Research studies

Les enjeux culturels de l’immigration et les défis liés à l’Etat de droit et à la laïcité

 

Prepared by the researcher  :  Dr KBIBCHI YOUNESS – Professeur de Droit International-Faculté de Droit Martil-Université ABDELMALEK  ESSAADI (Maroc)

Democratic Arabic Center

Journal of Afro-Asian Studies : Twentieth Issue – February 2024

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
ISSN  2628-6475
Journal of Afro-Asian Studies

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Résumé  

   La question de l’appartenance religieuse des migrants revient aujourd’hui au centre de l’attention de tous ceux qui réfléchissent sur les problématiques liées au vivre ensemble dans la société, aussi bien que celles relatives à l’Etat de droit et son rapport avec la laïcité.  Souvent, la dimension religieuse se considère comme source de conflit voire de violence sociale. Certains chercheurs estiment que la diversité culturelle est surmontable au cours de l’acquisition des valeurs de la société du pays d’accueil. Cependant, pour une meilleure intégration de l’immigré au sein de son nouvel espace de vie, une importance grandiose devrait être accordée aux facteurs liés à la culture, la langue et l’identité lors de l’élaboration des politiques publiques. Le dialogue inter religieux et inter – civilisationnel s’avèrent le pilier de base pour l’instauration de l’Etat de droit et de démocratie.

   Le rapport entre les religions et l’immigration continue de susciter la polémique. La liberté de culte et de conscience se considère comme facteur de tensions sociale, alors que différends instruments juridiques internationaux[1] légitime cette forme de liberté.  Ils sont ainsi garantis la liberté de conscience et la liberté de manifester son appartenance religieuse. La liberté religieuse suppose la liberté pour chacun d’exprimer sa religion, celle de la pratiquer et/ou de l’abandonner, dans le respect de l’ordre public. Ceci implique notamment pour l’État et les services publics la neutralité face à toutes les religions et à toutes les croyances. Se pose alors la problématique liée au migrant comme acteur   de violence dans le cadre de l’extrémisme et de l’islam politique.

   Alors dans quelle mesure l’État, se doit de rendre possible l’exercice et la pratique du culte ? Le libre exercice du culte pourrait -il avoir des conséquences voir des risques dans la vie sociale et nécessiterait ainsi des adaptations du droit ? Qu’est-ce qui attend alors les migrants qui s’établissent dans un milieu différent du leur tant sur le plan culturel que religieux (Adaptation, assimilation, acculturation, intégration, marginalisation) ? Quel rôle joue la religion dans la définition et/ou la consolidation de l’identité des groupes sociaux qui se trouvent dans ce type de milieu ?

   Dans cet article seront abordées les grandes orientations du dialogue interreligieux dans un contexte marqué par l’immigration. Après l’étude des enjeux socio-culturels du phénomène migratoire, les enjeux religieux de la migration seront présentés et approfondis dans le cadre de la vie politique des Etats et leurs groupements.

  • Les enjeux culturels et identitaires de l’immigration

   Les chercheurs ont, par le passé, trop souvent négligé ou minimisé le rôle de la religion tant dans les processus migratoires que dans les processus d’intégration, alors même que la foi et la pratique religieuse tenaient une place importante dans la vie des migrants. Dans ce cadre, une attention particulière devrait être portée à l’immigration comme facteur de conflit inter – identitaire (1) pour traiter ensuite la place de la religion dans les mécanismes d’insertion sociale (2).

1-Immigration comme facteur de conflit inter identitaire

   Aujourd’hui, en revanche, dans les sociétés pluriethniques et plurielles contemporaines, en raison notamment de la présence croissante des immigrés, une diversification considérable du comportement religieux et culturel des migrants est fortement observée et qui apportent avec eux leurs traditions religieuses originelles, au travers de la construction de temples et de mosquées par exemple.  Dans ce cadre, la redéfinition des relations entre des personnes de cultures et de religions différentes devrait permettre une cohabitation pacifique et non un repli ghettoïsant sous la forme d’enclaves ou de quartiers ethniques

   Avec la multiplication des groupes ethniques porteurs de différentes croyances religieuses, la question récurrente dans l’opinion publique est de savoir si les religions des immigrés sont un facteur d’intégration et de pacification ou bien un facteur de conflits et de « désintégration » de la cohésion sociale.

   Or, si l’intégration des immigrés n’exige pas nécessairement qu’ils renoncent à leur tradition religieuse originelle, ce n’est pas en se repliant à l’intérieur d’une communauté ethnique bien délimitée, parfois fondamentaliste, qu’ils la préserveront. En effet, le repli ghettoïsant, d’une part, alimente les préjugés et les peurs des populations autochtones et, d’autre part, ralentit les processus d’interaction avec la société en général et avec les autres groupes ethniques et religieux en particulier. Les communautés immigrées qui se situent, au contraire, dans une dynamique relationnelle ouverte aux autres acteurs sociaux, peuvent devenir une ressource précieuse pour la société tout entière. Celle-ci à son tour, devrait en fait tenir une bonne connaissance des religions des immigrés toute en adoptant de bonnes relations avec eux, ce qui favorisera de meilleures relations et une cohésion sociale pacifique.

   Une approche des migrations qui prend en compte uniquement le seul aspect économique et sous-estime le contexte culturel dans lequel s’est opéré le choix de migrer reste stérile et aveugle. La capacité de résistance des migrants face à l’adversité à laquelle ils sont confrontés au cours de leur projet migratoire risqueraient de produire des formes de violence et de mécontentement.

