longueur supérieure à 150 m (Fig.4).

Source : La carte de Tétouan 25.JPG (1/25000). Agence nationale de la conservation foncière du cadastre de la cartographie. Edition 2007. Projection conique conforme de Lambert. L’équidistance des courbes est de 10 m, origine des altitudes : niveau moyen de la mer (Nivellement général du Maroc). Revue

Figure. n° 2 : Carte hypsométrique du sous bassin versant en amont du nouveau barrage      « Charif-El-Idrissi »

Source : La carte de Tétouan 25.JPG (1/25000). Agence nationale de la conservation foncière du cadastre de la cartographie. Edition 2007. Projection conique conforme de Lambert. L’équidistance des courbes est de 10 m, origine des altitudes : niveau moyen de la mer (Nivellement général du Maroc), plus les données des degrés des pentes (HCEFLCD.2008). Revue

Figure. n° 3 : Carte des pentes du sous bassin versant en amont du nouveau barrage      « Charif-El-Idrissi »

Source : La carte de Tétouan 25.JPG (1/25000). Agence nationale de la conservation foncière du cadastre de la cartographie. Edition 2007. Projection conique conforme de Lambert. L’équidistance des courbes est de 10 m, origine des altitudes : niveau moyen de la mer (Nivellement général du Maroc) plus les données des longueurs des pentes (HCEFLCD.2008). Revue

Figure. n° 4 : Carte des longueurs de pentes du sous bassin versant en amont du nouveau barrage      « Charif-El-Idrissi »

   Les pentes les plus exposées sont celles du Nord-Est, puis celles du Nord- Ouest et Est, et enfin celles du Sud, Sud-Ouest et Sud-Est. Ces dernières  sont  généralement les zones les plus défavorables à l’installation de la végétation qui protègent le sol. (Fig.5).

Source : La carte de Tétouan 25.JPG (1/25000). Agence nationale de la conservation foncière du cadastre de la cartographie. Edition 2007. Projection conique conforme de Lambert. L’équidistance des courbes est de 10 m, origine des altitudes : niveau moyen de la mer (Nivellement général du Maroc). La distribution des expositions est dérivée à partir du modèle numérique de terrain. Revue

Figure. n°5 : Carte des expositions de pentes du sous bassin versant en amont du nouveau barrage      « Charif-El-Idrissi »

    Concernant le réseau hydrographique, sa densité est très élevée (Fig.6) : elle est estimée à 3.3km/km2 répartis en 84.9 km de cours permanents et 781km de cours temporaires. Le profil en long du principal cours d’eau montre que  le cours a des pentes très fortes en amont, reflétant nettement un caractère torrentiel, alors que vers les altitudes ne dépassant pas les 400 m le profil devient plus doux (HCEFLCD.2008).

Source : La carte de Tétouan 25.JPG (1/25000). Agence nationale de la conservation foncière du cadastre de la cartographie. Edition 2007. Projection conique conforme de Lambert. L’équidistance des courbes est de 10 m, origine des altitudes : niveau moyen de la mer (Nivellement général du Maroc). Revue

Figure. n° 6 : Carte du réseau hydrographique du sous bassin versant en amont du nouveau barrage      « Charif-El-Idrissi »

1.2- Géologie et géomorphologie

      Le sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi »

appartient à la chaîne  rifaine d’âge alpin, qui constitue le prolongement occidental du Tell algérien, et forme avec les cordillères bétiques l’Arc de Gibraltar (Lhénaff R. 1965). La Dorsale Calcaire occupe l’extrême Nord-Est du sous bassin entre 400m et 1216m d’altitude, tandis que les flyschs Mauritaniens comprenant la nappe de Tisirène à matériaux gréseux d’âge   Jurassico-Crétacé inférieur, et la nappe de Beni Idder  à formation grésomicacée d’âge Oligocène (Durand Delga et al. 1962), couvrent la majeure partie de l’espace étudié (Fig.7).

Source : La carte géologique de la chaine rifaine 1/500000, ministère de l’énergie et des mines (Editions du service Géologique du Maroc : Notes et mémoires N° 245a. 1980) et la Feuille de Souk Larbaa de Béni Hassane au 1/50.000 ème. Feuille NI-30-XIX-2c. Editions du Sérvice Géologique du Maroc. 2004. Revue

Figure. n° 7 : Carte géologique du sous bassin versant en amont du nouveau barrage

 « Charif-El-Idrissi »