   Suite au changement provoqué par l’installation des immigrés et par l’augmentation des effectifs de la communauté immigrée en raison du regroupement familial, la religion est passée de la sphère privée à la sphère publique. L’augmentation numérique et l’importance de la communauté musulmane ont mis en évidence la particularité d’un groupe qui, même s’il compte de nombreux membres favorables à la sécularisation, n’accepterait jamais une intégration qui ignorerait la religion. De nos jours, le rôle que jouent les religions dans l’intégration des migrants est plus direct et parfois plus combatif.

   Malgré les conflits, la religion a quand même joué un rôle crucial tant dans le maintien et la reconstruction de l’identité culturelle que dans l’intégration des migrants dans la nouvelle société[2]. En fait, la migration a permis de purger graduellement la religion de ses composantes ethniques, ce qui a permis aux jeunes générations de mieux s’identifier à la société locale.

   La langue est elle aussi un attribut culturel que la plupart des minorités ethniques n’abandonnent pas volontiers, d’autant plus que la préservation de la langue d’origine à un degré plus ou moins important est considérée comme un indicateur important d’une plus faible ou plus forte acculturation et assimilation En général, les migrants souhaitent laisser en héritage à leurs enfants leur langue d’origine, car ils considèrent qu’elle fait partie intégrante de leur identité. La langue parlée, y compris dans les pratiques religieuses, fait ainsi l’objet d’une continuelle médiation entre l’exigence des parents, qui veulent préserver le caractère culturel et religieux d’origine, et l’exigence de leurs enfants, qui veulent participer activement à la société du pays d’accueil.

  Un tel parcours linguistique est vital pour la survie de la religion des migrants, pour intéresser les nouvelles générations, élargir les frontières ethniques avec la construction de l’identité de synthèse et impliquer les autochtones dans l’expérience religieuse.

   Par ailleurs, dans la pratique, les pays européens n’ont pas eu et n’ont pas la même manière d’appréhender les relations entre l’État et la religion. Certains pays ont une religion officielle, d’autres privilégient une religion plutôt qu’une autre, d’autres encore intègrent le principe de la laïcité dans leur Constitution. Un même processus d’intégration, selon la manière dont il est traité, relègue ou non la religion à un rôle marginal. Le processus d’intégration a été encouragé soit en ignorant les différences culturelles dans l’espace public et en exigeant l’assimilation totale aux “valeurs de l’Etat de droit, soit en privilégiant une insertion réussie sur le marché du travail, comme en Allemagne, soit encore en surmontant la discrimination raciale, comme en Grande-Bretagne, alors la religion est reléguée à la sphère privée et n’est pas considérée comme déterminante dans ce processus.

2-La religion et les modes d’insertion sociales

   La mondialisation entraîne une hausse considérable des interactions entre les peuples et les communautés. Les rencontres entre différentes traditions religieuses sont fréquentes – même si elles ne sont pas toujours paisibles.  Pour comprendre les pratiques culturelles et religieuses des migrants, il ne suffit pas de prendre en considération le fait qu’ils traversent une phase de déstructuration socioculturelle de leur personnalité due à leur transplantation dans une nouvelle société. À lui seul, cet élément ne permet pas d’appréhender d’autres facteurs qui influent sur leurs pratiques culturelles et religieuses. L’univers cognitif, symbolique et pratique qui structure leur comportement religieux ne peut, en effet, faire abstraction de la situation sociale, économique et juridique dans laquelle les flux migratoires s’insèrent. Et c’est précisément comme une réponse à leur condition sociale particulière tant au départ qu’à l’arrivée que les migrants vont modeler et remodeler également leur pratique religieuse.

   En réalité, les processus d’intégration d’une religion “transplantée” (propre aux situations migratoires) sont des processus rendus plus difficiles par les situations d’inégalité entre les sujets, dues à la condition juridique, socioéconomique et politique, minoritaire, des immigrés par rapport à la population autochtone et aux institutions locales.

   Les migrations actuelles présentent quelques caractéristiques fondamentales parmi lesquelles: La gestion des flux migratoires est organisée comme si la migration était temporaire, alors que tout indique qu’elle répond à un besoin structurel et permanent de la société d’accueil ; Les migrants sont relégués à une situation socioéconomique sub-alterne, considérée comme temporaire ; Les migrants se heurtent aux attitudes xénophobes de la société d’accueil ;  Les immigrés, qui sont de plus en plus nombreux en situation irrégulière, sont presque automatiquement perçus comme un facteur de trouble à l’ordre social établi. L’association de ces facteurs permet de comprendre que le groupe des migrants est exclu de fait et de droit de toute participation au devenir de la société[3], qui l’utilise comme seule force de travail et dont elle peut se débarrasser lorsqu’une crise économique majeure survient.

   Si le système symbolique et pratique qui façonne le comportement religieux des migrants est analysé par rapport au milieu dans lequel ils vivent, à la classe sociale à laquelle ils appartiennent, au rôle qu’ils jouent tant dans le pays de départ que dans le pays d’arrivée, alors la religion est ce qui donne un sens au lien social et à l’identité individuelle et collective ; elle est donc un élément déterminant dans la construction de l’identité et un facteur dynamique dans un contexte de pluriculturalisme. Elle est une variable déterminante dans le comportement des migrants au sein de la société du pays d’accueil, particulièrement dans les processus qui concernent l’identité collective et l’intégration et/ou les relations sociales conflictuelles

   Or, d’une part, la religion peut être définie comme une sacralisation de l’identité dans la mesure où le concept d’identité fait appel au maintien des frontières ethniques et que la religion est une sorte de bastion de la sauvegarde ethnique ; d’autre part, la religion des immigrés n’est jamais la simple restauration dans le présent de quelque chose du passé. Pour survivre dans un nouvel environnement, elle doit savoir s’adapter et se réinventer. Ce processus d’adaptation aide le migrant à construire de nouvelles identités intermédiaires qui vont lui permettre de s’intégrer dans la société du pays d’accueil sans trahir son histoire.  L’immigration n’affaiblit donc pas le sentiment religieux, mais accentue un besoin de sens ultime et incite à repenser les contenus qui définissent l’identité. En ce sens, la réélaboration de la religion, dans sa dimension individuelle et collective, représente un véritable laboratoire de changement et d’adaptation.