     De point de vue géomorphologique, le caractère montagneux domine le sous bassin versant, son altitude varie entre 60 m sur le site du barrage, 1216 m au niveau de la dorsale calcaire au Nord et 1618 m au niveau des sommets de Jbel Bouhachem au sud (Fig.2).  Les plaines sont quasi inexistantes à l’exception de rares et étroites bandes, qui ne dépassent pas les 300 m de largeur le long de l’oued Mhajrate. Le sous bassin est caractérisé par des crêtes bien définies, qui coïncident avec les lignes de partage des eaux de  la majorité des autres sous bassins ainsi que par la présence de barres gréseuses. Les éboulis, collapses et autres formes d’instabilité sont aussi assez fréquents. Ainsi, les versants sont perturbés par les effets répétitifs de la solifluxion, mouvement de masse qui affecte les sols, les formations détritiques et même le substrat rocheux. La solifluxion est à l’origine de nombreux glissements  superficiels ou profonds, et des coulées boueuses ou pierreuses. Cette situation aboutit avec le temps à l’édification de reliefs en collines et croupes molles et terrasses qui supportent généralement des sols à caractère hydromorphe (Fig.8).

  1.3- Climat

     Au niveau de la retenue du barrage on trouve des formations végétales à base de thuya, d’oléastre et chêne liège puis chêne zeen et chêne tauzin en allant vers l’amont. L’ambiance bioclimatique correspondante va donc du semi-aride à variante tempérée en aval, au subhumide et humide frais à froid en amont. Les températures varient en moyenne entre 5,3° en périodes froides et 32,9° en périodes chaudes (Monographie. 2015).  La pluviométrie moyenne interannuelle varie à l’intérieur de 750 mm à 1600 mm, avec une moyenne interannuelle de 1000 mm sur la période 1942-2001 (Fig.9), cela indique que le sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi » est bien arrosé (ABHL. 2007).

Source : La carte de Tétouan 25.JPG (1/25000). Agence nationale de la conservation foncière du cadastre de la cartographie. Edition 2007. Projection conique conforme de Lambert. L’équidistance des courbes est de 10 m, origine des altitudes : niveau moyen de la mer (Nivellement général du Maroc). La carte géomorphologique est extrapolée à partir du modèle numérique de terrain on utilisant la technique TIN (Interpolation des données spatiales   du modèle numérique de terrain) avec une taille de pixel de 20 mètre. Revue

Figure. n° 8 : Carte géomorphologique du sous bassin versant en amont du nouveau barrage      « Charif-El-Idrissi »

Source : ABHL. 2007. Etude de réévaluation du potentiel en eau superficielle de la zone d’action de l’agence du bassin du Loukkos.

Figure. n° 9 : Moyennes mensuelles des précipitations au niveau de quelques  stations météorologiques concernant le sous bassin versant en amont du nouveau barrage   

  « Charif-El-Idrissi »

1.4-Hydrogéologie

    Le sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi » est drainé par l’Oued M’Hajrate, l’un des principaux affluents de l’Oued Martil, qui a trois affluents principaux : Oued Kebir, Oued Krikra et Oued Nakhla (Fig.6). Il est important de rappeler que sur ce dernier affluent existe un barrage du même nom, dont le bassin versant ne fait pas partie de l’étude. Il n’existe pas de nappes importantes au niveau de ce sous bassin versant, et la majorité des sources se trouvent au niveau du contact entre les formations imperméables (argiles et marnes, et les grès (essentiellement au niveau  du Numidien). D’une manière générale, les apports au niveau des retenues des barrages et en aval sont déterminés en fonction des précipitations et de la nature des terrains du  bassin hydrologique. Près de 30% de ces précipitations sont transformées en ruissellement qui se concentre au niveau du réseau hydrographique (INGEMA. 2004). Les principaux apports viennent de l’Oued Kebir, l’Oued Krikra et l’Oued Nakhla. Concernant le calcul de ces derniers au niveau du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi », L’ABHL (INGEMA. 2004) a adopté la transposition des apports des trois stations suivantes au site du barrage déjà cité : La station Ben Karrich (qui contrôle une superficie de 400 km2, avec une pluviométrie annuelle de 1000 mm), située sur l’Oued Mhajrat en aval, fournit entre 1942 à 2001 des débits dont le module annuel est de182mm3. En le transposant vers le site de la retenue on obtient un module annuel de 175 mm3. La station Chibich (qui contrôle une superficie de 220 km2, avec une pluviométrie annuelle de 1000 mm) située sur l’Oued Kebir en amont fournit entre 1977 et  1999 des débits dont le module annuel est de 111 mm3, ce qui se traduit dans le site de la retenue par un module annuel de 193 mm3. La station Amzal (qui contrôle une superficie de 194 km2, avec une pluviométrie annuelle de 872 mm) en aval d’un bassin limitrophe fournit entre 1977 et 2002 des débits dont le module annuel est de 98.1 mm3. En le transposant vers l’espace d’étude, on obtient un module annuel de 222 mm3. Selon les différentes méthodes de transposition et les apports précédents (INGEMA. 2004), le  module interannuel naturel de l’apport du sous bassin versant en amont du nouveau barrage   « Charif-El-Idrissi » correspondant  au débit hydrologique du cours d’eau est de 175 mm3.