   Contrairement à ceux qui pensent que la religion est un obstacle “irrationnel” à l’émancipation individuelle, elle structure la perception du monde et fournit les motivations qui incitent à agir. Pour remplir son rôle de ressource, la religion des migrants se transforme. Elle renonce à des pratiques culturelles accumulées au fil des siècles dans les pays d’origine, réorganise ou remplace la langue locale du culte, reconsidère les doctrines et les rites religieux, réinterprète les contenus traditionnels et les croyances en les adaptant aux symboles et aux valeurs de la société du pays d’accueil.

   L’immigration devient ainsi le début d’un parcours de négociations des identités qui se développe à travers le renoncement à des composantes qui poussent à l’isolement et à l’acquisition des contenus intermédiaires permettant de réaliser une synthèse entre différentes cultures et diverses traditions. La religion se trouve souvent au centre de ces recompositions, car elle est en mesure, plus que d’autres éléments culturels, de faire converger autour de ses croyances et de ses rites des groupes ethniques différents, en construisant des réalités de synthèse capables de rivaliser avec la culture dominante et d’écarter le risque de l’isolement ou de l’assimilation.

   Ainsi, l’intégration des immigrés ne passe ni par l’assimilation à la société dominante avec perte des valeurs traditionnelles ni par la préservation d’une pureté ethnique ancestrale, mais par la construction d’une identité métissée en continuelle transformation, surtout en passant d’une génération à une autre. Dans l’élaboration d’une telle identité, la religion, repensée et vécue dans le pays d’immigration, est un laboratoire privilégié pour les immigrés et les autochtones.

  • Actions gouvernementales à l’épreuve de la liberté religieuse

   Le rôle du dialogue des religions dans l’intégration des migrants et réfugiés dans la société vise à rassembler des jeunes de différentes cultures, religions et sociétés pour promouvoir, renforcer et tester des stratégies destinées à réussir l’intégration sociale des migrants et leur permettre de participer à la construction de la société. Pour cette raison, il serait indispensable de traiter les actions de certaines organisations intergouvernementales, tel que l’ONU et le Conseil de l’Europe (1), aussi bien que l’Union Européenne (2), pour dévoiler ensuite l’expérience du Maroc dans ce cadre (3).

1- L’ONU et le Conseil de l’Europe facent au dialogue inter religieux

   La création d’un climat  de paix consiste à offrir aux migrants les possibilités pour  faire entendre leurs voix, connaitre leurs besoins et aspirations et mettre en place des stratégies pour mieux gérer la différence de cultures, développer des projets complémentaires économiques, sociaux, culturels, religieux et politiques et résoudre les conflits issus de la discrimination et la haine envers les étrangers dus, la plupart des temps, à la méconnaissance et l’incompréhension de la culture de l’autre.

   Le dialogue des religions, en fait, exige une élaboration des politiques religieuses sur le respect des différences et d’établir une différence entre la foi d’essence divine et le fait religieux qui est une pratique humaine. Le migrant aujourd’hui vit en marge des sociétés d’accueil. Lui rendre sa dignité passe par la connaissance et la réhabilitation de sa culture ainsi que lui octroyer des droits universels.  Il est temps de dire non à la violence et à l’extrémisme et d’œuvrer pour plus de compréhension et de paix entre les peuples et les cultures.

L’établissement des relations avec l’autre, passe nécessairement par la compréhension de sa langue et de sa culture. C’est ainsi que le débat continue sur le rôle et l’importance de la migration en tant qu’espace de connaissance de l’autre et de dialogue entre les cultures et les religions pour briser la perception négative de l’autre dans le cadre d’une action commune.

   Pour ce faire, il est primordial d’informer au mieux les composantes de l’espace public aussi bien que le tissu associatif sur les différences culturelles entre les partenaires d’orient et d’occident et les soutenir pour prendre des initiatives au sein de leurs sociétés en mettant l’accent sur le rôle du dialogue entre les religions. Le dialogue des religions joue un rôle crucial dans l’intégration des migrants au sein de la société. Il vise donc à lutter contre toute les formes de repli identitaire et à rapprocher les peuples et les sociétés.

   L’importance que prend le phénomène migratoire, un des corollaires de la mondialisation, amène beaucoup de pays à s’interroger sur les obstacles et difficultés d’une intégration en leur sein de populations aux cultures[4] et modes de vie très différents. La promotion du dialogue entre cultures et civilisations sous tous ses aspects, y compris religieux, est aujourd’hui une composante incontournable de la vie internationale et un thème universellement mis en avant par les dirigeants de la planète. Le sentiment que les conflits et violences entre groupes ethniques ou religieux ne font que s’aggraver dans le monde actuel et touchent des régions et des continents jusqu’alors préservés.

   Il est vrai que l’échange équitable ainsi que le dialogue entre les civilisations, les cultures et les peuples, basés sur la compréhension et le respect mutuels, représentent des conditions indispensables pour construire une cohésion sociale et pour une harmonie entre les peuples. Ainsi, deux organisations ont tenté une approche globale et spécifique du problème : l’ONU avec le lancement de l’« Alliance des civilisations » et le Conseil de l’Europe qui s’est penché plus particulièrement sur  « la dimension religieuse du dialogue interculturel ».