    Brièvement, le sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi » se caractérise par un relief assez contrasté avec des pentes fortes et moyennes, son réseau hydrographique a une densité très élevée,  le profil en long du principal cours d’eau montre que  le cours a des pentes abruptes en amont reflétant nettement un caractère torrentiel. Sur le plan  géomorphologique, le caractère montagneux domine l’espace,  les éboulis, les collapses et autres formes d’instabilité (coulées boueuses ou pierreuses) sont aussi assez fréquents.    L’ambiance bioclimatique va du semi-aride à variante tempérée en aval, au subhumide et humide frais à froid en amont, le  module interannuel naturel de l’apport correspondant  au débit hydrologique du cours d’eau est de 175 mm3. Au bout du compte, ces indicateurs reflètent la sensibilité  et la  vulnérabilité  de l’espace étudié au risque d’érosion.

2- Composantes du milieu humain

    Les données exploitées dans cet axe sont celles du Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2014, et le recensement Général de l’Agriculture de 1996. Les données ne sont pas disponibles par douars, mais celles des communes permettent d’avoir un aperçu assez clair dans sa globalité, sur le fonctionnement  des structures socioéconomiques à l’intérieur du sous bassin versant.    

  2.1- occupation du sol

    L’espace s’étend sur une superficie de 26.000 ha : 72 % appartenant au cercle de Tétouan et Caïdats de Beni Hassane et Ben Karrich, et 28% relève du cercle de Larache et caïdat de Bni Arouss  (Fig.10). Sept communes rurales se partagent le territoire du sous bassin versant, il s’agit des communes rurales de Béni Lait, Tazroute, Zinate, Béni Idder, Sahtriyine, Zaitoune et Al Hamra, qui sont citées par ordre d’importance (HCEFLCD.2008).

Source : Commune urbaine de Tétouan (service du SIG) (Sheffields du découpage territorial de 2009) et l’Agence du Bassin Hydraulique Loukkos (Sheffields du bassin versant d’oued Martil et le sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi »). Revue

Figure. n° 10 : Découpage administratif dans l’espace du sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi »

     La population de ces communes rurales est de 40398 habitants répartis sur 105 douars (dont 41 appartiennent au BV) (www.hcp.ma), c’est une société peu organisée puisque les organisations socio professionnelles sont quasi absentes et limitées à quelques associations intéressant l’eau. 62% de l’espace des communes rurales est occupé par la forêt et les terrains de parcours (44% + 18% respectivement), la surface agricole utilisée (SAU) se place au 2ème rang de l’occupation des sols avec 22% de la superficie totale (Fig.11).

Source : HCEFLCD. 2008. Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification direction régionale des eaux et forêts tétouan. « Etude préliminaire du bassin  versant en amont du futur barrage de l’oued Martil ». Revue

Figure. n° 11 : Occupation des sols dans les communes rurales du sous bassin versant en amont du nouveau barrage      « Charif-El-Idrissi »

2.2-  milieu socio-économique 

    Vu l’importance de la SAU et des espaces favorables au parcours, la population pratique l’agriculture et l’élevage, c’est une population plutôt agricole puisque 75% des chefs de ménages sont des agriculteurs  avec une SAU de plus  18.000 ha répartie comme suit :

Source : HCEFLCD. 2008. Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification direction régionale des eaux et forêts tétouan. « Etude préliminaire du bassin  versant en amont du futur barrage de l’oued Martil ». Revue

Figure. n° 12 : Utilisation de la SAU dans les communes rurales du sous bassin versant en amont du nouveau barrage      « Charif-El-Idrissi »

    Les céréales dominent largement les utilisations de la SAU avec un taux de 75% contre seulement 12% pour les légumineuses. La jachère est rarement pratiquée, mais cette SAU est caractérisée par son morcellement en petites surfaces qui se situent entre une dizaine de m2 et 5 ha dans 75% des cas (Fig.13).

Source : HCEFLCD. 2008. Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification direction régionale des eaux et forêts tétouan. « Etude préliminaire du bassin  versant en amont du futur barrage de l’oued Martil ». Revue

Figure. n° 13 : Structure des exploitations dans les communes rurales du sous bassin   versant en amont du nouveau barrage      « Charif-El-Idrissi »

   Le statut juridique des terres reste peu claire, les terrains privés (melk), ne sont pas très étendus (15.000 ha représentant 18% de la superficie des communes rurales) mais ce sont les terrains domaniaux et autres non définis qui dominent largement (81% de la superficie). Le terrain collectif et les Habous ne dépassent pas 2% (HCEFLCD. 2008). L’importance des espaces forestiers et des terrains de parcours ont favorisé la pratique de l’élevage extensif d’un cheptel diversifié, mais qui reste dominé, comme dans toutes les régions du Rif par le caprin (Fig.14).

     Les données agro-climatiques sont favorables à l’intensification de l’arboriculture et le développement de l’élevage. Alors que le manque d’organisation de la population, de la main d’œuvre qualifiée, et des moyens de financement, ainsi que les problèmes fonciers liés à  l’éparpillement et au morcellement des parcelles, sans oublier le relief accidenté et les terrains à accès difficile, constituent  de vraies contraintes de développement rural dans le sous bassin versant en amont du nouveau barrage « Charif-El-Idrissi ».

Source : HCEFLCD. 2008. Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification direction régionale des eaux et forêts tétouan. « Etude préliminaire du bassin  versant en amont du futur barrage de l’oued Martil ». Revue

Figure. n° 14 : Nombre du cheptel dans les communes rurales du sous bassin versant en amont du nouveau barrage      « Charif-El-Idrissi »

Conclusion du premier chapitre:

     A partir de l’analyse des différents paramètres, on note que le relief a une topographie plus ou moins accidentée, des précipitations relativement intenses et concentrées, un réseau hydrographique assez développé, et un régime hydrologique caractérisé par des crues importantes, rapides et souvent violentes avec des étiages très prononcés. Parallèlement à cela, la zone est relativement peuplée et connaît une surexploitation de ses potentialités naturelles notamment les forêts, ce qui provoque des contraintes de développement rural dans cet espace.  En conclusion, c’est une société agricole  peu organisée avec des données agro-climatiques favorables à l’intensification de l’arboriculture et le développement de l’élevage.

II- Formes et facteurs des risques de l’érosion

       Le terme EROSION recouvre tous les processus physico-chimiques et anthropiques, qui provoquent la  désagrégation et l’altération des roches affleurantes, ainsi que le transport des produits issus de ces processus. Ceci  entraîne plusieurs formes et risques, affectant le milieu naturel et humain, dont les éléments seront développés ci-dessous.

1- Présentation des risques d’érosion

     Selon la nature des terrains, l’érosion façonne et fait évoluer les paysages. Ceci se manifeste sous différentes formes ou plutôt risques.  Ce processus finit souvent par l’envasement des barrages.

 1.1- Erosion par ravinement

    Elle est exprimée par tous les creusements linéaires qui entaillent la surface du sol, suivant diverses formes et dimensions (griffes, rigoles, ravines, etc.). Ce type d’érosion apparaît lorsque le ruissellement en nappe s’organise et creuse des formes de plus en plus profondes (Roose E. 1977). Elle apparait sur les pentes les plus fortes, et le plus souvent dans des zones de concentration (fossé, talweg, traces de roues et d’outil, chemins, rigoles…). L’érosion par ravinement peut prendre deux formes, en rigole ou ravine :

*L’érosion en rigoles : Le démarrage de formation en rigoles est facilité par l’hétérogénéité topographique ou granulométrique de la surface (Dautrebande et Sohier, 2006). Les rigoles peuvent soit suivre les canaux formés par le matériel aratoire, soit former un motif  dendritique qui ressemble aux branches d’un arbre. Elles n’atteignent que l’horizon supérieur de la couverture pédologique et peuvent être éliminées par les travaux aratoires.

*L’érosion en ravine : C’est une érosion dite concentrée, ou une rigole approfondie de type volumique (Dautrebande et Sohier, 2006), qui atteint les horizons profonds de la couverture pédologique. On parle d’érosion en ravine lorsque le réseau fluvial devient intense sur des pentes suffisamment fortes (Derruan.1988), où les ravines suivent les chemins de drainage naturel du paysage.

1.2- Erosion par glissement

     Elle désigne un ensemble de déplacements plus ou moins brutaux, du sol ou du sous-sol d’origine naturelle ou anthropique (Roose Eric. 1994). Les principaux types de phénomènes observés sont comme suit :

* Le glissement de terrain : Il est défini comme le déplacement d’une masse de terrains meubles ou rocheux, qui se décolle suivant une niche de décollement de forme concave. On distingue trois types :

    –Glissement lent qui s’observe sur les pentes fortes, grâce à la forme couchée des jeunes plants forestiers et à la forme en crosse de la base des arbres adultes.

   -Glissement rapide : c’est le cas des chutes de blocs, ou des décollements d’une couche plus ou moins épaisse du sol. Il affecte les falaises et les escarpements rocheux.

  -Glissement rotationnel ou circulaire, le long d’une surface convexe en faisant une rotation. Il se produit en particulier en terrains meubles, dans les roches homogènes à faible cohésion ou très divisées.