   De sa part, l’ONU a initié l’Alliance des Civilisations. Il s’agit, de manière concrète, de privilégier, dans le cadre de ce dialogue interculturel, dialogue interreligieux inclus, tout un ensemble de bonnes pratiques favorisant le pluralisme culturel aux niveaux local, national et régional et d’initiatives régionales ou sous-régionales visant à décourager toutes les manifestations d’extrémisme et de fanatisme et mettant en évidence les valeurs et les principes qui rapprochent.

   Le Programme du dialogue interreligieux de l’UNESCO[5] , à titre d’exemple et qui forme une composante essentielle du dialogue interculturel, a pour objectif majeur de promouvoir le dialogue entre les différentes religions, traditions spirituelles et humanistes dans un monde où les conflits associés aux appartenances religieuses prennent une place de plus en plus importante. Il met l’accent sur les interactions et les influences réciproques entre les cultures ainsi que sur la nécessité de promouvoir la connaissance réciproque entre celles-ci pour lutter contre les ignorances ou les préjugés.

   Quant à l’Alliance des civilisations[6], il s’agit d’un projet né en 2004 dans le cadre des Nations-Unies pour « améliorer la compréhension et les relations de coopération entre les peuples et nations de cultures et de religions différentes » et contribuer à « combattre les extrémismes et la polarisation ».  L’objectif principal vise à développer le dialogue interculturel et à s’attaquer ainsi aux origines mêmes des affrontements politiques et militaires dans le monde à savoir l’intolérance, le fanatisme, le refus de la diversité, la marginalisation et l’oppression des minorités, la xénophobie. L’accent est mis sur la prévention des conflits mais aussi sur la reconstruction de la société à l’issue d’une guerre civile.

   L’apprentissage du dialogue est un processus autant personnel que sociétal. Accroître les aptitudes et les capacités au dialogue implique une volonté d’ouverture non dénuée d’esprit critique. Le dialogue concerne tous les décideurs et responsables aux membres individuels de chaque communauté.

   Placer la culture au cœur du développement est un investissement capital dans l’avenir du monde. Une mondialisation bien comprise devrait prendre en compte les principes de la diversité culturelle. Le développement est inséparable de la culture. À cet égard, le défi majeur est de convaincre les décideurs politiques et locaux, nationaux et internationaux d’intégrer les principes de la diversité culturelle et les valeurs du pluralisme culturel dans les politiques publiques, les mécanismes et les pratiques, notamment par le biais de partenariats public-privés.

   La culture façonne l’identité de tout homme. Aucun développement ne peut être durable sans inclure la culture. Il est donc recommandé d’intégrer la culture dans toutes les politiques de développement, qu’ils soient liés à l’éducation, la science, la communication, la santé, l’environnement ou le tourisme culturel et, d’autre part, à soutenir le développement du secteur culturel par le biais de la création d’industries. En contribuant de cette manière à la réduction de la pauvreté, la culture offre des avantages importants en termes de cohésion sociale.

   La promotion du dialogue interculturel sous toutes ses formes et de la gestion démocratique de la diversité est une préoccupation apparue assez récemment dans les activités du Conseil de l’Europe[7]. Préoccupés par les « actes de violence à connotation d’intolérance religieuse qui se produisent dans différentes zones, les représentants des 47 Etats membres du conseil continuent d’insister sur le dialogue ouvert et transparent avec les communautés religieuses et la société civile dans le respect de l’autonomie de l’Etat et des religions. Ils soulignent inlassablement le rôle de la dimension religieuse du dialogue interculturel. Ainsi, les religions peuvent enrichir les objectifs du dialogue et contribuer à ce que celui-ci s’établisse dans le respect de conditions essentielles, protéger la dignité de chaque être humain, renforcer la cohésion sociale, favoriser la compréhension et l’harmonie entre les cultures présentes sur tous les continents ». Pour cette raison, la dimension religieuse des cultures devrait être reflétée d’une manière adéquate dans les systèmes éducatifs et les débats publics, y compris dans les médias ».

2-L’UE et la liberté religieuse à l’échelle internationale

   La liberté religieuse à l’échelle internationale (LRI), tout comme le rapport entre religion et conflits, constitue un enjeu mondialisé, émergeant ces dernières années comme une préoccupation majeure pour les groupes religieux et séculiers de défense des droits humains, spécialement aux États-Unis et parmi les États membres de l’UE [12].

   L’UE[8] est confrontée à des questions relatives à la liberté religieuse à l’échelle internationale. L’UE défend la liberté de religion et de conviction comme une valeur fondamentale, la considérant comme un élément essentiel des sociétés pacifiques et résilientes. La société de l’UE[9]  est marquée par de profondes évolutions dans son paysage religieux. A travers les relations de voisinage, l’école, le travail professionnel, la participation à la vie associative, comme au niveau des instances politiques les plus élevées, les chrétiens se trouvent conduits à rencontrer d’autres croyants – juifs, musulmans, bouddhistes… Qu’ils le veuillent ou non, ils vivent de plus en plus dans des situations à la fois interculturelles et interreligieuses. C’est là une situation de fait. C’est en même temps l’occasion de réfléchir sur les fondements et les objectifs du dialogue interreligieux, surtout dans le cadre de l’essor de l’Islam en Europe. Dans ce cas, une distinction indispensable devrait se faire entre l’Islam et l’Islamisme. Ce dernier ne représente qu’une tendance radicale et extrême du premier. Pour cette raison, certains (politologues et sociologues) ont peur qu’une trop grande ouverture aux musulmans de France ou d’Europe pourrait menacer l’équilibre des sociétés européennes. D’autre part, les musulmans de l’Europe objectent, car ils ne profitent pas d’accueil adéquat pour s’implanter parfaitement dans la société européenne. Il est vrai que celle-ci protège les droits de l’homme et permet à la diversité de s’épanouir, mais lorsque la liberté religieuse est menacée, la cohésion sociale est mise à mal et un conflit peut en surgir.