* Les coulées boueuses

     C’est un écoulement fortement chargé en sédiments, provenant des surfaces cultivées et entraînant des particules de sol. En règle générale, cet écoulement n’est ni visqueux ni épais (Le Bissonnais et al., 2002). Il se déplace plus rapidement vers l’aval, et peut avoir des conséquences dévastatrices subites. Parvenue au bas de la pente, la coulée de boue ralentit sa course et s’étale dans le sens de la largeur avant de s’immobiliser.

 1.3- Erosion imperceptible

     C’est une érosion moins spectaculaire, elle consiste à une désagrégation des roches sous l’action des facteurs biotiques (la rouille, les lichens, les champignons, les mousses) et abiotiques (la chaleur et le froid, l’eau, la pollution…). C’est une érosion lente et fascinante. Elle se passe sans transport des éléments (Michel Robert et al., 1983).

  1.4- Envasement du barrage

      La capacité d’un sol à délivrer les sédiments ne dépend pas uniquement des quantités générées, mais aussi de la position de ce sol par rapport au système de drainage. En effet, les sédiments générés même en grande quantité, s’ils ne sont pas près d’un système de transport n’arriveront pas au barrage. La carte des processus érosifs et celle de l’érosion potentielle montrent que les zones sources de sédiments susceptibles de contribuer à l’envasement du barrage, sont les zones qui se trouvent particulièrement le long des rives des Oueds. Ces zones connaissent un processus érosif du type en rigoles et concentré, elles sont localisées tout près du système de transport.  L’estimation quantitative de l’envasement des barrages au Maroc a fait l’objet de travaux spécifiques par le biais de mesures de transports solides en suspension ou d’estimation du volume envasé des retenues à l’aide de profils bathymétriques, de sondages à ultrasons ou de photogrammétries aériennes (Lahlou, 1990).

     De manière générale, Les différentes formes d’érosion représentent le résultat d’une combinaison spécifique de processus de détachement et de transport. Ce phénomène est susceptible d’être accentué fortement selon les facteurs suivants :

2- Facteurs de l’érosion

   Ce sont Les facteurs qui influencent d’une part,  l’intensité des processus de détachement, de transport et de dépôt, et d’autre part, ils agissent sur les processus qui conduisent à des formes d’érosion spécifiques.

 2.1- Facteurs topographiques, géologiques et géomorphologiques

2.1.1- Erodibilité des sols (K)

     Pour les sols du sous bassin versant étudié, à cause du manque des données analytiques de profiles pédologiques, les valeurs du Facteur K (T/Mj.mm) seront les mêmes que ceux adoptés pour les sols du bassin versant du barrage Al Wahda (BRL-GERSAR (Ingénierie). 1995). Les lithosols qui ne représentent que 0.27% de la surface du sous bassin versant ont un indice de 0.009 (soit les plus résistants à l’érosion hydrique), alors que  les régosols et leur cortège qui présentent les valeurs de K les plus élevés (entre 0.078 et0.08) s’étendent sur  0.45% du territoire. Les autres types de sols sur plus de 99% du sous bassin ont des valeurs qui varient entre 0.04 et 0.07 (INGEMA. 2004) (Fig.15).

Source : INGEMA. 2004. « Actualisation des études de conception du grand barrage Koudiat Guensoura sur l’Oued Martil. Mission I : Actualisation de l’étude hydrologique et de l’étude de régulation. Sous Mission I-a : Actualisation de l’étude hydrologique (Tableau n° 8). Revue

Figure. n° 15 : Carte de l’érodibilité des sols (Facteur K) du sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi »

2.1.2-Indice des pentes (LS) 

    Selon la (Fig.16), les deux dernières classes (2,5-10 et >10) représentent l’effet érosif de la topographie. Ainsi, on peut dire que environ 85% du sous bassin versant a une topographie plus ou moins accidentée, ce qui le rend potentiellement très favorable à l’érosion. 

Source : La carte de longueurs des pentes et la carte des expositions des pentes du sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi ». Revue

Figure. n° 16 : Carte de l’indice de pente (LS) dans le sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi »

2.2- Facteurs climatiques : Agressivité climatique (R)

   Les indices à l’intérieur du sous bassin versant étudié varient entre 1672.68 et 8547.83 (Mjmmha-1H-1an-1), et suivent le même gradient que celui des précipitations. Ils augmentent essentiellement selon la direction N-S, les valeurs les plus élevées se situent dans la partie Sud-Est la plus arrosée. En général, les valeurs des indices d’agressivités climatiques sont importantes et indiquent que les pluies dans le sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi » ont un pouvoir érosif notable (Fig.17).

Source : ABHL. 2007. « Etude de réévaluation du potentiel en eau superficielle de la zone d’action de l’agence du bassin du Loukkos ». Revue

Figure. n° 17 : Carte de l’agressivité climatique (R)  dans le sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi »

2.3- Facteurs liés au couvert végétal : l’indice du couvert végétal (C)

    C’est un facteur de protection du sol par la couverture végétale (El Garouani et al., 2008). Il varie de 0,001 sous forêt dense à 1 sur un sol nu (Meliho.M et al., 2016).  Le  sous bassin versant étudié est assez bien protégé, puisque moins de 38% de sa superficie a une valeur de C supérieure à 0.29 (Fig.18). Ceci est tout à fait logique du moment que le couvert forestier représente quelque 55% de son espace, il  assure donc une bonne protection contre l’impact des pluies et des averses (HCEFLCD. 2008) (Ingenieria medioambiental. 1998).

Source : HCEFLCD. 2008. Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification direction régionale des eaux et forêts Tétouan. « Etude préliminaire du bassin  versant en amont du futur barrage de l’oued Martil ». + Ingenieria medioambiental. 1998. “Restauración Hidrológica  Forestal de Cuencas y Control de la erosión”. Revue

Figure. n° 18 : Carte de l’indice du couvert végétal (C) dans le sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi »

2.4- Facteurs anthropiques

     L’érosion est un phénomène naturel et ancien, elle a été fortement aggravée par la mise en culture, la surcharge pastorale et les excès de cueillette de bois.  De nombreuses interventions ont cherché à réparer les dommages écologiques et ont visé notamment la protection anti-érosive des bassins-versants, cela se fait en évaluant le facteur des pratiques antiérosives ou pratiques culturales (P). Les valeurs de P varient généralement de 0 à 1, selon la pratique adoptée et selon la pente (Laouina, 2007). Dans cette étude, la valeur 1 a été retenue pour toute occupation et usage des sols, où il n’y a pas de mesures de conservation des sols comme le recommande la méthode de Wischmeier.

      En bref, au niveau du sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi », les pluies  ont un pouvoir érosif notable, les sols en général sont fragiles,  environ 85% de son surface représente l’effet érosif de la topographie, 55% est occupée par le couvert forestier qui assure une protection non négligeable. Les techniques de conservations sont assez rudimentaires.

Conclusion du deuxième chapitre

     A partir de la présentation des risques d’érosion et l’évaluation des facteurs  qui influencent l’intensité des processus de détachement, de transport et de dépôt,  il est évident que le sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi » nécessite des interventions urgentes pour la prévention contre les impacts de l’érosion, et surtout l’envasement du nouveau barrage. D’où, la nécessité d’évaluer le risque réel et potentiel, et de déterminer à l’aide de  la modélisation les zones prioritaires pouvant bénéficier des programmes et stratégies d’aménagement des bassins versants.

III- Modélisation et cartographie de l’érosion

    Cette partie vise à simuler le risque d’érosion selon les estimations des pertes en terres spatialisées sur tout le sous bassin versant en utilisant le modèle  RUSLE (modèle révisé de l’équation universelle de perte en terre).

1- Méthodologie appliquée

     La quantification de l’érosion sera réalisée par la combinaison du modèle révisé de Wischmeier (Wischmeier W.H, & Smith D.D. 1978) et d’un coefficient de transport. Au Maroc, plusieurs auteurs (Merzouk.A 1987, Dhman H.1994, Diallo A.A. 2000, BRL-Gersar.1995 etc..) ont utilisé cette approche :

Source: El Garouani.A, Hao Chen, L. Lewis. 2008..” Cartographie de l’utilisation du sol et de l’érosion nette à partir d’images satellitaires et du sig idrisi au nord-est du Maroc. Télédétection, Editions des Archives Contemporaines / Editions scientifiques GB / Gordon and Breach Scientific Publisher. pp.193-201. ⟨hal-00434258⟩

+ Gourfi  Abdelali. 2014. « application des modeles USLE et HEUSCH pour l’estimation de la perte en sol et l’envasement du barrage du bassin versant de L’ASSIF EL MAL (Tensift Alhaouz) ». Mémoire de Master en sciences et techniques : Eau et environnement

+ L. Khali Issa, K. Ben Hamman Lech-Hab, A. Raissouni, A. El Arrim. 2016.