   Les évènements du Printemps arabe[10] ont constitué un foyer régional de revendications économiques, politiques et religieuses, touchant tous les pays à majorité arabe dans le MOAN[11], ainsi que les relations Israël-Palestine. Les révolutions arabes et les événements[12] subséquents ont déstabilisé le MOAN, avec des répercussions en Europe. Le but de l’Union est de contribuer à la stabilisation du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, afin de renforcer et d’améliorer ses propres stabilité et sécurité. Le rôle joué par la religion est central dans ce cadre. Pour atteindre ces objectifs, l’Union européenne cherche à renforcer sa sécurité en travaillant étroitement avec les gouvernements de la région, afin de promouvoir et de soutenir les courants religieux qui bénéficient du soutien étatique de quelque pays tel que la Jordanie, et vise à appuyer  un islam modéré, afin d’affaiblir l’attrait populaire pour des versions radicales et extrémistes de la foi. Aussi, l’Union européenne cherche à renforcer son expertise en matière de religion, afin d’élaborer des politiques mieux informées en ce qui concernant le MOAN.

   Les initiatives de l’UE[13] cherchent à proposer une réponse institutionnelle au terrorisme et à la violence dans le MOAN, de même qu’à l’augmentation de l’immigration en provenance de cette région, aux incertitudes économiques persistantes découlant de la crise économique de 2008 et à un sentiment généralisé d’insécurité.

   Concernant l’immigration, qui implique pour l’essentiel des musulmans du MOAN, l’Union européenne appréhende cet enjeu comme une question de sécurité et pour y répondre elle a signé des accords avec la Turquie et plusieurs pays d’Afrique afin de renvoyer les migrants et réfugiés dans leur pays d’origine. Dans la pratique, en novembre 2020, à la suite d’attentats terroristes en France, Allemagne et Autriche, les ministres de l’intérieur de l’UE[14] ont convenu de renforcer davantage leurs efforts conjoints dans la lutte contre le terrorisme, sans compromettre les valeurs communes de l’UE telles que la démocratie, la justice et la liberté d’expression. Un mois plus tard, en décembre 2020, les dirigeants européens ont réaffirmé leur unité dans la lutte contre la radicalisation, le terrorisme et l’extrémisme violent

3-Le modèle marocain en matière de dialogue interreligieux

   Le Maroc[15] est un pays riche de par sa civilisation et son histoire[16]. Son patrimoine a des racines aussi bien dans l’Afrique

subsaharienne qu’en Andalousie. Le Maroc constitue un modèle à suivre en matière de respect de l’autre, de droit à la diversité et de richesse identitaire[17].  Les fondements de la démocratie au Maroc se basent sur le droit à la différence, la culture du dialogue et l’esprit de coexistence. Il continue de consolider le dialogue au sein de l’espace euro-méditerranéen dans un monde globalisé où les frontières sont en train de s’estomper, car les religions constituent un élément essentiel pour construire des sociétés homogènes, complémentaires et vivant entre elles en parfaite harmonie.

   La société internationale continue de saluer le modèle marocain en matière de promotion des valeurs de paix et de tolérance, grâce au leadership éclairé de SM le Roi Mohammed VI[18]. Le Royaume joue un   rôle primordial dans le dialogue interreligieux, qui s’exprime au quotidien à travers la coexistence et le vivre-ensemble. Le Souverain, en sa qualité d’Amir Al Mouminine, défend la diversité, garantit la liberté du culte et promeut les nobles valeurs de l’Islam du juste milieu.

   La diplomatie[19] marocaine a mis en avant l’expérience du Royaume en matière de restructuration du champ religieux[20], qui a suscité l’intérêt de plusieurs pays, mettant en avant le rôle majeur que joue le Souverain en faveur de la promotion de la paix dans plusieurs régions dans le monde, notamment en Afrique et au Proche Orient.   La consécration du pluralisme et du dialogue interreligieux a fait du Maroc un modèle en matière de consolidation des valeurs de tolérance et du vivre-ensemble.

En guise de conclusion

   L’histoire montre que la laïcité a cherché à s’adapter aux transformations et aux évolutions de la société. Ces fondements, cert, visent à organiser et à conforter le « vivre ensemble » plutôt que de le voir contester et fragiliser par des revendications sociales et religieuses. L’immigration, en soi, s’avère donc ni un danger ni une garantie pour la laïcité. Au sein des différentes populations immigrées, des comportements peuvent se révéler contraires voir hostiles aux règles laïques. Si des inquiétudes naissent, elles résultent des contraintes qui, au sein de tel ou tel culte, de tel ou tel groupe, menacent les libertés individuelles, la liberté de conscience, l’égalité homme/femme ou l’idée d’émancipation en enfermant des citoyen(ne)s dans des racines et des identités figées et exclusives.  Reste que l’islam, comme l’immigration, en soi, n’est ni un danger ni une garantie pour la laïcité. Établir un lien entre immigration et islamisme voire terrorisme est un raccourci, un slogan électoral.

   Dans cette optique caractérisée par le refus d’une conception de la modernisation fondée sur l’écartement de « l’élément religieux », il est donc nécessaire de fonder les débats publics sur le pluralisme religieux et culturel. C’est ainsi que les politiques d’intégration ne doivent pas ignorer la religion des migrants. La résolution, de tout conflits ou crises sociales devrait en fait se dérouler dans le respect mutuel de l’autonomie de l’État et de celle de la religion.

   La gestion de la diversité requiert un État démocratique qui assure un respect égal de chaque confession. Au lieu d’une neutralité indifférente d’un État qui ignore la religion et qui espère qu’avec la disparition de la diversité religieuse disparaîtront également les difficultés d’intégration des migrants, il est opportun de repenser la laïcité non pas comme une dimension vidée du religieux, mais comme un espace vital où croyants et non-croyants, dans le respect de leurs propres convictions et motivations, peuvent discuter et rechercher ensemble, sans  discrimination, les principes fondateurs de la cohésion sociale et de la cohabitation, la recherche et la sauvegarde du bien commun

   Ont été expliqué et exposé les actions de l’ONU et celles du Conseil de l’Europe aussi bien que les politiques récentes de l’UE au regard de trois événements et de leurs prolongements – la liberté de religion à l’échelle internationale, les suites du 11 septembre 2001, le Printemps arabe de 2011 et ses conséquences sur les chocs inter religieux et identitaires entre citoyens et immigrés. Ces événements ont été sélectionnés comme exemples de l’évolution de l’intérêt porté des acteurs étatiques sur l’impact du religieux dans les conflits dans un contexte mondialisé. Cela traduit une préoccupation selon laquelle, partout dans le monde, la religion est souvent impliquée dans les conflits, ce qui  pourrait impacter la stabilité et la sécurité de tous les pays du monde.

Bibliographie

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Conseil de la communauté marocaine à l’étranger ; Le Maroc, terre d’hospitalité, d’ouverture et de tolérance (Rencontre du dialogue interreligieux). https://www.ccme.org.ma/fr/medias-et-migration/46134

Jacques Palard ; Pouvoirs locaux et « dialogue interreligieux » ; Les initiatives du conseil de l’Europe entre relativisme culturel et régulation sociopolitique ; Dans Politique européenne 2008/1 (n° 24), pages 43 à 60

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https://www.kas.de/c/document_library/get_file?uuid=26c91546-d36d-be74-d172-4836dd780174&groupId=252038 Par Sophie-Hélène TRIGEAUD ; INTERRELIGIO International bibliography on interreligious studies (Bibliographie internationale sur l’interreligieux) ; Volume 1, 26 juillet 2017, Université de Strasbourg ;

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– Contribution de la vision éducative et théologique de Jean-Marc Ela ;Vers une éducation au dialogue interreligieux africanisée. https://www.erudit.org/fr/revues/theologi/2020-v28-n2-theologi06245/1080015ar/

– Maroc : dialogue interreligieux et migrants au menu de la visite du pape François ; Publié le 30/03/2019 à 14h31 .

https://www.lepoint.fr/afrique/maroc-dialogue-interreligieux-et-migrants-au-menu-de-la-visite-du-pape-francois-30-03-2019-2304790_3826.php

– Elsa Zotian ; À la recherche de la paix : le dialogue interreligieux ?; Cinquante ans après Nostra Aetate – Trente ans après la rencontre d’Assise ; Publié le mercredi 17 février 2016 . https://calenda.org/355268
– Théologie pratique en dialogue n. 47 ; Dirigée par François-Xavier Amherdt et Salvatore Loiero Mariano Delgado et François-Xavier Amherdt (éds.) ; LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX : OÙ EN SOMMES-NOUS ? ACTES DU 5e FORUM « FRIBOURG ÉGLISE DANS LE MONDE » UNIVERSITÉ DE FRIBOURG, 18 OCTOBRE 2013.
https://core.ac.uk/download/pdf/95742795.pdf

-LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX ; Interpellations théologiques contemporaines ; Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Vedette principale au titre :(Novalis universitaire) ; ISBN 978-2-89646-523-1

*1. Christianisme – Relations. 2. Religions – Relations. 3. Dialogue – Aspect religieux- Christianisme. 4. Saint-Esprit. 5. Pluralisme religieux – Christianisme. 6. Religions– Relations – Enseignement biblique. I. Blée, Fabrice, 1968- . II. Peelman, Achiel,1942- . III. Collection: Novalis universitaire. BR127.D52 2013 261.2 C2012-942159-6 ; Les Éditions Novalis inc. 2013 ; Imprimé au Canada; Diffusion pour la France et l’Europe francophone :; Les Éditions du Cerf ; editionsducerf.fr  

https://theocan.org/wp-content/uploads/2021/05/Dialogue_FV.pdf

[1] Suivant l’article 18 de la déclaration universelle des Droit de l’Homme «
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.  La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (article 10)   consacre la liberté d’opinion, même religieuse.

 La Convention européenne des droits de l’homme prévoit également dans son article 9 que la liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. Le Maroc pour sa part, suivant l’article 3 de la constitution de 2011 « l’Islam est la religion de l’Etat, qui garantit à tous le libre exercice des cultes ».

 L’article 25 aussi stipule « sont garantis les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes ». Tenant compte des principes consacrés par les instruments de base des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme, en particulier la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et la Convention relative aux droits de l’enfant ; Tenant compte également des principes et normes reconnus dans les instruments pertinents élaborés sous les auspices de l’Organisation internationale du Travail, et particulièrement la Convention concernant les travailleurs migrants; Réaffirmant l’importance des principes énoncés dans la Convention concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l’enseignement, de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

[2] Si aux États-Unis les études sur les immigrés mettent en évidence le rôle positif de la religion dans le processus d’adaptation. En France, au début du xxe siècle, les immigrés italiens eux-mêmes étaient considérés comme les derniers des étrangers, (presque génétiquement) non assimilables sur le plan culturel et religieux, les plus pauvres, les plus déracinés et non intégrés, à tel point qu’ils menaçaient la sécurité et la santé publiques.