 Cartographie Quantitative du Risque d’Erosion des Sols par Approche SIG/USLE au Niveau du Bassin Versant Kalaya (Maroc Nord Occidental). J. Mater. Environ. Sci. 7 (8)   2778-2795. ISSN : 2028-2508 CODEN: JMESC

+ Mounia TAHIRI, Hassan TABYAOUI, Fatima EL HAMMICHI, Mohammed ACHAB. 2017. « Quantification de l’érosion hydrique et de la sédimentation à partir de modèles empiriques dans le bassin versant de Tahaddart (Rif nord occidental, Maroc) ». Bulletin de l’Institut Scientifique, Rabat, Section Sciences de la Terre, 2017, n° 39, 87-101

+ SADIKI. Abdelhamid ,  Saïdati BOUHLASSA , Jamal AUAJJAR , Ali FALEH & Jean-Jacques MACAIRE. 2004. « Utilisation d’un SIG pour l’évaluation et la cartographie des risques d’érosion par l’Equation universelle des pertes en sol dans le Rif oriental (Maroc) : cas du bassin versant de l’oued Boussouab ». Bulletin de l’Institut Scientifique, Rabat, section Sciences de la Terre, n°26, p. 69-79. (Revue)

Figure. n° 12 : Organigramme de la méthodologie de la modélisation du risque de l’érosion

 2-  Cartographie de l’érosion potentielle

     Le croisement des cartes des principaux facteurs intervenants dans l’érosion hydrique des sols permet d’obtenir la carte des pertes en sols en tout point du sous bassin versant (Fig. 20). La classification adoptée est une classification établie aux Etats-Unis fondée sur la tolérance des sols aux pertes (Sadiki et al. 2004). Elle suppose qu’en moyenne, les sols peuvent tolérer des pertes allant jusqu’à 7,41 (t.ha-1.an-1), tout en permettant un niveau élevé de production agricole. Au-delà de 20 (t.ha-1.an- 1), la perte est forte et les sols sont très dégradés ce qui peut nuire à la production. Selon cette approche, les zones à faible potentiel d’érosion correspondent principalement à  la dorsale calcaire, aux rares  et étroites plaines alluviales  et aux crêtes. Cependant, près de 70% de la superficie de l’espace étudié présente des taux d’érosion importants qui sont supérieures à 50t/ha/an. Ce taux devient alarmant par endroit dépassant le seuil de 100 t/ha/an et touchant plus de 50% de la superficie du sous bassin versant. Ce sont les zones qui nécessitent des interventions anti-érosives. Elles sont dominées principalement par les zones à fortes pentes, à lithologie friable et à couvert végétal  non suffisamment dense.

3-Cartographie de l’érosion réelle

    L’érosion réelle est définie comme étant l’érosion ayant lieu actuellement sur le sous bassin versant, elle est observable sur le terrain à travers ses manifestations. Elle sera définie selon la méthode PAP/CAR (Programme d’actions prioritaires/ Cartographie) qui divise l’espace en deux catégories (zones stables et zones instables) en adoptant les travaux de photo-interprétation de la couverture aérienne (échelle 1/20 000) et la vérification sur terrain (PAM/PNUE. 1998). Les résultats ont été appuyés et complétés par différentes investigations menées au milieu physique et notamment : la carte lithologique, la carte des classes de pente, et le degré de la couverture végétale (voir : Fig.21).

Source : Le croisement des cartes des facteurs (R, K, C, LS et P) limitants  de l’érosion hydrique.

Figure. n° 20 : Carte de risque d’érosion (ou de l’érosion potentielle) dans le sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi »

Source: Photo-interprétation de la couverture aérienne (échelle 1/20 000) et la vérification sur terrain. HCEFLCD. 2008. Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification direction régionale des eaux et forêts Tétouan. « Etude préliminaire du bassin  versant en amont du futur barrage de l’Oued Martil ». Revue

Figure. n° 21 : Carte de l’érosion réelle dans le sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi »

4- Résultats et interprétations

   D’après la répartition spatiale des processus érosifs du sous bassin versant en amont du nouveau barrage  « Charif-El-Idrissi » (Fig.21),  les zones stables occupent une superficie totale de 11624 ha, soit 44.81% de sa surface. Ce sont les zones dont la stabilité est assurée par la présence de la végétation, ou par la nature du substrat composé de matériaux durs, ou bien la combinaison de ses deux facteurs. La végétation dans cette classe d’érosion est celle des formations forestières naturelles et notamment : le chêne liège, le thuya, le chêne zeen et tauzin. Les zones de ces formations forestières qui paraissent tout en étant stables, présentent néanmoins des degrés d’instabilité. Certains d’entre elles sont classées comme 013tgh (tilt+ground+human=pente+sol+humain), signifiant que le risque d’instabilité est d’ordre 3, avec les facteurs d’instabilité qui sont la pente, le sol et l’action humaine. Ainsi, 18,9% des zones stables sont à risque fort, 51,3% sont à risque moyen et 29,8 % à risque faible (PAM/PNUE. 1998).