[3] Or, contrairement à ce que les discours officiels affirment, dans un contexte migratoire où l’idée de provisoire prédomine, les migrants ne sont pas invités à s’adapter à leur nouvel environnement au-delà d’un certain seuil minimum indispensable à l’activité productive et aux contacts inévitables qu’ils sont censés avoir avec quelques franges de la population locale. Leurs attitudes et leurs pratiques y compris culturelles et religieuses) seront donc conditionnées par l’adaptation limitée et contrôlée dans laquelle on leur demande de se cantonner. Par conséquent, la doctrine de la migration temporaire et précaire contribue à maintenir les migrants dans une condition de repli sur eux-mêmes, les reléguant aux confins de l’intégration sociale, voire à la marginalité.

[4] L’Initiative des Religions Unies, une organisation internationale créée en 2000, est présente dans 70 pays. Sa charte prône notamment le renforcement de la coopération entre les différentes religions et à tous les niveaux pour consacrer la culture de la justice, de la paix et de la protection de l’Homme et de l’environnement et lutter contre la violence. https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwiM0oLjzOL8AhWnXqQEHT2LCQ0QFnoECAgQAQ&url=https%3A%2F%2Funitedreligions.org%2Ffr%2F&usg=AOvVaw0wh4ZVyp27sL7Lp6vNyyo_

[5] L’UNESCO :  L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture2 (en anglais : United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization, UNESCO3, parfois écrit Unesco) est une institution spécialisée internationale de l’Organisation des Nations unies (ONU), créée le 16 novembre 1945 à la suite des dégâts et des massacres de la Seconde Guerre mondiale.  Selon son acte constitutif, l’UNESCO a pour objectif de « contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’Homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations unies reconnaît à tous les peuples »4. Le siège de l’UNESCO est situé à Paris (France). https://www.unesco.org/fr

[6] Le Haut-Représentant publie chaque année un rapport présenté à l’Assemblée générale de l’ONU et définit un plan d’action pour les années à venir. L’actuel couvre la période 2013/2018. Le site www.unaoc.org  présente un exposé détaillé des projets menés par l’Alliance. Ils sont regroupés sous 4 chapitres : éducation, jeunesse, médias et migrations.

[7] Plusieurs réunions au niveau ministériel et notamment le 3ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement réuni à Varsovie en mai 2005, ont jeté les bases de la « Déclaration de Saint-Marin », document de référence adopté le 24 avril 2007, sous le titre « la dimension religieuse du dialogue interculturel ». https://treaties.un.org/doc/source/docs/sanmarino.pdf

[8] L’article 10 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE, ratifiée en décembre 2000, déclare que chacun a le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Cela comprend la liberté de rendre visible ou de changer de religion ou de conviction, en insistant sur le culte, l’enseignement, la pratique et l’observance

[9] Fondé en 2019, le Projet Européen d’Échange Mondial sur la Religion dans la société (le GERIS) souligne l’intérêt d’impliquer des acteurs religieux approuvés en ce qui concerne la liberté religieuse et ses conséquences pour la cohésion sociale. En 2021, les conclusions du Conseil de l’UE sur une approche européenne en matière de patrimoine culturel dans les conflits et les crises a souligné l’importance du dialogue interreligieux et de l’intégration des minorités religieuses dans le cadre de l’action extérieure en faveur de la paix, la démocratie et le développement durable. Le GERIS est un exemple des récentes initiatives de l’UE concernant le dialogue interreligieux. L’objectif général est de réduire la propension de la religion à être un facteur de conflits dans le monde. Les attentats odieux perpétrés le 11 septembre 2001 aux États-Unis ont été une incitation majeure à ces initiatives européennes.  En outre, en Europe, de nombreux pays ont été victimes du « terrorisme islamique ». Par conséquent, certains ont ‘parlé d’un « choc des civilisations » entre l’Occident et l’islam.  Certains pensent que l’Europe est engagée dans un conflit « inter civilisationnel » contre les terroristes et extrémistes islamiques violents. Le pionnier des études sur la sécurisation, le danois Ole Waever, estime que le monde est au bord d’un long conflit, potentiellement une nouvelle guerre froide caractérisée par une violence à petite échelle, mais spectaculaire, impliquant « l’Ouest » et « l’islam ».

[10] Les États membres de l’UE ont observé les soulèvements arabes (ou “Printemps arabe”) avec inquiétude. Débutant en octobre 2010 en Tunisie, une rébellion contre l’autorité lui a succédé quelques mois plus tard en Égypte, soulèvement suivi à son tour par le renversement de la dictature en Libye. De plus, il y eut des crises politiques majeures en Syrie, au Bahreïn et au Yémen, et des expressions plus limitées de contestation politique en Algérie. En mai 2011, le chef d’al Qaïda, Oussama Ben Laden, a été tué au Pakistan par des agents américains. Il y eut des craintes en Europe que la mort de Ben Laden ne conduise à de nouveaux troubles politiques dans la région du MOAN, avec une diffusion en Europe.

[11] MOAN : Moyen Orient et Afrique du Nord

[12] Les résultats n’ont pas été uniformes : en Tunisie, une démocratie multipartite a été installée, alors qu’en Syrie, un dictateur est resté au pouvoir après une guerre civile peu concluante. En Égypte, Mohamed Morsi, membre des Frères Musulmans, a été élu président, mais a rapidement été destitué par un coup d’État militaire. Aujourd’hui, une décennie après le Printemps arabe, beaucoup, dans la région du MOAN, sont préoccupés par le manque de croissance économique, de réformes politiques constructives et de liberté religieuse, ainsi que par la persécution de minorités religieuses, comme les chrétiens coptes en Égypte, et les Alevis en Turquie. Plus globalement, le Printemps arabe a révélé l’importance de la stabilité, de la sécurité et de la longévité du régime, ainsi que celle de la demande populaire de réformes économiques, politiques et sociales. Il est clair que les gouvernements au sein du MOAN peinent à répondre à ces demandes, et aux difficultés que posent des populations en croissance rapide demandant du travail, des réformes politiques, de la liberté religieuse et une amélioration de leur bien-être général

[13] L’UE a adopté neuf mesures politiques pour tenter d’endiguer l’extrémisme islamiste et le terrorisme. Ces mesures interdépendantes ont été considérées comme nécessaires à la suite du 11 septembre 2001 et d’une série d’attentats terroristes en Europe. Ces neuf mesures sont les suivantes :La prévention de la radicalisation ; Une liste de terroristes nommément identifiés ; L’échange d’informations sur les terroristes entre gouvernements européens et UE ; Un coordinateur de l’UE pour la lutte contre le terrorisme ; la suppression des sources de financement du terrorisme ; le contrôle des armes à feu ; la justice numérique ; la lutte contre le déplacement de combattants étrangers d’un pays à l’autre ; la coopération avec les partenaires internationaux.

[14] Déclaration conjointe des ministres de l’intérieur de l’UE sur les attentats terroristes en Europe, 2020. https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2020/11/13/joint-statement-by-the-eu-home-affairs-ministers-on-the-recent-terrorist-attacks-in-europe/

[15] La politique migratoire du Maroc est une “initiative humaine exemplaire” qui reflète “l’intime conviction du pays de  garantir la protection des droits humains et de consacrer le choix démocratique.

https://www.chambredesrepresentants.ma/fr/actualites/la-politique-migratoire-du-maroc-une-initiative-exemplaire-qui-garantit-la-protection-des

[16] Préambule de la constitution de 2011 du Maroc : Fidèle à son choix irréversible de construire un État de droit démocratique, le Royaume du Maroc poursuit résolument le processus de consolidation et de renforcement des institutions d’un État moderne, ayant pour fondements les principes de participation, de pluralisme et de bonne gouvernance. Il développe une société solidaire où tous jouissent de la sécurité, de la liberté, de l’égalité des chances, du respect de leur dignité et de la justice sociale, dans le cadre du principe de corrélation entre les droits et les devoirs de la citoyenneté. État musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale, le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. La prééminence accordée à la religion musulmane dans ce référentiel national va de pair avec l’attachement du peuple marocain aux valeurs d’ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue pour la compréhension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde. Se fondant sur ces valeurs et ces principes immuables, et fort de sa ferme volonté de raffermir les liens de fraternité, de coopération, de solidarité et de partenariat constructif avec les autres États, et d’œuvrer pour le progrès commun, le Royaume du Maroc, État uni, totalement souverain, appartenant au Grand Maghreb, réaffirme ce qui suit et s’y engage :… Approfondir le sens d’appartenance à la Oumma arabo-islamique, et renforcer les liens de fraternité et de solidarité avec ses peuples frères,… Élargir et diversifier ses relations d’amitié et ses rapports d’échanges humains, économiques, scientifiques, techniques et culturels avec tous les pays du monde,… Bannir et combattre toute discrimination à l’encontre de quiconque, en raison du sexe, de la couleur, des croyances, de la culture, de l’origine sociale ou régionale, de la langue, de le handicap ou de quelque circonstance personnelle que ce soit,…

[17] Le neuvième Forum mondial de l’Alliance des Civilisations des Nations Unies (UNAOC) a conclu ses travaux le 23 novembre 2022 dans la ville marocaine de Fès en mettant l’accent sur les valeurs de dialogue et de tolérance et sur le rôle de l’Afrique en tant qu’acteur positif sur la scène internationale. https://news.un.org/fr/story/2022/11/1130117

[18] L’Observatoire Africain des Migrations au Maroc est né de la Vision que SM le Roi Mohammed VI a pour la migration en Afrique, indique le Rapport de Sa Majesté le Roi, Leader sur la question de la Migration, sur le suivi de l’opérationnalisation de l’observatoire Africain des Migrations au Maroc, présenté dimanche devant le 35eme Sommet ordinaire de l’Union africaine qui se tient à Addis-Abeba. https://www.maroc.ma/fr/actualites/lobservatoire-africain-des-migrations-au-maroc-ne-de-la-vision-que-sm-le-roi-pour-la

[19] La solidarité agissante du Souverain pendant la pandémie du Covid 19 à l’égard de plusieurs pays de différentes confessions en leur acheminant des aides de toutes sortes, soulignant l’engagement et les initiatives du Royaume dans le domaine de la migration.

[20]  Discours de SM Roi Mohamme VI à l’occasion de la cérémonie d’installation du Conseil supérieur de la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains. « Nous sommes heureux, en ce jour béni, de procéder à l’installation du Conseil supérieur de la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains. C’est une initiative qui traduit la profondeur des liens spirituels qui unissent depuis toujours les peuples africains subsahariens au Roi du Maroc, Amir Al-Mouminine, peuples auxquels nous sommes liés par l’unité de la foi et du rite et par la communauté de patrimoine civilisationnel. Nous la considérons également comme un jalon de plus dans notre orientation stratégique visant à hisser les relations de coopération politique et économique qui unissent le Maroc à un certain nombre d’Etats africains frères, au niveau d’un partenariat solidaire efficace, dans les différents domaines ».https://www.habous.gov.ma/fr/fondation-mohammed-vi-des-oul%C3%A9mas-africains/579-articles-fr

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