   Concernant les zones instables, elles s’étendent sur une superficie totale de 14316 ha, soit 55.2% de la surface du sous bassin, La méthode PAP/CAR permet de distinguer les types suivants:

Erosion   en nappe (L) : qui se manifeste uniformément sur la surface du sol par l’apparition de ruissellement de surface, le détachement et le transport des particules du sol, sur de courtes distances suivi de dépôts, et enfin le lessivage de

l’humus et des éléments fertilisants. Ce stade d’érosion a été cartographié conjointement avec le stade suivant dans une seule couche (érosion faible), ceci est dû à la difficulté de trouver des superficies cartographiables présentant un processus sans l’autre.

Erosion linéaire/rigoles (D) : qui se manifeste par  le creusement de sillons ou rigoles dans le sol, ces zones sont situées dans la majorité des cas  près des cours d’eau où y sont connectées, ce qui fait que les sédiments générés sont dans une certaine mesure, facilement disponibles  pour le transport. L’érosion en nappe et ruissellement diffus (L+D) touche 9649 ha soit 37.2 % du sous bassin versant  (18,3% présentent un risque élevé, 50,7% sont à risque moyen et 31% à risque faible).

Erosion concentrée (C) : C’est une évolution de l’étape  précédente. Il se manifeste par des ravins, dont les dimensions sont variables et qui peuvent aller jusqu’au badlands. La superficie concernée par ce type d’érosion est de 905.11ha, soit 3.49 % de la superficie totale du sous bassin versant.

Zones sujettes à l’accumulation d’eau (W) : Ces zones appartiennent à la classe d’érosion dite : par excès d’eau ou de sédiments et particulièrement au processus d’inondation et d’hydromorphisme.  Les surfaces touchées par ce type d’érosion sont très réduites et difficilement cartographiables. Elles sont essentiellement localisées au niveau du contact entre les grès du numidien de jbel Bouhachem et les flyschs de Beni Idder.

Zones sujettes aux mouvements en masse (M) : comme les coulées boueuses, les collapses, les glissements de terrains de différentes ampleurs, les éboulis et autres. Ceci intéresse 3722 ha de la surface du sous bassin (soit 14.35%). En effet leur impact est très visible sur l’infrastructure routière ainsi que sur certaines constructions et infrastructure d’irrigation traditionnelles.

Conclusion du troisième chapitre

    Bref, selon la spatialisation de ces estimations de perte en terre (carte de l’érosion potentielle), près de 70% de la superficie du sous bassin versant présente des taux d’érosion importants qui sont supérieures à 50t/ha/an, parfois dépassant le seuil de 100 t/ha/an et touchant plus de 50% de sa superficie. Ce sont les zones qui nécessitent et exigent d’une manière urgente des stratégies de prévention et des techniques de lutte antiérosive. Elles sont dominées principalement par les zones à fortes pentes, à lithologie friable et à couvert végétale  non suffisamment dense.

Conclusion générale

   Le sous bassin versant en amont du nouveau barrage Charif-El-Idrissi situé au sud du Bassin Versant de l’Oued Martil a une topographie très accidentée (environ 85% de son espace). Il reste potentiellement très favorable à l’érosion. Les pentes sont moyennes et fortes, les substrats sont schisteux à marno-schisteux et l’érosion du sol est peu évoluée. Le climat est sub-humide, les valeurs des indices d’agressivités climatiques sont importantes et indiquent que les pluies ont un pouvoir érosif notable. La végétation naturelle (forêts de chênes) est dégradée et l’érosion hydrique est intense. Près de 70% de sa superficie présente des taux d’érosion importants qui sont supérieurs à 50t/ha/an. Ce taux devient alarmant par endroit dépassant le seuil de 100 t/ha/an et touchant plus de 50% du reste de la superficie. Le nouveau barrage Charif-El-Idrissi va subir certainement un envasement lié à une érosion importante à l’instar du barrage Nakhla. Ceci va réexposer les villes de Tétouan et Martil de nouveau aux inondations. Sans oublier les autres impacts (dégradation des sols, développement du processus d’eutrophisation..) qui posent de sérieux problèmes à l’échelle écologique, ainsi qu’au niveau d’exploitation des ressources en eau du barrage.   Pour gérer cette situation, les deux cartes  réelle et potentielle du risque d’érosion permettent l’identification des zones à risque élevé  nécessitant la plus grande priorité d’intervention, ce qui permet aussi aux décideurs de:

-Planifier des stratégies et programmes efficaces de conservation des sols et d’aménagement des espaces, dans le cadre d’une bonne gestion des risques naturels, notamment l’érosion et les inondations.

-Sensibiliser les habitants aux impacts socio-économiques et environnementaux de l’érosion naturelle et anthropique.

-Intégrer la population qui constitue un élément très important des parties prenantes, au processus de la gestion des risques naturels.

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 Haut Commissariat au Plan (HCP).2014           – Consulté le 21-09-2020 –

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